Message de Mgr Molinas

31 mars 2017 | Aucun com­men­taire

Message de Mgr MOLINAS,
adres­sé de la paroisse de Caraquet (Canada) et lu à l’é­glise Sainte-Anne de Six Fours le dimanche 26 mars 2017 lors de la messe anni­ver­saire du crime d’Etat com­mis par la France le 26 mars 1962 rue d’Isly à Alger :

Frères et soeurs pieds-noirs, Chers amis,

Il y a cin­quante-cinq ans, alors que s’amorçait le der­nier prin­temps de l’Algérie Française – mais pou­vions-nous alors le croire ? – Alger allait vivre le jour le plus hor­rible de son his­toire. Jour de vio­lence, jour de cruau­té, mais sur­tout jour où le « crime d’état » allait mar­quer de son sceau la tra­hi­son dont notre peuple allait être la victime.

Depuis cette date et l’exode qui s’en est sui­vi, nous vivons, nous les Pieds-Noirs et les Harkis, dans l’espérance mille fois déçue d’une recon­nais­sance de ce que fut notre his­toire. Sachons bien que si nous n’avions pas per­sé­vé­ré dans le com­bat pour la sau­ve­garde de notre mémoire, aujourd’hui nous n’existerions plus. Non seule­ment nous n’existerions plus mais, d’une manière défi­ni­tive, l’histoire de l’Algérie fran­çaise serait relé­guée dans les coins les plus sombres de l’histoire de France, et avec elle l’honneur de nos aïeux, de nos sol­dats ; celui aus­si des fusillés du 26 mars 1962, des vic­times des mas­sacres qui ont ponc­tué le long che­min de croix de cette guerre sans nom, et de tous ceux qui ont don­né leur vie et sou­vent leur sang pour l’édification d’un monde nouveau.

Or, ce que nous consta­tons aujourd’hui c’est que l’oubli dans lequel on veut nous enfer­mer ne suf­fit pas à cer­tains. Il faut la dif­fa­ma­tion, le tra­ves­tis­se­ment gros­sier de l’histoire pour conti­nuer une basse besogne qui semble ne pas être ache­vée. Et l’on va donc par­ler de la colo­ni­sa­tion comme d’un crime contre l’humanité. Une telle insulte infa­mante ne concerne pas seule­ment la poli­tique d’une époque don­née, elle atteint tous ceux qui ont tra­vaillé pour la venue au monde de pays nou­veaux et d’énergies nou­velles. C’est à dire que ce men­songe salit la mémoire de nos ancêtres et cha­cun de nous per­son­nel­le­ment si nous vou­lons res­ter fidèles à l’oeuvre qu’ils ont accomplie.

Et ne soyons pas dupes. En effet, si de telles paroles peuvent être pro­non­cées, et dans le contexte que l’on connait, c’est que leur auteur en a mesu­ré les risques. N’est-il pas per­sua­dé fina­le­ment qu’une grande par­tie de nos conci­toyens, pour ne pas dire la majo­ri­té d’entre eux, accep­te­ront une telle mys­ti­fi­ca­tion sans réagir ? Depuis plus de cin­quante ans on ment à la France et aux fran­çais. Les consciences sont anni­hi­lées ou, au mieux, endor­mies. Le maré­chal Juin avait décla­ré face à l’abandon de l’Algérie : « La France est en état de péché mor­tel. Un jour elle aura à le payer. » Notre grand homme avait sans doute rai­son, mais je conti­nue de croire, même au point où nous en sommes, que la rédemp­tion est tou­jours possible.

Continuons donc de nous battre pour l’honneur et la mémoire de nos mar­tyrs, pour le res­pect de notre his­toire et pour le salut de la France, notre patrie. Ne per­dons jamais cou­rage. Poursuivons le com­bat jusqu’au der­nier d’entre nous en espé­rant que, d’une manière comme d’une autre, le relais sera pas­sé à des géné­ra­tions de jeunes fran­çais qui auront à coeur de réta­blir la vérité.

Aujourd’hui nous prions pour les vic­times de la rue d’Isly, sans oublier bien sûr tous ceux qui sont tom­bés durant ces sept années de folie des­truc­trice. Notre coeur se tourne vers la ville blanche ensan­glan­tée en ce funeste jour du 26 mars 1962. Frères et soeurs pieds-noirs, chers amis, res­tons forts dans la foi et prions pour la France.

Que Dieu sauve la France !

Mgr Jean-Yves MOLINAS
Le 26 mars 2017, à Caraquet – Acadie – Nouvelle France

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