
Nostradamus, le masque et la Covid19
L’article que Georges Gourdin a fait paraĂ®tre : Nostradamus aurait-il insÂpiÂrĂ© Pierre-Émile Blairon ? m’a quelque peu dĂ©sarÂçonÂnĂ© sur le coup car il ne m’avait pas aviÂsĂ© de sa paruÂtion ; mais c’est une heuÂreuse surÂprise : il m’a perÂmis de rĂ©flĂ©Âchir sur les motifs qui m’ont ameÂnĂ© Ă Ă©crire les quelques phrases que vous avez dĂ©jĂ lues ou que vous allez lire. C’est le but de ma prĂ©Âsente dĂ©marche : vous expoÂser ces motifs.
« La fin d’un cycle est touÂjours caracÂtĂ©ÂriÂsĂ©e par une accĂ©ÂlĂ©ÂraÂtion et une mulÂtiÂpliÂcaÂtion d’évĂ©nements traÂgiques ou aberÂrants, par le règne du menÂsonge, l’inversion totale des valeurs lonÂgueÂment Ă©laÂboÂrĂ©es par la civiÂliÂsaÂtion qui est en train de mouÂrir mais c’est alors le moment oĂą chaque insÂtant de la vie sociale revĂŞt un masque, en l’occurrence morÂtuaire, comme une giganÂtesque fĂŞte de carÂnaÂval dont les acteurs revĂŞÂtiÂraient des cosÂtumes de zomÂbies errants Ă la recherche d’un souffle de vie.
Funèbre paroÂdie oĂą l’on tente en vain de dĂ©couÂvrir dans cette foule un vĂ©riÂtable humain.
En fait, quand tout n’est que paroÂdie, c’est que le monde rĂ©el est dĂ©jĂ mort.
Sous le masque, il n’y a que le néant. »
Je ne me souÂveÂnais pas d’avoir Ă©crit ces lignes. Il faut dire que, un livre terÂmiÂnĂ©, mon esprit est occuÂpĂ© par le suiÂvant alors que j’oublie presque tout du prĂ©ÂcĂ©Âdent ; je ne suis pas vraiÂment un bon commercial.
Au moment mĂŞme de la paruÂtion de mon derÂnier livre, Chroniques d’une fin de cycle, paru aux Éditions du Lore en dĂ©cembre 2019, « l’élite » monÂdiale pĂ©do-sataÂniste au pouÂvoir metÂtait la derÂnière main Ă la plus grande maniÂpuÂlaÂtion de tous les temps, qui allait abouÂtir Ă ce dĂ©lire que constiÂtue le totaÂliÂtaÂrisme saniÂtaire plaÂnĂ©Âtaire, si bien rĂ©usÂsi dans ses moindres dĂ©tails.
Le pire des mondes
Le sous-titre de ce livre Chroniques d’une fin de cycle, oĂą ces phrases citĂ©es figurent parÂmi les preÂmières, les annonce dĂ©jĂ : Les enfers paroÂdiÂsiaques ; un amalÂgame de « paraÂdis » et « paroÂdie ». Le paraÂdis est ici un faux paraÂdis, et mĂŞme l’inverse, puisqu’il est un enfer, tanÂdis que la paroÂdie est une vraie paroÂdie qui singe le bonÂheur, tel que Aldous Huxley l’avait Ă©voÂquĂ© dans son livre Le meilleur des mondes qui signiÂfie Ă©viÂdemÂment « Le pire des mondes ».
Le pire des mondes – comme il n’en a encore jamais exisÂtĂ© – est celui que nous sommes desÂtiÂnĂ©s Ă vivre et que nous vivons dĂ©jĂ pour cerÂtains d’entre nous, parÂmi les plus lucides ; la pluÂpart de nos contemÂpoÂrains Ă©tant comÂplèÂteÂment inconsÂcients de ce qui arrive et, surÂtout, de ce qui va arriver.
Les popuÂlaÂtions sont deveÂnues gloÂbaÂleÂment incaÂpables d’analyser la situaÂtion prĂ©Âsente, d’entrevoir quelque cheÂmin d’avenir, inaptes Ă tirer les moindres leçons du pasÂsĂ©. Elles rĂ©pètent stuÂpiÂdeÂment les mĂŞmes schĂ©Âmas, exĂ©Âcutent machiÂnaÂleÂment les mĂŞmes gestes, obĂ©issent masÂsiÂveÂment aux moindres injoncÂtions si ce n’est aux moindres stiÂmuÂli ; elles sont entrĂ©es dans un proÂcesÂsus d’abĂŞtissement comÂplet ; et encore, cerÂtaines bĂŞtes ont plus de faculÂtĂ©s intelÂliÂgentes pour se situer dans la vie et pour affirÂmer leur « personnalitĂ© ».
Le rapÂport avec Nostradamus ? Pourquoi m’aurait-il influenÂcĂ© ? C’est que je l’ai longÂtemps frĂ©ÂquenÂtĂ© en Ă©criÂvant sa bioÂgraÂphie, en tenÂtant de rĂ©soudre ses Ă©nigmes, en donÂnant des confĂ©Ârences et des articles sur le perÂsonÂnage et son Ĺ“uvre. InĂ©vitablement, une sorte de comÂpliÂciÂtĂ© est nĂ©e et, peut-ĂŞtre inconsÂciemÂment, j’ai penÂsĂ© Ă lui en Ă©criÂvant ces lignes sur le masque quelque peu prĂ©monitoires.
Avant d’être devin, Nostradamus était médecin
Mais quelques Ă©lĂ©Âments d’ordre tout Ă fait concret peuvent avoir ausÂsi creuÂsĂ© un petit sillon dans ma mĂ©moire ; ainÂsi, rapÂpeÂlons-nous que Nostradamus, avant d’être devin, Ă©tait mĂ©deÂcin, qu’il n’hĂ©sitait pas Ă se rendre dans les villes terÂrasÂsĂ©es par une Ă©piÂdĂ©Âmie (autreÂment plus grave que la griÂpette prĂ©ÂfaÂbriÂquĂ©e qu’on veut nous faire pasÂser pour une catasÂtroÂphique panÂdĂ©Âmique monÂdiale) pour exerÂcer son mĂ©tier qui Ă©tait alors un vĂ©riÂtable sacerÂdoce souÂvent de nature sacriÂfiÂcielle ; nombre de mĂ©deÂcins y laisÂsaient leur vie ; la tĂ©lĂ© n’existait pas encore pour pasÂser le plus clair de son temps Ă s’y pavaÂner, grasÂseÂment payĂ©s au nombre de menÂsonges proÂfĂ©ÂrĂ©s comme font les Diafoirus actuels(1) au lieu d’exercer leur mĂ©tier.
La peste, en effet, sĂ©visÂsait rĂ©guÂlièÂreÂment et parÂtout Ă cette Ă©poque (dĂ©but du XVIe siècle) et Nostradamus se renÂdait sur les lieux de l’épidĂ©mie pour tenÂter d’y souÂlaÂger les malÂheuÂreux contaÂmiÂnĂ©s. Les mĂ©deÂcins porÂtaient alors des masques en forme de bec de pĂ©liÂcan dont la renÂflure Ă©tait remÂplie de plantes mĂ©diÂciÂnales cenÂsĂ©es les proÂtĂ©Âger des miasmes enviÂronÂnants. Nostradamus avait mis au point une dĂ©cocÂtion magique constiÂtuĂ©e de plantes et de fleurs aux proÂpriĂ©ÂtĂ©s antiÂsepÂtiques qui se rĂ©vĂ©Âlèrent parÂtiÂcuÂlièÂreÂment effiÂcaces puisÂqu’il ne fut jamais atteint par la malaÂdie (c’était un bon vivant, il est mort de… la goutte !).
Déduire plus que prédire
Nostradamus Ă©tait connu, et l’est encore, pour ses prĂ©ÂdicÂtions, dont beauÂcoup furent vĂ©rifiĂ©es.
Certes, les dieux, ceux des Gaulois, des Indous, des ChaldĂ©ens et des HĂ©breux, s’étaient penÂchĂ©s sur son berÂceau ; c’est lui-mĂŞme qui les Ă©voque, et les invoque, selon ses dires. C’est, sans doute, un petit coup de leurs pouces qui a perÂmis ses halÂluÂciÂnantes proÂphĂ©Âties calÂcuÂlĂ©es au jour près (comme, par exemple, le dĂ©but et la fin du comÂmuÂnisme soviĂ©tique).
Son disÂciple, Chavigny, ne l’appelait-il pas le « Janus franÂçais », Janus, le dieu de l’antiquitĂ©, le dieu priÂmorÂdial, le dieu des comÂmenÂceÂments, celui qui a deux visages, l’un tourÂnĂ© vers le pasÂsĂ©, l’autre vers l’avenir ?
Car le gĂ©nie de Nostradamus, plus que de prĂ©Âdire, consisÂtait Ă dĂ©duire.
Nostradamus fut l’un des preÂmiers modernes (il a vĂ©cu penÂdant la Renaissance, dĂ©but des Temps modernes) Ă avoir comÂpris le sysÂtème des cycles qui explique la marche du monde.
Les preÂmiers Ă©crits de cycloÂloÂgie appaÂraissent chez les Indous, qui ne faiÂsaient que s’en rĂ©fĂ©Ârer aux cycles de vie natuÂrels : tous les ĂŞtres natuÂrels, les plantes, les astres, les saiÂsons, les jours, les heures, les hommes, les aniÂmaux vivent selon un cycle : naisÂsance, vie, mort. Le temps est cyclique, tout recomÂmence lorsque tout est mort.
Mais les civiÂliÂsaÂtions naissent, vivent et meurent selon le mĂŞme processus.
Les Indous avaient diviÂsĂ© le temps cyclique en quatre pĂ©riodes, chaÂcune d’elles appeÂlĂ©e Yuga. Nous sommes Ă la fin de la derÂnière pĂ©riode, appeÂlĂ©e Kali-Yuga, dĂ©clin entaÂmĂ© il y a 6400 ans.
Toutes les anciennes sociĂ©ÂtĂ©s traÂdiÂtionÂnelles se rĂ©fĂ©Âraient au sysÂtème cyclique, au temps cyclique, le temps linĂ©aire n’étant qu’une invenÂtion humaine iniÂtiĂ©e par les monothĂ©istes.
Les Grecs, par les Ă©crits d’HĂ©siode (ci-desÂsus) notamÂment, ont ausÂsi adopÂtĂ© le concept de temps cyclique, lui ausÂsi parÂtaÂgĂ© en quatre pĂ©riodes qui vont du meilleur au pire ; le sysÂtème cyclique est un sysÂtème invoÂluÂtif. L’Âge d’or est suiÂvi de l’Âge d’argent, puis du bronze, puis du fer, qui corÂresÂpond donc au Kali-Yuga, celui dont nous vivons les derÂniers insÂtants ; Ă la fin du grand cycle rĂ©apÂpaÂraĂ®t le nouÂveau avec un nouÂvel Ă‚ge d’or.
Ainsi donc, Nostradamus, le Janus franÂçais, dotĂ© d’une longue mĂ©moire, d’une grande culture, ainÂsi que d’une proÂfonde intuiÂtion, hĂ©riÂtier spiÂriÂtuel de pluÂsieurs ethÂnies et cultures, dĂ©duiÂsait des anciens cycles les Ă©vĂ©ÂneÂments qui allaient appaÂraĂ®tre pour le nouveau.
Le sysÂtème cyclique a Ă©tĂ© comÂpris et repris par quelques-uns de nos auteurs contemÂpoÂrains qui se sont ainÂsi avĂ©ÂrĂ©s ĂŞtre des pasÂseurs et des mainÂteÂneurs des anciennes sociĂ©ÂtĂ©s traÂdiÂtionÂnelles Ă traÂvers le monde, et, plus parÂtiÂcuÂlièÂreÂment, du monde indo-euroÂpĂ©en : Oswald Spengler, MircĂ©a Éliade, Georges DumĂ©zil, RenĂ© GuĂ©non, Julius Évola… auxÂquels il convient de se rĂ©fĂ©Ârer pour comÂprendre quelque chose Ă l’Histoire du monde et aux terÂribles Ă©vĂ©ÂneÂments qui se dĂ©roulent sous nos yeux.
Je terÂmiÂneÂrai par une phrase qui rĂ©sume bien cet article, phrase de Paul-Georges Sansonetti qui, lui ausÂsi, apparÂtient Ă cette catĂ©ÂgoÂrie disÂtinÂguĂ©e de pasÂseurs et de mainÂteÂneurs : « Comme disait Goethe : » Les Ă©vĂ©ÂneÂments Ă venir proÂjettent leur ombre vers nous ». Encore faut-il que de vĂ©riÂtables voyants (alliant une intuiÂtion indisÂsoÂciable de la conscience ethÂnique Ă une luciÂdiÂtĂ© hĂ©roĂŻque) soient capables d’inÂterÂprĂ©Âter ces ombres mesÂsaÂgères. »
Pierre-Émile Blairon
(1) Les Diafoirus sont des mĂ©deÂcins, père et fils, dans la pièce de Molière, Le Malade imaÂgiÂnaire. « Cuistres granÂdiÂloÂquents et rĂ©troÂgrades dont le charÂlaÂtaÂnisme finit par Ă©claÂter au grand jour » (Wiktionnaire)
[NDLR] Notre illusÂtraÂtion Ă la une : Janus de Roquepertuse en Provence (cf. notre article d’ocÂtobre 2017).

Jean Claude .
Mais pourÂquoi donc ne pas aller direcÂteÂment cherÂcher ce qui dĂ©crit nos temps de la fin (de ce sysÂtème, pas de la terre) dans Mattieu chaÂpitre 24, verÂset 14 ; ou Luc chaÂpitre 21 qui annonce des pestes et des disettes (traÂduire Corona et Crise Ă©coÂnoÂmique) ? Tout y est.
Nostradamus y est allĂ© lui mĂŞme comme tant d’autres proÂphètes de malÂheur… pour leur compte (sectes).
Plus c’est simple, moins c’est cru.
Plus difÂfiÂcile, les proÂphĂ©Âties de Daniel « calent » nos temps de la fin Ă notre Ă©poque : le Christ parÂlait de « la terre habiÂtĂ©e tout entière » pour nos Ă©vĂ©ÂneÂments, avec en prĂ©Âmisses ce qui se pasÂseÂrait Ă JĂ©rusalem en l’an 70.
Il sufÂfit de lire…
Merci pour cet excellent article. Permettez-moi de preÂciÂser une nuance : les expresÂsions l’âge du bronze, l’âge du fer s’apÂpliquent aux pĂ©riodes hisÂtoÂriques tanÂdis que l’on parle d’âge d’or, d’argent, de fer… pour ces pĂ©riodes mythiques.
Excellente perÂcepÂtion ! Merci, nous sommes entièÂreÂment d’accord.