Les 3 Noël (3 sur 3)

20 décembre 2020 | Aucun com­men­taire

Aujourd’hui, der­nier volet de notre trip­tyque « Les 3 Noël »

J’ai reçu ces jours der­niers une invi­ta­tion pour… les soldes du mois de jan­vier ! Dans quelques bou­lan­ge­ries bien pré­voyantes, on trouve dé­jà des galettes des rois. Autrement dit, un mois d’avance sur le calen­drier des futurs évé­ne­ments com­mer­ciaux.
Ce sera ensuite la Saint Valentin le 14 fé­vrier, puis la fête des grands-mères le 7 mars 2021.
Le 4 avril ce sera Pâques, ensuite le muguet du pre­mier mai et la fête des mères le 30 du même mois. Les pères seront fê­tés trois semaines plus tard, le 20 juin. On retrou­ve­ra des soldes en juillet, heu­reu­se­ment, et en août, on se pré­pa­re­ra pour la ren­trée des classes qui se dé­rou­le­ra en sep­tembre. Les 3 octobre fê­te­ra les grands-pères, il ne man­quait qu’eux, et en novembre la fête des fleu­ristes, j’ai nom­mé la Toussaint.
Comme celle-ci se dé­roule le pre­mier du mois et que le bon­homme en rouge est encore loin dans son pays, on s’est empres­sé de gref­fer un Halloween et un Black Friday typi­que­ment amé­ri­cains avant la fin du mois.

Et nous nous retrouvons alors en décembre pour fêter… Noël !

À chaque mois donc sa petite, grande ou énorme « fête » com­mer­ciale, orga­ni­sée par les grandes enseignes. Et chaque mois on peut consta­ter l’avilissement des consom­ma­teurs se pres­sant dans les bou­tiques ou sur leur cla­vier afin de ne pas dé­ro­ger à l’événement mar­chand du moment.
On voit ces jours-ci des mil­liers de per­sonnes déam­bu­ler dans les maga­sins, tous atteints de fièvre ache­teuse. L’épidémie, que dis-je la pan­dé­mie de la Covid-19 est mise entre parenthèses.

Les Pouvoirs publics tolèrent la cohue dans les grands magasins mais pas dans les restaurants !

Les té­lé­vi­sions, les jour­naux, les sites inter­net les ont pour­tant bien aiguillés depuis des mois. Le choix est embar­ras­sant. Et on les voit, tristes et fati­gués, arpen­ter les rayons à la recherche de la perle si rare, dont une bonne part se retrou­ve­ra dans les jours pro­chains sur des sites spé­cia­li­sés de revente.
Ils ont tou­ché le trei­zième, qua­tor­zième, quin­zième mois, la prime de Noël, les salaires sont ver­sés plus tôt, les cré­dits sont plus faciles… Les banques sont bien enten­du de la par­tie.
L’essentiel est que la mon­naie cir­cule, vite, plus vite, et si pos­sible sans contact. L’argent cir­cule ain­si plus facilement.

Credit_conso_Noel

Ces consom­ma­teurs hé­bé­tés ne se rendent même plus compte à quel point ils sont per­fu­sion de ces puis­sances d’argent qu’ils ne cessent de dé­non­cer par ailleurs ! Il faut faire comme tout le monde, res­ter dans le trou­peau, pour ne pas pas­ser pour « has been »(1) ou un « bolosse »(2).
Ils dé­pen­se­ront en moyenne 749 € pour cette fête de Noël. Il est dé­ci­dé­ment bien loin le temps où nos grands-parents se conten­taient d’une orange et de deux papillotes. L’Argent-Roi est pas­sé par là, et aujourd’hui c’est à lui que l’on fait le plus beau cadeau.

J’évoquai pré­cé­dem­ment le Noël reli­gieux puis le Noël fami­lial. Il me res­tait le plus triste, le Noël mar­chand. Heureusement, une lé­gère très lé­gère prise de conscience semble se des­si­ner ça et là, avec des appels à consom­mer autre­ment.
C’est peut être à ce prix que l’on rever­ra Noël comme un vrai jour de fête. Car la joie, l’amour et le bon­heur, eux, ne s’achètent pas. Du moins… pas encore.

Patrice LEMAÎTRE

(1) De l’anglais « a été ». Comprendre « n’est plus », autre­ment dit rin­gard.
(2) Que nous écri­vons dé­li­bé­ré­ment à la française. Selon le dic­tion­naire Petit Robert le terme est appa­ru dans les ban­lieues du Val-de-Marne en 2003. Il fait ini­tia­le­ment ré­fé­rence aux clients de dea­lers, mais qua­li­fie plus lar­ge­ment une per­sonne pré­sen­tée comme imbé­cile ou naïve.

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