Les lycéens veulent : « Le doctorat pour tous ! »

par | 28 octobre 2026| Aucun com­men­taire

Depuis la mi-sep­tembre, des lycées se bloquent un peu par­tout en France.
Les reven­di­ca­tions sont confuses, mais on peut y rete­nir :
• fin de Parcoursup,
• plus de places dans le supé­rieur,
• classes moins char­gées,
• réno­va­tion des éta­blis­se­ments,
• et sur­tout plus de moyens !

Les orga­ni­sa­tions lycéennes, après avoir été reçues à Matignon le 26 octobre et obte­nu quelques conces­sions (rem­pla­ce­ment de Parcoursup en 2028, 15 000 places sup­plé­men­taires, prêts pour le bâti sco­laire), appellent à pour­suivre la mobi­li­sa­tion.
Rien de très nou­veau sous le soleil des mou­ve­ments de jeu­nesse. Ce qu’il faut voir, c’est le fond idéo­lo­gique qui mérite d’être nommé.

Les enfants et petits-enfants de Mai 68

Hors dans les quar­tiers des ban­lieues, ces lycéens sont, pour beau­coup, les enfants ou petits-enfants des soixante-hui­tards. Ils sont héri­tiers d’une culture qui s’ex­pri­mait dans les affiches de Mai 68 :

L’autorité est suspecte, l’effort est oppressif, la sélection est injuste.

Mai 68 n’a pas seule­ment ouvert les portes des facs de façon tem­po­raire (le bac 68, réduit à des oraux, avait vu son taux de réus­site bon­dir, avec des effets mesu­rés à long terme sur les car­rières des « mira­cu­lés » de cette année-là). Il a dura­ble­ment ins­tal­lé l’idée que l’institution sco­laire devait avant tout libé­rer plu­tôt que trans­mettre, accom­pa­gner plu­tôt qu’exiger.

Le résul­tat est visible : l’é­cole est un lieu où la contrainte est deve­nue le pro­blème, et non la solu­tion. Les slo­gans d’aujourd’hu i :
• « Moins de flics, plus de fric»,
• « L’avenir de la nation passe par l’éducation» tout en blo­quant les cours !
en sont bien le révé­la­teur. Les lycéens reven­diquent le droit de ne plus subir les contraintes du Système, tout en en bénéficiant.

Parents et grands-parents : la belle vie de la fonction publique

Beaucoup de ces lycéens ont gran­di dans des familles où l’on s’est com­plu dans le ser­vice public, et sou­vent dans l’Éducation natio­nale. Leurs parents ou grands-parents ont connu la sécu­ri­té de l’emploi, les vacances sco­laires, la retraite anti­ci­pée rela­tive, un cer­tain confort maté­riel. Ce modèle a été per­çu comme l’idéal.

Dans ce cadre, l’entreprise pri­vée appa­raît faci­le­ment comme le lieu de l’exploitation :
« Les patrons s’enrichissent sur notre dos»
Le dis­cours anti-entre­prise, nour­ri à la fois par la culture fami­liale et par les argu­ments syn­di­caux, trouve un ter­rain fer­tile. Pourquoi s’inquiéter de la créa­tion de valeur ou de la com­pé­ti­ti­vi­té quand le modèle de réfé­rence est le sta­tut de fonctionnaire ?

« J’y a droit !» : l’inflation des diplômes

Le slo­gan impli­cite est clair : « J’y a droit !»
Droit au diplôme, droit à la place en fac, droit à la réus­site… mté­rielle bien sûr. Les diplômes sont alors octroyés sans éva­lua­tion des connais­sances.
• Le cer­ti­fi­cat d’études pri­mairesa per­du sa valeur sélec­tive, puis a été sup­pri­mé.
• Le BEPC(deve­nu diplôme natio­nal du bre­vet) a sui­vi le même che­min : long­temps déli­vré de façon qua­si auto­ma­tique, il ne dis­tingue plus grand-chose.
• Le bac­ca­lau­réat, autre­fois sélec­tif (taux de réus­site autour de 60–70 % dans les années 1960–1970), dépasse aujourd’hui 90 % de réus­site (plus de 95 % en voie géné­rale ces der­nières années), et près de 80 % d’une géné­ra­tion l’obtient. Le contrôle conti­nu et les amé­na­ge­ments suc­ces­sifs y ont contri­bué.
• La licencesuit le même pro­ces­sus de dévaluation.

Alors pour­quoi s’arrêter là ? Emoticon Merci

« Le doctorat pour tous »n’est pas une boutade

C’est la suite logique d’une machine qui délivre des diplômes de plus en plus faci­le­ment pour cal­mer les reven­di­ca­tions et main­te­nir l’illusion de l’ascension. Chaque diplôme qui se géné­ra­lise perd de sa valeur sur le mar­ché du tra­vail, ce qui jus­ti­fie la demande d’un diplôme encore supérieur.

Jusqu’où ? Qui gagne dans cette affaire ?

L’État y trouve son compte. Ces émeutes et blo­cages divisent le pays, pola­risent le débat et per­mettent de gou­ver­ner sans véri­table majo­ri­té démo­cra­tique stable. Pendant que l’on dis­cute de Parcoursup et de « Plus de moyens », les ques­tions struc­tu­relles (défi­cit, com­pé­ti­ti­vi­té, immi­gra­tion, auto­ri­té) passent au second plan. Diviser pour régnerreste la stra­té­gie fondamentale.

Les syn­di­cats ensei­gnants ins­tru­men­ta­lisent le mou­ve­ment. Les lycéens reprennent leur argu­men­taire écu­lé : « Plus de moyens ! », « Plus d’enseignants ! ». Chaque poste créé est un adhé­rent poten­tiel. Les orga­ni­sa­tions lycéennes et étu­diantes, sou­vent proches des syn­di­cats, main­tiennent la pres­sion même après les annonces gou­ver­ne­men­tales. C’est leur rai­son d’être.

Quant aux lycéens eux-mêmes, beau­coup se réjouissent sim­ple­ment de ne plus aller en cours. Le blo­cage a ses avan­tages immé­diats : jours de vacances sup­plé­men­taires, sen­ti­ment d’agir, réseaux sociaux qui ampli­fient le mou­ve­ment. La grève reste une forme de loi­sir acquise.

Conclusion

Le « Doctorat pour tous ! » n’est pas encore un slo­gan offi­ciel, mais il est déjà en germe dans la logique actuelle. Tant que l’on confon­dra droit à l’éducation et droit au diplôme sans effort, tant que l’héritage soixante-hui­tard conti­nue­ra de dic­ter que toute contrainte est oppres­sive, et tant que les béné­fi­ciaires du Système (État, syn­di­cats, familles de la fonc­tion publique) y trou­ve­ront leur inté­rêt, le mou­ve­ment se pour­sui­vra.
Les conces­sions d’octobre 2026 n’y chan­ge­ront rien de fon­da­men­tal. Elles nour­rissent l’idée que l’on a tou­jours droit à davan­tage, sans jamais avoir à se deman­der qui paie.


[NDLR] Notre illus­tra­tion à la une est réa­li­sée par une IA

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Georges Gourdin

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