La macronie championne du grenouillage

7 novembre 2021 | 2 Commentaires 

Chacun sait qu’en poli­tique les pro­messes n’engagent que ceux qui y croient. Et tout le monde se sou­vient que le can­di­dat Macron en avait fait beau­coup, des pro­messes, notam­ment celle de rompre avec les vilaines pra­tiques en inter­di­sant aux par­le­men­taires d’exercer des acti­vi­tés de conseil paral­lè­le­ment à leur man­dat, pour mettre fin aux conflits d’intérêts. Notons au pas­sage qu’il avait éga­le­ment assu­ré vou­loir « pas­ser d’une admi­nis­tra­tion du contrôle et de la sanc­tion sys­té­ma­tique, à une admi­nis­tra­tion […] du conseil et de l’accompagnement. » On a vu ce qu’il en a été avec la crise du Covid mais le sujet n’est pas là.

En fait, depuis plus de quatre ans, la macro­nie s’est avé­rée être un ramas­sis de tristes sires, tous plus mépri­sants les uns que les autres quant à leur pro­pen­sion à s’asseoir sur les pro­messes faites mais aus­si sur la République, ses lois, son droit, l’éthique et la morale. Il y a eu Benalla, l’usurpateur de fonc­tions poli­cières et diplo­ma­tiques ; il y a eu de Rugy(1) menant vie de châ­teau sur fonds publics ; il y a eu Delevoye(2) le spé­cia­liste du conflit d’intérêt… Et puis le big boss en per­sonne qui, au mépris de la sépa­ra­tion des pou­voirs, est inter­ve­nu direc­te­ment dans une pro­cé­dure judi­ciaire pour pro­té­ger son col­la­bo­ra­teur le plus proche, Alexis Kohler, et à cou­vrir un men­songe d’État, ce qui consti­tue de fait une entrave carac­té­riése à la Justice.

En effet, pas­sant outre la sépa­ra­tion des pou­voirs, Emmanuel Macron a écrit au PNF (Parquet National Financier), à l’été 2019, pour dis­cul­per Alexis Kohler, le secré­taire géné­ral de l’Élysée mis en cause dans un rap­port de police acca­blant. S’en est sui­vi un second rap­port d’enquête abou­tis­sant, comme par enchan­te­ment, à des conclu­sions dia­mé­tra­le­ment oppo­sées. Un mois plus tard, l’enquête était clas­sée sans suite ! Voilà qui consti­tue le der­nier scan­dale écla­bous­sant la macro­nie et l’État jupitérien.

L’affaire remonte à juin 2018 lorsque l’association Anticor dépose plainte pour prise illé­gale d’intérêts, tra­fic d’influence et cor­rup­tion pas­sive visant le secré­taire géné­ral de l’Élysée. Une enquête pré­li­mi­naire avait alors été ouverte par le Parquet National Financier. Les magis­trats vou­laient véri­fier les élé­ments avan­cés par l’association à savoir des liens fami­liaux et pro­fes­sion­nels avec l’armateur ita­lo-suisse MSC (Mediterranean Shipping Company) – dont le fon­da­teur est le cou­sin par alliance de Mme Kohler mère ! –, un des pre­miers clients des chan­tiers de Saint-Nazaire. Cette proxi­mi­té n’aurait pas été décla­rée par Alexis Kohler à la com­mis­sion de la fonc­tion publique lors de son entrée à Bercy. Et donc, à plu­sieurs reprises, celui-ci aurait mis les moyens de l’État à dis­po­si­tion du croi­sié­riste, avant d’aller y pantoufler !

Car Alexis Kohler, qui est sor­ti, lui aus­si, des écoles les plus pres­ti­gieuses de la République (Sciences Po puis l’Essec et enfin l’ENA) est pas­sé par le FMI (Fonds Monétaire International) et sur­tout par l’Agence des Participations de l’État (APE)(3). À ce poste stra­té­gique il était le repré­sen­tant de l’État dans les dif­fé­rents conseils d’administration d’entreprises par­tiel­le­ment déte­nues par la France : Renault, RATP, Aéroports de Paris, Port du Havre et… STX France (chan­tiers de Saint-Nazaire) dans les­quels l’État est action­naire à hau­teur de 33,4 % et avec les­quels il concluait, en 2010, des contrats avec MSC, l’entreprise fami­liale du petit Kohler. Ainsi, notre brillant énarque défen­dait les inté­rêts de gros groupes tout en étant ser­vi­teur de l’État. Ce qui lui valut un avis défa­vo­rable de la Commission de déon­to­lo­gie de la fonc­tion publique lorsqu’en avril 2014 il fit une demande pour rejoindre MSC.

Or, cette année 2014 est celle au cours de laquelle Alexis Kohler ren­contre Emmanuel Macron qui en fera son direc­teur de cabi­net lorsqu’il suc­cè­de­ra à Arnaud Montebourg à Bercy. Comme par hasard, en août 2016, la Commission de déon­to­lo­gie revien­dra sur son avis défa­vo­rable l’ayant empê­ché de rejoindre MSC : le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, était pas­sé par là, se por­tant garant de la pro­bi­té de son col­la­bo­ra­teur ! Le même ministre favo­ri­se­ra ensuite le rachat de STX France par… MSC ! La boucle sera bou­clée. Alexis Kohler ren­ver­ra l’ascenseur en s’impliquant acti­ve­ment dans la conquête de l’Élysée par son men­tor qu’il rejoin­dra sous les ors de la République après l’élection.

Du grenouillage dans toute son horreur !

C’était cepen­dant sans comp­ter sur la pug­na­ci­té d’Anticor qui y a vu malice esti­mant que la proxi­mi­té d’Alexis Kohler avec l’entreprise MSC aurait pu l’amener à trai­ter des dos­siers sen­sibles inté­res­sant la socié­té alors qu’il était direc­teur de cabi­net. Du coup, le PNF s’intéresse main­te­nant à ses deux années pas­sées comme direc­teur adjoint au cabi­net du ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici, de 2012 à 2014, époque où il sié­geait tou­jours au conseil d’administration des chan­tiers STX de Saint-Nazaire.

Le Pouvoir n’est pas par­ve­nu à enter­rer l’af­faire qui res­sort ces jours-ci (voir vidéo ci-des­sous). Alexis Kohler est en train de deve­nir un caillou très gênant dans la chaus­sure d’Emmanuel Macron, sur un autre registre, s’en­tend, que l’af­faire Benalla. L’opposition en pro­fite, bien sûr, pour mul­ti­plier les attaques : Gilbert Collard du Rassemblement National demande la des­ti­tu­tion du chef de l’État et l’Insoumis Ugo Bernalicis appelle à l’ouverture d’une enquête par l’inspection géné­rale de la jus­tice. Plusieurs élus parlent de scan­dale d’État. À moins de six mois de l’élection pré­si­den­tielle, cette affaire Kohler prend un petit air d’affaire Fillon. Les consé­quences en seraient-elles poten­tiel­le­ment analogues ?

Charles ANDRÉ

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »


(1) Lire La nou­velle pos­ture : « J’assume ! » du 18 juillet 2018
(2) Lire Delevoye : révé­la­teur du pour­ris­se­ment com­plet du Système du 15 décembre 2019
(3) Le monde de notre tech­no­cra­tie diri­geante étant petit, le direc­teur de l’APE n’est autre que Martin Vial, époux de Florence Parly, ministre de la Défense


Infographie publiée par France Bleu le mer­cre­di 24 juin 2020 :Alexis Kohler


Plus, avec la vidéo ci-dessous :

2 Commentaires 

  1. C’était déjà la MAFIA avec les autres gou­ver­ne­ments.
    Avec le gou­ver­ne­ment MACRON, c’est la véri­table répu­blique bana­nière.
    Disparition pro­gres­sive de notre répu­blique : Liberté, Egalité, Fraternité.

    Répondre
    • Je croyais, moi qui suis d’o­ri­gine ita­lienne, que la Mafia d’Etat ne concer­nait que l’Italie, mais là avec Macron on a pas­sé un cap bien supé­rieur… Il faut dire que la Constitution de la 5ème répu­blique a per­mis à tous les chefs d’Etat d’a­voir une cer­taine impu­ni­té. En effet, tous les pou­voirs dans les mains d’un seul homme ce n’est pas la démo­cra­tie. Le Général De Gaulle doit se retour­ner dans sa tombe…!!! Mais qui sera assez hon­nête pour l’ad­mettre et la changer …???

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