Janus de Roquepertuse en Provence

Site archéologique RoquepertuseToute l’importance de Rome dans l’histoire de la Provence qui, du reste, lui doit son nom d’origine latine, est connue. Et par­mi les divi­ni­tés du pan­théon romain, il est un per­son­nage qui nous fas­cine par sa repré­sen­ta­tion sin­gu­lière. Il s’agit du dieu Janus figu­ré avec un double visage. Sa dési­gna­tion demeure dans le mois de jan­vier qui lui était dédié. Il était le gar­dien des portes (donc des pas­sages) et, consé­quem­ment, des clefs. Les portes les plus solen­nelles étaient celles des deux sol­stices (d’hiver et d’été). Raison pour laquelle, après chris­tia­ni­sa­tion de l’empire romain, on célè­bre­ra les deux saints Jean (l’évangéliste et le bap­tiste) à des dates très proches des sol­stices, de par l’analogie pho­né­tique s’établissant entre les noms Janus et Johannes. Sur un plan sym­bo­lique, on consi­dère que l’un des visages regarde le pas­sé le plus loin­tain – Nietzsche ver­rait en lui « la plus longue mémoire » – et même l’origine du monde, tan­dis que l’autre a pou­voir de contem­pler l’avenir. Il serait plus juste de dire « a ain­si », par la connais­sance des temps pas­sés, la capa­ci­té à pré­voir le futur. Image qui mérite fort d’être médi­tée et s’oppose radi­ca­le­ment à une for­mule chan­gée en slo­gan : « du pas­sé fai­sons table rase ». Si nous évo­quons Janus c’est aus­si parce que l’archéologie cel­tique de Provence nous livre une pièce d’une impor­tance capi­tale appe­lée « le Janus de Roquepertuse ». Découvert dans ce qui fut le sanc­tuaire gau­lois situé pré­ci­sé­ment sur le site de Roquepertuse, près de Ventabren (Bouches-du-Rhône) et daté des IIIe-IIe siècles avant J‑C, l’objet, conser­vé au Musée Borelly à Marseille, montre non point une tête à double visage mais deux têtes tour­nées vers des direc­tions opposées.

Janus_Roquepertuse

La signi­fi­ca­tion exacte de cette sculp­ture – carac­té­ris­tique de l’esthétique celte par sa sty­li­sa­tion – demeure un mys­tère et gar­dons-nous de la voir comme une repré­sen­ta­tion gau­loise de Janus, mais il est loi­sible d’imaginer que nous sommes devant la tra­duc­tion for­melle d’un même concept. Du reste, il existe des Janus qua­li­fiés de tri­fons, donc à trois faces, de même que l’iconographie gau­loise livre un visage triple sur le Vase de Bavay (Nord), col­lec­tion du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de Paris.

Découvrons à pré­sent tout un sym­bo­lisme qui constelle autour du dieu Janus, ain­si que de son emblé­ma­tique visage double dans la numis­ma­tique de la ville éternelle.

SOUVENANCE DE L’ÂGE D’OR

« Les Romains sont plus reli­gieux que les dieux eux-mêmes » (Polybe).

Maîtresse du monde médi­ter­ra­néen, Rome plonge ses racines dans l’Âge d’Or, une ère mythique qui hante tou­jours les peuples euro­péens. Virgile, Ovide s’en firent les échos dans leurs ouvrages res­pec­tifs l’Éneide et les Fastes. Le monde romain, où tout était sym­bole et spi­ri­tua­li­té, bai­gnait dans la Tradition. Ils ont ain­si gra­vé leurs ori­gines fabu­leuses sur des mon­naies et nous allons étu­dier l’une des plus illustres, l’aes grave.

ROME

« Je n’assigne de borne ni à leur puis­sance ni à leur durée car je leur ai don­né un empire sans fin » (Virgile, à pro­pos des Romains, Énéide, vers 1 278–279).

Rome fut fon­dée en Italie dans le Latium. Sa fon­da­tion est pour nous non humaine car elle résulte de l’union du dieu des com­bats, Mars, avec la ves­tale Rhéa Silvia. Sa situa­tion géo­gra­phique fut pour la cité un atout capi­tal. Elle est en effet située à un impor­tant car­re­four de deux axes de com­mu­ni­ca­tion qui tra­versent l’Italie de part en part for­mant le car­do (axe nord–sud) et le decu­ma­nus (axe est-ouest). Au centre de la ville, une grosse pierre por­tant une croix (dont chaque branche indi­quait cer­tai­ne­ment les points car­di­naux), sym­bo­li­sait rituel­le­ment le « centre du monde » (1), ou mun­dus, mot d’origine étrusque. La Rome archaïque s’y orga­nise tout autour et se veut l’image du cos­mos sur terre.

La popu­la­tion de la cité fut consti­tuée d’un peuple autoch­tone, mais aus­si d’Étrusques, de fer­miers latin et albains (habi­tants d’Albe la Longue (2). Cette popu­la­tion se ren­dait régu­liè­re­ment au mar­ché aux bœufs (le Boearium), sur un mont (3) dénom­mé Palatin où, dès l’origine, sié­ge­ront le pou­voir civil et les grands aris­to­crates. Le pre­mier forum de la ville fut ain­si édi­fié. Sabins, Albains et Étrusques se retrou­vaient là pour échan­ger les pro­duits de leurs champs et du bétail contre les mar­chan­dises dont ils avaient besoin (sel, céréales et autres). Au Ve siècle avant J.C. les Romains se ser­vaient de lin­gots de bronze cou­lé ou d’étain mou­lé au motif d’animaux d’élevage (aes rude et as signa­tum) pesant pour cer­tains 1 kg 635 de forme rec­tan­gu­laire à l’effigie d’un bœuf ou d’un mouton.

Lingot_bronze_coule_Janus

Lingot de bronze cou­lé, gra­vé non point, ici, d’un motif ani­mal mais du tré­pied de la Pythie de Delphes. Rappelons que cette cité hono­rant Apollon occu­pait le centre de la Grèce. Là se trou­vait l’omphalos, la pierre ombi­lic mar­quant le milieu du monde. À Rome, la pierre mar­quée de la croix en consti­tuait l’équivalent. La seule évo­ca­tion ani­male du lin­got réside en ces griffes de lion sur les­quelles repose le tré­pied. Symbole solaire (et royal), le lion prend place dans le sym­bo­lisme zodia­cal et, dans le rap­port s’établissant entre les signes stel­laires et le corps humain, gou­verne le cœur, autre syno­nyme de centre.

NAISSANCE DE LA MONNAIE ROMAINE

« Les mon­naies font l’histoire » (Jean Babelon, conser­va­teur des médailles à la Bibliothèque de Paris).

Sous la pres­sion des guerres contre les peuples ita­liques pour la supré­ma­tie du Latium, conflits longs et coû­teux, les romains émettent leurs pre­mières pièces rondes à la fin du IVe avant J‑C. Les mon­naies vont être frap­pées et non plus cou­lées. Elles sont copiées sur les didrachmes des cités grecques de l’Italie du sud. D’abord l’aes grave, en bronze (4) et le denier (le qua­drie­ga­tus) en argent. L’avers d’une mon­naie à Rome est tou­jours consa­cré aux dieux, le revers à la dimen­sion humaine.

Cette impor­tance du fait reli­gieux dès le début du mon­nayage n’est pas un hasard. Pour les peuples tra­di­tion­nels, les métaux pré­cieux sont les pro­duits des « dieux chto­niens et des esprits sou­ter­rains » et, comme tels, des créa­tions et des pos­ses­sions divines. La métal­lur­gie sera l’utilisation par les hommes de ce que leur offrent les dieux. Après les deux guerres puniques (264−146 avant J.C.) les por­traits divins vont être len­te­ment négli­gés. Cette déca­dence spi­ri­tuelle s’explique par le fait que les magis­trats, avec l’approbation du Sénat char­gé de la mon­naie, frappent à l’avers les por­traits des consuls en exer­cice, et au revers leurs exploits guer­riers. Ainsi les dieux de Rome vont petit à petit s’effacer devant l’égo des puis­sants patri­ciens et deve­nir de simples allégories.

L’AES GRAVE

« Rome ne serait jamais arri­vée à un tel degré de puis­sance si, au lieu d’une ori­gine divine, elle n’avait eu que des débuts dépour­vus de gran­deur et de mer­veilleux » (Plutarque, Vie de Romulus).

Janus_Aes_grave_avec_tete_Janus

L’aes grave vers 240–225 — Janus, dieu bifrons (« à deux têtes »)

C’est envi­ron vers 214 avant notre ère que va être frap­pé l’aes grave. La mon­naie en bronze porte un des sym­boles fon­da­men­taux de la Rome Antique, le « Janus bifrons », dieu plus ancien que Saturne, et au revers la proue d’une « birème », navire de com­bat à deux ran­gées de rameurs, sym­bole non seule­ment de l’arrivé d’Enée en Italie mais sur­tout de la légen­daire venue de Saturne dans le Latium. Les Romains en émet­tant cette mon­naie en grande quan­ti­té se rap­pe­laient leur mythique Âge ori­gi­nel alors qu’ils tra­ver­saient une crise grave avec la deuxième guerre punique.

« La Grèce n’a pas de divi­ni­té sem­blable à toi » (Ovide, Les Fastes).

L’avers de notre mon­naie de bronze repré­sente Janus, le dieu le plus ancien du pan­théon latin. Sa nais­sance étant anté­rieure à l’Âge d’Or il est loi­sible de le consi­dé­rer comme l’incarnation de la Tradition pri­mor­diale (5). Sur la mon­naie que nous pré­sen­tons, on le voit avec ses deux visages. Pour bien sai­sir la signi­fi­ca­tion de cette pièce de mon­naie, il faut la tenir dans sa main en étant tour­né vers le nord. L’un des deux pro­fils, figu­rant un vieillard, regarde à gauche, donc vers le cou­chant. A prio­ri on pour­rait dire qu’il est le cré­pus­cule de la vie mais, en réa­li­té, il contemple serei­ne­ment le plus loin­tain pas­sé. Il est aus­si le gar­dien des portes du ciel. Le sol­stice d’été « infer­ni » est l’entrée du signe du Cancer consi­dé­rée comme la porte des hommes, période néfaste et néces­si­tant de prendre garde aux forces malé­fiques. L’autre visage, à droite, plus jeune et, comme tel, tour­né vers l’avenir, figure l’hiver (qui com­mence avec le Capricorne) la porte céleste, faste et béné­fique. Il est le maître de l’écoulement du temps et de l’espace. Il est aus­si le gar­dien du ciel et des enfers ; c’est pour­quoi il porte des clefs (6) ou, par­fois, un cro­chet ancêtre des clefs.

Comme tous les dieux, Janus a sa parèdre fémi­nine avec la nymphe Cardea qui habi­tait le bois sacré sur le futur empla­ce­ment de la ville. Cardea après une joute amou­reuse – et tumul­tueuse ! – avec Janus, lui don­na le pou­voir des gonds et des portes ; image accom­pa­gnant celle des clefs et figu­rant le pou­voir d’ouvrir et de fer­mer. Par Janus la socié­té a la capa­ci­té de s’ouvrir au divin en même temps qu’elle se ferme aux influences dis­sol­vantes d’origines diverses. Elle lui remit aus­si comme sym­bole de sa fonc­tion, une branche d’aubépine en fleur ; rameau magique pos­sé­dant le pou­voir d’écarter tout malé­fice des ouver­tures de la mai­son (7).

Les chants de la mys­té­rieuse confré­rie des prêtres-guer­riers « Saliens » (8) débutent ain­si en par­lant de Janus : « Celui qui crée toutes choses, et, en même temps, les gou­verne, qui a uni, en les entou­rant du ciel, d’une part, l’essence et la nature de l’eau et de la terre pesante et ten­dant tou­jours à des­cendre, et d’autre part, celles du feu et de l’air, corps léger et s’échappant vers l’immensité d’en haut : c’est la puis­sante force du ciel qui a uni ces deux forces contraires ». On croi­rait entendre un texte alchi­mique, la Tabula Smaragdina par exemple.

Janus ouvre le cycle du pre­mier mois de l’année, Januarius, après le sol­stice d’hiver. C’est ce dieu qui aurait civi­li­sé les pre­miers habi­tants du Latium avant l’arrivé de Saturne. Il patron­nait avec Junon les calendes au début de chaque mois et avait son temple au Quirinal (9). La fête des Saturnales se dérou­laient du 7 au 22 décembre, les dis­tinc­tions sociales dis­pa­rais­saient et le maître ser­vait les esclaves, rap­pe­lant ain­si l’égalité des hommes pen­dant l’Âge d’Or. Janus avait aus­si une fonc­tion très impor­tante : il était la divi­ni­té des puis­santes cor­po­ra­tions romaines d’artisans du bois et de la pierre, les Collegia Fabrorum. Ce qui signi­fie que l’art de construire et la fabri­ca­tion d’objets dépen­dait – et éma­nait – d’une divi­ni­té mani­fes­tant l’origine. Pour la civi­li­sa­tion romaine, il ne pou­vait être ques­tion de créer quoi que ce soit qui ne soit pas réfé­ren­tiel à ce que repré­sente Janus. Les fêtes de ces cor­po­ra­tions se situaient natu­rel­le­ment aux deux sol­stices d’été et d’hiver. Au com­men­ce­ment, Saturne gou­ver­nait l’Âge d’Or. Puis, à la suite de la fatale invo­lu­tion cyclique (qu’illustrent les quatre Âges suc­ces­si­ve­ment d’Or, d’Argent, d’Airain et de Fer), il fut déchu de cette digni­té et, sous le nom de Chronos, devint l’austère divi­ni­té des heures qui s’écoulent inexo­ra­ble­ment et nous conduisent à la vieillesse et à la mort . Il se réfu­gia dans le Latium où Janus l’accueillit. Le mot Latium est à mettre en rap­port avec la notion de latence (10); autre­ment dit ce ter­ri­toire, en attente d’un nou­vel Âge doré, le recèle potentiellement.

Macrobe apporte une infor­ma­tion des plus pré­cieuses dans son ouvrage consa­cré aux Saturnales : il nous apprend que Janus cor­res­pond à Apollon et Diane. Le bifrons mas­que­rait donc le frère et la sœur. Dès lors, si nous sui­vons ce rai­son­ne­ment, c’est Apollon sous le visage de Janus qui accueille Saturne lors de son exil. On pour­rait ajou­ter que le nom grec de Diane, Artémis, contient celui de l’ours(e), d’où le rap­port avec le sep­ten­trion qui, la nuit venue, montre la Grande et la Petite Ourse. Proche de car­do, terme dési­gnant l’axe Nord-Sud, le nom de la nymphe, Cardea, indique le nord et, ain­si, fait écho à Artémis.

SATURNE

« Jadis régnait une sim­pli­ci­té rus­tique » (Ovide).

Le revers de notre aes nous montre le navire sur lequel Saturne arrive en Italie, comme Énée le fon­da­teur de Lavinium. Saturne, nom­mé Kronos dans la reli­gion grecque (avant d’être Chronos chez les Romains), est le fils d’Ouranos le ciel et de Gaia la terre (ou Ops en latin). Il est le dieu royal du ciel doré pri­mor­dial. Il relie la terre et le ciel. Avec ce pre­mier Saturne, le temps n’existe pas puisque l’Âge d’Or se carac­té­rise par un éter­nel pré­sent, sans pas­sé ni ave­nir. À cette époque l’Italie s’appelle Ausonia, mot pro­ve­nant de la plus ancienne tri­bu de la pénin­sule, celle des Osques. Les hommes ne connais­saient pas la mort vio­lente, ils s’endormaient dou­ce­ment après une vie longue et heu­reuse. En ces temps, on se nour­ris­sait exclu­si­ve­ment de fruits et de légumes et per­sonne ne son­geait à tuer. Saturne intro­dui­sit l’usage de la fau­cille pour cueillir les pro­duits de la terre. Les vieilles chro­niques racontent que le trône de ce dieu était sur le futur Capitole, au sein d’une for­te­resse ou d’une cité dénom­mé Saturnia, à l’emplacement de la future Rome (11). Rappelons que la pénin­sule ita­lienne, com­pa­rée à une botte est plu­tôt une jambe dont l’emplacement de la rotule serait occu­pé par la ville éter­nelle. Superbe sym­bo­lisme ter­ri­to­rial lorsque l’on sait que le genou cor­res­pond astro­lo­gi­que­ment au signe du Capricorne que gou­verne Saturne. À par­tir du moment où Saturne devint le Chronos, le « temps dévo­rant » ses enfants (c’est-à-dire l’espèce humaine) il fut détrô­né par un de ses fils, Jupiter, aidé de sa mère Rhéa. Une guerre de dix ans entre les dieux olym­piens sous la conduite de Jupiter fut néces­saire pour vaincre Saturne allié des Titans. Jupiter vain­queur, un nou­veau cycle pou­vait com­men­cer. La tra­di­tion reli­gieuse orphique nous raconte qu’après le conflit et une conci­lia­tion entre les bel­li­gé­rants, Jupiter et les Olympiens assi­gnèrent Saturne à rési­dence dans l’ « Île Blanche » des bien­heu­reux, au nord du monde. Une île qui, en quelque sorte, joue le même rôle que le Latium où, rap­pe­lons-le, se trou­vait la cité d’Albe la longue dont le nom (Alba) pro­clame la blan­cheur. Comme on sait que la cou­leur noire est tra­di­tion­nel­le­ment asso­ciée à Saturne, il est aisé de com­prendre que le lieu de son exil annonce la muta­tion qui l’attend. Pour user ici d’une for­mule actuelle, nous dirons qu’au terme de son ban­nis­se­ment pro­vi­soire il sera blan­chi de la noir­ceur le carac­té­ri­sant en tant que Chronos.

L’ÂGE D’OR DOIT REVENIR

« Redeunt Saturnia Regna : le règne de Saturne revient » (frappe d’une mon­naie de l’usurpateur Carausius, 286–293 après J.C.).

Janus et Saturne ont été pour Rome la mani­fes­ta­tion de leurs ori­gines mythiques. À chaque épreuve les Romains n’ont jamais per­du espoir en leurs divi­ni­tés, sachant qu’un jour l’Âge d’Or du Saturne d’avant Chronos serait de retour pour tou­jours. Au pire moment de la crise que tra­ver­sa Rome au III siècle de notre ère, l’Empereur Probus (232−282) n’hésita pas à décla­rer qu’on ver­rait dans le futur un temps « où les sol­dats n’auraient plus leurs rai­sons d’être (car) l’Âge d’Or revien­drait pour tou­jours ! ». On songe ici à la notion de pax pro­fun­da carac­té­ri­sant une séré­ni­té éma­nant de la maî­trise des pas­sions humaines.

Paul Catsaras
1er octobre 2017

NOTES

(1) Il existe d’autres centres que l’on peut consi­dé­rer comme des reflets impar­faits du Centre suprême : Lhassa, jadis cité sacrée du lamaïsme,ou encore Jérusalem, image visible de la mys­té­rieuse Salem de Melki-Tsédek, roi de jus­tice ; sans oublier La Mecque, où la Kaa’ba est sym­bo­li­que­ment sous l’étoile polaire. Et, bien enten­du, Delphes et Rome.

(2) L’historien Alfôldi pense que les latins sont issus du Caucase par vagues vers l’an 1000 avant notre ère. G. Hacquard sou­tient qu’ils viennent par migra­tions suc­ces­sives d’Europe centrale.

(3) Les sept col­lines de Rome sont le Palatin, l’Aventin, le Caelius, l’Esquilin, le Viminal, le Quirinal et, enfin, le Capitole appe­lé « Janicule » en sou­ve­nir de Janus.

(4) L’étalon uti­li­sé est sex­tan­taire, c’est-à-dire que l’aes pèse 16 de livre, soit 54,12 g contre 324,72 g dix ans plus tôt. Devenu oncial au tour­nant du IIIe siècle, (1÷2 de livre soi 27,06 g), l’aes sera sta­bi­li­sé au cours du IIe siècle avant J.C sur l’étalon semi-oncial jus­qu’à la fin de la répu­blique. » Michel prieur, Monnaie romaine, C.G.F.

(5) Jean Richer fait remon­ter l’origine de Janus aux pre­mières civi­li­sa­tions du Moyen Orient. Des mon­naies d’électrum de Mallos, en Cilicie, nous montrent un Janus ailé qui, bran­dis­sant un disque, sym­bole du dôme du ciel, démontre ain­si son carac­tère céleste et pri­mor­dial. Pierre Grimal signale que la reli­gion grecque archaïque connais­sait un type de dieu à deux visages oppo­sés sur un corps unique dont le nom était Argos, ce qui évoque la dési­gna­tion de la plus ancienne cité grecque d’où, selon le mythe, seraient par­tis en quête de la Toison d’or Jason et ses com­pa­gnons. Le nom d’Argos est évo­ca­teur de la cou­leur blanche, ce qui ren­voie à l’aubépine. Si un tel per­son­nage fut réel­le­ment pré­sent dans les croyances archaïques grecques, alors Ovide s’est trom­pé en affir­mant que les Romains étaient les seuls à hono­rer un tel dieu. En fait, chez divers peuples indo-euro­péens, appa­raît l’image d’un être double, qu’il s’agisse du Tuisto dont parle Tacite dans son De Germania ou encore le Yima (lit­té­ra­le­ment « Jumeau »), roi de l’Âge ori­gi­nel chez les Iraniens et, bien évi­dem­ment, les Dioscures dans l’univers mythique grec.

(6) Une clef d’or « solaire » pour le ciel, une d’argent « lunaire » pour la terre. Avec le chris­tia­nisme l’apôtre Saint-Pierre héri­te­ra de ces clefs.

(7) En fait, Cardea est l’incarnation du car­do, l’axe Nord-Sud. Toute ville ou camp mili­taire romain rejoi­gnaient spi­ri­tuel­le­ment par cet axe le Pôle spirituel.

(8) Les prêtres-guer­riers Saliens for­maient des Sodalitates char­gées d’accomplir cer­tains rites pour le salut de l’armée. Leurs ori­gines seraient étrusques. Signalons aus­si les mys­té­rieuses tri­bus salyennes de Provence.

(9) Le temple de Janus fut édi­fié pen­dant la pre­mière guerre punique. Il était consa­cré à la paix et à la guerre. Si les portes du sanc­tuaire étaient fer­mées la paix régnait, mais elles ne furent closes que neuf mois en mille ans.

(10) Dans La Tradition Hermétique, Julius Evola, Éditions Traditionnelles (Paris, 1985).

(11) Romulus fit pla­cer une pierre noire, « signe du Centre », au début de la voie sacrée qui monte au Capitole où se trouve le temple de Jupiter en sou­ve­nir de Saturnia. Comme cet article le men­tionne, la cou­leur noire est asso­ciée à Saturne. L’alchimie conser­ve­ra ce symbolisme.

BIBLIOGRAPHIE

Géographie sacrée dans le monde romain, Jean Richer, Éditions Trédaniel (Paris, 1985).
Guide romain antique, G. Hacquard, Éditions Classique Hachette (Paris 1952).
Ovide, (œuvres com­plètes) publiées sous la direc­tion de N. Nisard, Editions J.J Dubochet et com­pa­gnie, (Paris 1843).)
Les Saturnales, Macrobe, Éditions Les Belles lettres, col­lec­tion La roue à livres (Paris, 1997).
Symboles fon­da­men­taux de la science sacrée, René Guénon, Editions Gallimard (Poitiers, 1962).
Dictionnaire des mytho­lo­gies indo-euro­péennes, Jean Vertemont, Editions Faits et Documents (Paris, 1997).
Rome et ses mon­naies, Guide pra­tique du col­lec­tion­neur débu­tant et confir­mé. Donatien Grau et Michel Amandry, Revue Numismatique et change, HS N°1 2007.
Dictionnaire de la mytho­lo­gie grecque et romaine, Pierre Grimal Editions Puf (Paris, 1969).
Les mys­tères du dieu Janus, Jean Émile Bianchi Editions Ivoire clair (Groslay, 2004).
Monnaie XXI vente sur offres, col­lec­tion Laurent Schmitt et Michel Prieur, Editions Comptoir Général Financier (Paris, 2004).

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