Une révolution violente peut-elle être évitée ?

10 mars 2021 | 5 Commentaires 

Lors de l’inauguration de Joe Biden, Amanda Gorman, poète et mili­tante afro-amé­ri­caine, a lu un poème de sa com­po­si­tion, The Hill We Climb (La mon­tagne que nous gravissons).

Marieke Lucas Rijnveld

Marieke Lucas Rijneveld

L’écrivain néer­lan­dais trans­genre Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, plus jeune écri­vain à avoir rem­por­té le prix « International Booker », en 2020, avait été choi­si par l’éditeur néer­lan­dais Meulenhof pour tra­duire ce poème. Or, il dut très vite y renon­cer. Pourquoi ? Parce qu’il est blanc ! Et parce que les alloch­tones colo­rés ins­tal­lés aux Pays Bas, notam­ment l’activiste Janice Deul porte-parole auto­pro­cla­mée des com­mu­nau­tés d’origine afri­caine, se sont insur­gés contre le choix d’un écri­vain blanc pour tra­duire la pen­sée d’une femme noire ! Pour elle, il s’a­git d”« un choix incom­pré­hen­sible » puisque selon elle « la poé­sie et la vie d’Amanda Gorman sont colo­rées par ses expé­riences et son iden­ti­té de femme noire ».

Voilà où nous en sommes désor­mais avec ce « nou­vel anti­ra­cisme qui met de la race par­tout », pour reprendre la for­mule d’Élisabeth Badinter. Le plus déplo­rable sans doute, dans cette his­toire, c’est la sou­mis­sion de Marieke Lucas Rijneveld qui s’est reti­ré sans résis­tance, décla­rant même com­prendre « les per­sonnes qui se sentent bles­sées ». Mais faut-il s’en éton­ner puisque l’intéressé, bien for­ma­té par la Bien Pensance, se dit « non-binaire », « à la fois comme homme et femme ». Peut-être aus­si « blanc-che et noir‑e » ?

L’affaire révèle que nous sommes en pré­sence d’« un racisme alloch­tone tout à fait décom­plexé, d’autant plus dan­ge­reux qu’il s’appuie sur une pen­sée très pauvre et très rigide, qui assène avec vio­lence des pro­pos qui sortent du champ de la rai­son, une pen­sée som­maire dont la dimen­sion raciste est ouver­te­ment assu­mée », comme l’explique l’essayiste Antonin Campana. En effet, ima­gi­nons un ins­tant la situa­tion inverse : des blancs qui récusent une tra­duc­trice parce qu’elle est noire. Mais ce serait la révo­lu­tion ! Les mou­ve­ments anti­ra­cistes défi­le­raient aus­si­tôt dans la rue – Mélenchon en tête –, les intel­lec­tuels de toutes ten­dances se suc­cè­de­raient sur les pla­teaux de télé­vi­sion pour crier leur indi­gna­tion, les « pipoles » signe­raient une tri­bune assas­sine dans Le Monde, l’Obs ou Libé, le CRAN (Conseil repré­sen­ta­tif des asso­cia­tions noires de France) et la LDNA (Ligue de défense noire afri­caine) inten­te­raient immé­dia­te­ment des pro­cès… Or, dans l’affaire Rijneveld vs Deul, rien de tout cela. L’acceptation est géné­rale et la sou­mis­sion lamen­ta­ble­ment consentie.

Ce racisme anti­blanc qui se déve­loppe un peu par­tout dans l’Europe « pro­gres­siste » est une consé­quence du sys­tème qui avi­lit les blancs pour leur faire endos­ser le nau­frage de la « socié­té ouverte ». Notre pré­sident Macron se montre l’artisan le plus zélé de cet avi­lis­se­ment sys­té­mique, à la fois his­to­rio­gra­phique et mémo­riel, qu’il exerce avec la com­pli­ci­té d’intellectuels, des médias et de l’institution judiciaire.

L’oligarchie à laquelle Macron appartient et qui a organisé l’immigration de peuplement, explique sans vergogne les échecs du vivre-ensemble par le racisme ontologique des autochtones

Les indi­gé­nistes, qui n’en deman­daient pas tant, se sont engouf­frés dans la brèche ouverte pour en faire une arme contre les peuples de souche. Ils ont désor­mais une foi totale en l’Histoire fal­si­fiée que l’École répu­bli­caine leur a ensei­gnée et qui leur sert de cau­tion. Ils s’autorisent donc toutes les outrances de la « can­cel culture », sans res­tric­tion, sans relâche et sans scrupules.

Hélas, chez les autoch­tones, ce racisme anti-blanc – qua­si­ment légal puisque jamais puni – se tra­duit par des com­por­te­ments maso­chistes de sou­mis­sion. Antonin Campana sché­ma­tise cette situa­tion en recou­rant à une figure d’analyse tran­sac­tion­nelle pro­po­sée en 1968 par Stephen Karpman (dans son article Fairy Tales and Script Drama Analysis). Celle-ci met en évi­dence un scé­na­rio rela­tion­nel typique entre « vic­time », « per­sé­cu­teur » et « sau­veur ». Le « tri­angle dra­ma­tique » est à la base des rap­ports psy­cho­lo­giques entre ces acteurs capables de jouer alter­na­ti­ve­ment les trois rôles :
La vic­time attire le sau­veur qui veut la sau­ver. Un rôle de choix pour atti­rer l’attention sur soi, quand on sait bien en jouer, et qui appelle quelqu’un à être per­sé­cu­teur.
Le sau­veur a un rôle très gra­ti­fiant d’un point de vue nar­cis­sique. Il a besoin d’un per­sé­cu­teur pour jus­ti­fier son exis­tence et une vic­time à sau­ver.
Le per­sé­cu­teur agit sur la vic­time, contrôle, blâme, cri­tique, oppresse, fait preuve d’autorité… La vic­time pour­ra réagir dif­fé­rem­ment : adop­ter une posi­tion de vic­time ou ne pas se lais­ser faire.

Karpman - Triangle dramatique

On peut donc consi­dé­rer, en effet, que l’analyse de la situa­tion résul­tant du racisme anti-blanc s’inscrit par­fai­te­ment dans la confi­gu­ra­tion du tri­angle de Karpman. On y retrouve les trois acteurs essen­tiels dont l’interdépendance abou­tit à des sché­mas conver­gents :
• Celui des alloch­tones dans lequel la vic­time c’est les alloch­tones, le per­sé­cu­teur, les autoch­tones et le sau­veur, l’État oli­gar­chique.
• Celui des autoch­tone dans lequel la vic­time c’est les autoch­tones, le per­sé­cu­teur, les alloch­tones et le sau­veur, l’État oligarchique.

Où l’on voit que l’État oli­gar­chique qui a créé la situa­tion conflic­tuelle en ins­tal­lant confor­ta­ble­ment des alloch­tones au milieu des autoch­tones, qui, par son dis­cours per­vers a per­sua­dé ces alloch­tones deve­nus trop nom­breux que les blancs sont intrin­sè­que­ment racistes, est para­doxa­le­ment regar­dé par tous comme la solu­tion aux pro­blèmes dont il est la cause.

Ainsi, béné­fi­ciant de la confiance géné­rale, il peut pour­suivre sa des­truc­tion des iden­ti­tés et de la nation : son objec­tif ultime.

L’affaire du renon­ce­ment de la néer­lan­daise Marieke Lucas Rijneveld est symp­to­ma­tique des mani­pu­la­tions du Système. Ce racisme alloch­tone qui nous heurte de plein fouet et nous avi­lit résulte de toute pièce d’une volon­té d’État. Il est géné­ré par le Système, entre­te­nu par celui-ci et per­mis par lui. Dès lors, les rap­ports de forces sont en défa­veur des autoch­tones. Culpabilisés, mon­trés du doigt, de plus en plus sou­vent agres­sés ver­ba­le­ment et phy­si­que­ment, ces der­niers ont une incli­na­tion natu­relle à la sou­mis­sion. Certains en arrivent même à adhé­rer aux dis­cours mani­pu­la­toires qu’ils reprennent à leur compte.

Pour sortir de ce triangle infernal,

les autoch­tones doivent essen­tiel­le­ment bri­ser la logique du chaos mise en place par le sys­tème et, pour ce faire, cibler prio­ri­tai­re­ment l’État oli­gar­chique res­pon­sable de la situa­tion. Est-ce à dire qu’il n’y a plus d’autre choix que de recou­rir à une révo­lu­tion vio­lente ? Notre confrère Patrice Lemaître, dans son der­nier article (lire Quelle guerre civile voyez-vous venir ?), cite trois auteurs qui l’envisagent et le redoutent. La voie élec­to­rale étant une impasse depuis que l’oligarchie s’assure le contrôle des élec­tions, où se trouve alors la solu­tion alter­na­tive à une révo­lu­tion vio­lente ? Reprenant à mon tour Franck Buleux, je dirais qu’il est peut-être encore temps de sus­ci­ter « l’éveil des popu­la­tions par une ré-infor­ma­tion dénon­çant les luttes idéo­lo­giques comme illé­gi­times et irres­pon­sables ». Il faut inver­ser les rap­ports de force en fon­dant une struc­ture paral­lèle en capa­ci­té de faire valoir les droits à la digni­té et au res­pect des popu­la­tions de souche. Les autoch­tones doivent se ras­sem­bler et s’organiser der­rière un « Conseil repré­sen­ta­tif des asso­cia­tions autoch­tones de France » qui fera le pen­dant des innom­brables conseils repré­sen­ta­tifs juifs (CRIF), musul­mans (CFCM et UOIF), noirs (CRAN), turcs (CCMTF), asia­tiques (CRAAF), armé­niens, sikhs, etc. Un Conseil qui assu­re­ra la repré­sen­ta­ti­vi­té poli­tique du peuple autoch­tone auprès de la République. À l’instar de ses homo­logues exo­gènes, il sera une ins­tance reven­di­ca­tive de droits col­lec­tifs. À ce titre il pour­ra lut­ter contre le racisme anti-blanc et les dis­cri­mi­na­tions dont les « sou­chiens » sont victimes.

L’éveil des Français semble vou­loir s’opérer si l’on en croit les son­dages. Il convien­drait désor­mais que ces Français s’unissent der­rière des ins­tances repré­sen­ta­tives propres qui lui confè­re­ront la puis­sance néces­saire à l’évitement de la vio­lence et per­met­tront, enfin, un ren­ver­se­ment de tendance.

Charles André

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »

[Notre illus­tra­tion à la une : émeutes raciales de Minneapolis en mai 2020)

5 Commentaires 

  1. En 1984, nous avions fon­dé l’AGRIF : Alliance géné­rale contre le racisme et pour le res­pect de l’i­den­ti­té fran­çaise et chré­tienne. Association qui existe tou­jours, mais qui mal­heu­reu­se­ment n’a jamais eu la noto­rié­té de celles que vous citez dans votre article… Elle a plus sou­vent été débou­tée dans ses actions qu’elle n’a obte­nu de vic­toires… Mais l’i­déo­lo­gie des juges d’au­jourd’­hui y est peut-être pour quelque chose…

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  2. Il est révé­la­teur que dans un pays comme la France, par essence peu ou pas raciste, les Autorités, sous cou­vert de bien-pen­­sance et d’au­to-fla­gel­la­tion, aient auto­ri­sé autant de grou­pus­cules de défense d’al­loch­tones tels que le CRIF pour les Juifs, les CFCM et UOIF pour les musul­mans, le CRAN pour les Noirs, le CCMTF pour les Turcs, etc.
    Cela montre juste la grande débi­li­té de nos diri­geants à n’a­voir pas pen­sé, agi et déci­dé PATRIOTE pour demeu­rer un fort État-Nation plu­tôt qu’une car­pette que plus per­sonne ne res­pecte à com­men­cer par les Français eux-mêmes!!!

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  3. Et cette médi­ta­tion qui fait la paix en trans­cen­dant en groupe ? Des volon­taires ont arrê­té des guerres, fait bais­ser la vio­lence dans des grandes villes américaines !

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    • En France, on a stop­pé le ter­ro­risme avec des bou­gies, des nou­nours, et en chan­tant « Imagine » très fort !

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    • Qui a arrê­té quelle guerre par la médi­ta­tion de groupe ? Des exemples, s’il vous plaît ? Je suis curieux de savoir !

      (Monsieur Bainturc, vous m’avez devan­cé avec votre per­ti­nente remarque)

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