Quand des jeunes meurent parce qu’on protège les vieux

16 jan­vier 2021 | 10 Commentaires 

Dans la nuit du 8 au 9 jan­vier 2021, un étu­diant de la facul­té de droit de l’université Jean Moulin Lyon 3 s’est défe­nes­tré dans la rési­dence uni­ver­si­taire où il logeait, à Villeurbanne, en se jetant du 4e étage. Il est actuel­le­ment hos­pi­ta­li­sé ente la vie et la mort. Une enquête est en cours mais il ne fait aucun doute que son geste est lié à la détresse psy­cho­lo­gique. La fer­me­ture des uni­ver­si­tés, les cours à dis­tance, l’arrêt des acti­vi­tés spor­tives, cultu­relles et fes­tives ont favo­ri­sé l’isolement ; la situa­tion éco­no­mique qui fait explo­ser le chô­mage et assèche le gise­ment de « petits bou­lots » a pré­ci­pi­té les plus fra­giles dans la pré­ca­ri­té et l’angoisse.

Suite à ce drame, un étu­diant en droit à Lyon 3, Romain Narbonnet, a lan­cé un cri d’alerte dans un post Facebook : « La situa­tion est alar­mante », a‑t-il écrit, poin­tant du doigt l’isolement des jeunes et des étu­diants en par­ti­cu­liers. Ce post a sus­ci­té de nom­breuses réac­tions (plus de 9 000 par­tages) et Romain affirme rece­voir actuel­le­ment des mes­sages « de per­sonnes qui sont en grande détresse et qui réflé­chissent à en venir à de tels actes ». Le syn­di­cat uni­ver­si­taire Solidaires Etudiants Lyon‑2, quant à lui, affirme qu’il ne s’agit pas de la pre­mière ten­ta­tive de sui­cide d’étudiant depuis le début de cette crise, esti­mant que celle-ci « favo­rise la détresse psychologique ».

Nos élites imposent une crise sani­taire tout en s’ef­for­çant de pré­ser­ver coûte que coûte les années de vie rési­duelles des « papy-boo­mers », ces pri­vi­lé­giés des trente glo­rieuses qui n’avaient d’autre des­sein que celui de « jouir sans entrave ». Jouissez sans entraves - Mai 68 - Henri Cartier-Bresson

Ceci débouche désor­mais sur des drames humains plus graves que des décès dans les EHPAD. Aujourd’hui, ce sont les étu­diants qui sont tou­chés, demain ce sera les res­tau­ra­teurs, après-demain d’autres encore… Ainsi, la jeu­nesse paie-t-elle un lourd tri­but à la situa­tion sani­taire telle qu’elle est orches­trée. Si les jeunes sont sani­tai­re­ment moins tou­chés que leurs aînés, ils souffrent bien davan­tage des mesures res­tric­tives éco­no­miques, maté­rielles et sociales mises en place sans dis­cer­ne­ment. L’isolement les frappe cruel­le­ment à l’âge où le col­lec­tif et le lien social jouent un rôle fon­da­men­tal dans l’épanouissement. La crise actuelle bou­le­verse donc pro­fon­dé­ment l’entrée dans la vie de ces jeunes ain­si que leur vision du monde.

Un son­dage Ifop exclu­sif pour La Tribune et Europe1, vient en appor­ter la preuve : près de neuf son­dés sur dix (87 %) pensent que « ce sont les jeunes géné­ra­tions qui vont payer pen­dant des décen­nies la dette contrac­tée au cours de la crise du coro­na­vi­rus » ! Ils sont 78 % à se plaindre de ne pas pou­voir vivre une vie sociale et affec­tive nor­male et 66 % estiment qu’ils sont injus­te­ment accu­sés d’être les res­pon­sables des rebonds de l’épidémie ! Mieux, ces jeunes qui s’étaient tant mobi­li­sés pour la pla­nète et la tran­si­tion éco­lo­gique sont aujourd’hui majo­ri­taires (55 %) pour dire qu’il faut favo­ri­ser l’emploi et sus­pendre cette fameuse tran­si­tion éco­lo­gique. C’est dire la pro­fon­deur du malaise qui les frappe.

Faut-il s’en éton­ner ? Pas vrai­ment puisque la ges­tion de cette crise sani­taire qui a fait le choix du sacri­fice éco­no­mique et social pour sau­ver des ves­tiges est en train de pour­rir l’avenir de nos enfants. D’ailleurs, dans le son­dage pré­cé­dem­ment évo­qué, la majo­ri­té des jeunes inter­ro­gés (54 %), dit que la jeu­nesse est sacri­fiée au pro­fit des plus âgés ! Cette jeu­nesse que nos élites jugent par­ti­cu­liè­re­ment mature et res­pon­sable, cen­sée apte à nous mon­trer les bons che­mins avec beau­coup de luci­di­té – quand il s’agit des che­mins « pro­gres­sistes », évi­dem­ment –, est en train de ruer dans les bran­cards. Elle sup­porte mal d’être immo­lée et le clame sur les réseaux sociaux comme un cer­tain « Esca_​FRANCE » : « On détruit la vie et l’avenir des nou­velles géné­ra­tions qui consti­tuent l’avenir de la France pour des dizaines d’années pour faire grat­ter 2 à 5 ans à l’ultra majo­ri­té des gens en réa à cause du Covid-19. Rationnellement et prag­ma­ti­que­ment c’est pathé­tique : on est lit­té­ra­le­ment en train d’anéantir et de détruire le futur de notre pays pour sau­ver à 90 % des mou­rants. Des gens qui ont vécu les trente glo­rieuses et une vie entière de richesse, de plein emploi, de coût bas et de plai­sirs. Notre géné­ra­tion en gar­de­ra une amer­tume et une haine des anciens toute sa vie : y’a qu’à voir la côte des baby boo­mers par­mi la nou­velle géné­ra­tion et ça ne fait qu’empirer. » La France se trouve donc au bord d’une d’une guerre des générations.

On répugne, dans les socié­tés du confort éri­gé en idéal abso­lu, par­ti­cu­liè­re­ment en France, à évo­quer la valeur d’une vie dans le débat public. Les Britanniques, eux, ne répugnent pas à le faire : ils éva­luent la per­ti­nence des pro­to­coles médi­caux coû­teux en esti­mant leur béné­fice en QALY (qua­li­ty-adjus­ted life year) ou DALY (disa­bi­li­ty-adjus­ted life year), c’est à dire en années de vie gagnées ajus­tées d’un coef­fi­cient de qua­li­té. Un prag­ma­tisme héri­té de la 2e guerre mon­diale, sans doute, durant laquelle ils ont été capables d’accepter le sang, la sueur, les larmes et la mort de beau­coup de leurs sem­blables au nom d’un inté­rêt supé­rieur. Aujourd’hui un défi sem­blable se pré­sente puisque Macron a décla­ré avec force pathos que nous étions en guerre mais l’intérêt supé­rieur n’existe plus car il n’y a plus de nation. Il n’y a plus qu’une République avec laquelle les « citoyens » sont en « contrat » ; ce qui écarte de fait toute idée de patrie et de sen­ti­ment natio­nal, et par suite de solidarité.

On sait la jeu­nesse prompte à des­cendre dans la rue quand elle s’estime flouée. Nos diri­geants devrait le gar­der à l’esprit et consi­dé­rer que la ten­ta­tive de sui­cide de cet étu­diant lyon­nais est un signal d’alerte. Les jeunes sont à bout et des signes indiquent qu’ils sont prêts à se sou­le­ver contre la ges­tion débile de cette épi­dé­mie de mau­vaise grippe. Quand ils se met­tront en mou­ve­ment, Macron par­vien­dra-t-il à les mater en les gazant et en les matra­quant comme les Gilets Jaunes ?

Charles André

10 Commentaires 

  1. En quelle année était cet étu­diant sui­ci­daire ?
    L’obtention du BAC n’est pas un pas­se­port uni­ver­sel ; les deux pre­mières années de fac sont un gou­let a fran­chir auquel il convient de ne pas mêler l’a­ven­ture sen­ti­men­tale ou la bière ?
    Mais…

    Répondre
  2. La socié­té de consom­ma­tion et son cor­tège de conforts maté­riels et les décou­vertes de LA VIE UNIVERSITAIRE (plus à l’ex­té­rieur de la fac que dans) sont un pas­sage dif­fi­cile pour celles et ceux qui n’ont pas UNE VOCATION UNIVERSITAIRE
    Toutes celles et ceux qui à Toulouse arrivent de la région découvrent et confondent la place Saint Pierre et les amphi­théâtres
    Un retour aux cartes de ration­ne­ment et autres les remet­traient – peut être – avec la chance qu’elles et ils ont de vivre cette époque !
    Il est sûr qu’à cer­tain niveau dans cer­taines branches les « émi­nents » sont soli­de­ment accro­chés à leurs et par­fois « très mul­tiples éminences »

    Répondre
  3. Comment peut-on cra­cher son venin sur la géné­ra­tion d’a­près guerre qui n’a, et de très loin, vécu les doigts dans le nez. Qu’est-ce ce vil ostra­cisme contre les parents et/​ou grands parents de ces étu­diants. Nous le savons qu’ils sont dans la détresse ; nous savons aus­si que la situa­tion actuelle gérée par le Gouvernement est en train de sabor­der leur ave­nir et donc celui de la France. Si vous les jeunes vou­lez vous en sor­tir atta­­quez-vous au vrai enne­mi : le macro­nisme et sa bande de lopettes aus­si indé­cents qu’ils sont nuls. Nous les sep­tuas on n’a rien à se repro­cher : on aide les étu­diants à se loger quand on le peut ; on donne de notre temps et de ce qui reste de notre vigueur en milieu asso­cia­tif et puis quoi encore ! Vous avez connu la guerre ? Non, alors faites le dos rond et faites preuve d’i­ma­gi­na­tion avec vos neu­rones tout neufs.

    Répondre
  4. Les jeunes ont la chance d’a­voir les outils numé­riques à leur dis­po­si­tion, le monde et l’a­ve­nir sont à eux ! A com­pa­rer avec les seniors et grand seniors aux retraites figées et dont le futur se compte en semaines, mois, ou à peine quelques années « aux jambes de plomb ». Jeunes en mal-être : ouvrez les yeux face à votre futur et appré­ciez les atouts que vous avez !

    Répondre
  5. Quand on est malade, res­ter tran­quille, chez soi, au lit, avec un trai­te­ment effi­cace est quand même un grand clas­sique qui a fait ses preuves !!!
    Évidemment, quand je parle de trai­te­ment effi­cace, je ne parle pas du « Rentrez chez vous et pre­nez du doli­prane » qui a dû tuer un paquet de gens.
    Dans les cas aigus, un accom­pa­gne­ment intel­li­gent en temps utiles épargne la plu­part des vies.
    Alors, AUCUN BESOIN DE SACRIFIER LES UNS POUR SAUVER LES AUTRES. Aucun besoin de cham­bou­ler l’ac­ti­vi­té éco­no­mique non plus…
    L’univers car­cé­ral qui se construit à cette occa­sion est des­ti­né à tous, aux jeunes comme aux vieux.
    La haine des uns pour les autres est un écueil dans lequel il faut veiller à ne pas tom­ber ; elle est mor­ti­fère pour nous et pro­vi­den­tielle pour les voyous que nous lais­sons ins­tal­lés confor­ta­ble­ment aux commandes.

    Répondre
  6. En mai 68 dans le pri­vé on bos­sait dur et le « Jouissez sans entrave » n’é­tait pas pour nous avec 995 euros de retraite !
    C’est ça pour vous les vieux pri­vi­lé­giés ?
    Quelle méchan­ce­té gra­tuite.
    Sortez la tête du c… comme vous dites !

    Répondre
  7. Merci pour cet article ! Enfin un jour­na­liste qui réagi !!
    Bien sûr que l’on est en train se sacri­fier toute une géné­ra­tion de jeunes, et des tra­vailleurs.
    C’est inad­mis­sible !
    On les isole dans des condi­tions que per­sonne n’en­vie et ils devront payer les fac­tures. Tout ça, pour quoi ? Pour pro­lon­ger la vie de quelques mois de per­sonnes mou­rantes ! qui elles ont bien pro­fi­té de leur exis­tence ! C’est inad­mis­sible !
    Moi je n’y crois même plus ! L’État cherche à faire une nou­velle socié­té de sou­mis ?
    Il faut réveiller les médias !

    Répondre
  8. Dieu sait que je méprise ces soixante-hui­­tards égoïstes qui ont tous les pou­voirs et sacri­fient le reste de la popu­la­tion pour se pro­té­ger de ce virus oppor­tun.
    En atten­dant, ces 68tards à 20 ans sont des­cen­dus dans la rue, se sont frot­tés à de Gaulle et ses CRS-SS, ont jeté des pavés et mon­té des bar­ri­cades dans Paris.
    Alors les « Nuits debout » folk­lo­riques et les raveurs agi­tés du bulbe, vous êtes où ?
    Au lieu de vous palu­cher sur votre télé­phone por­table, faites comme vos anciens qui ont ren­ver­sé la table, sor­­tez-vous les doigts du c.. et arrê­tez de chia­ler comme des lopettes. La rue appar­tient à celui qui y des­cend, allez vous frot­ter à la fli­caille de Macron.

    Répondre
  9. C’est faux ! On ne pro­tège pas les anciens mais on les laisse mou­rir de cha­grin ! On pro­tège le men­songe en l’acceptant !

    Répondre
    • Oui, on en laisse mou­rir de cha­grin ! mais en fai­sant tout pour qu’ils ne meurent pas du virus !! C’est toute la sub­ti­li­té… et l’abjection !

Envoyer le commentaire

Votre adresse e‑mail ne sera pas publiée. Les champs obli­ga­toires sont indi­qués avec *

4 + 4 =