La dérive des Verts

1 avril 2021 | 5 Commentaires 

Franck BULEUX se penche dans metainfos.com sur l’his­toire des Verts et des Écolos depuis une cin­quan­taine d’an­nées. Quelques rap­pels qu’il est bon d’a­voir en tête :

La dérive des Verts

On peut consi­dé­rer les Verts – ou plus exac­te­ment depuis 2010, Europe-Écologie-Les Verts (EELV) – sous plu­sieurs aspects.

En France, la réelle pous­sée du mou­ve­ment poli­tique Europe-Écologie-Les Verts date des muni­ci­pales de 1977 avec des scores dépas­sant les 10 % dans de nom­breuses grandes villes, leur per­met­tant assez sou­vent, grâce à un mas­sif report de voix à gauche, socia­liste ou com­mu­niste, de battre des maires sor­tants proches alors de la majo­ri­té gis­car­dienne. Brice Lalonde à Paris et Antoine Waechter à Mulhouse se pré­sen­taient comme des can­di­dats neufs, issus de la can­di­da­ture de René Dumont, aux pré­si­den­tielles de 1974, qui capi­ta­li­sa 1,3 % des suf­frages exprimés.

Le bal­lon d’essai de 1977 met­tra du temps à se péren­ni­ser dans les urnes, mal­gré une cer­taine sym­pa­thie du public. Il fau­dra attendre 1989 pour qu’une liste « verte » dépasse les 5 % aux euro­péennes avec les 11 % d’Antoine Waechter, qui, avec près de 2 mil­lions des suf­frages, talonne la liste de Jean-Marie Le Pen, déjà ancré dans la vie poli­tique, avec 12 %.
Antoine Waechter n’hésitait pas, d’ailleurs, à cette époque, à par­ti­ci­per à des conven­tions orga­ni­sées par le GRECE (Groupement de Recherches et d’Études pour la Civilisation Européenne), prin­ci­pal mou­ve­ment de ce que l’on appelle la Nouvelle droite. D’ailleurs, Waechter quit­ta le mou­ve­ment vert, deve­nu rose et rouge, pour fon­der, plus tard, le Mouvement éco­lo­giste indé­pen­dant (MEI) qu’il dirige tou­jours, sans visi­bi­li­té électorale.

Les années 1990 virent une concur­rence poli­tique entre « réa­listes » et « fon­da­men­ta­listes », selon l’expression alle­mande consa­crée au sein des « Grünen », Die Grünenmet­tant en scène le tou­jours sémillant Lalonde, roue de secours de la gauche et Noël Mamère, avec Génération Écologie (GE) face à Dominique Voynet, pour Les Verts, qui devien­dra ministre. Les enquêtes d’opinion nous mon­trèrent assez rapi­de­ment et clai­re­ment qu’il y avait une poro­si­té cer­taine entre les élec­to­rats socia­liste et éco­lo­giste. La chute du PS à par­tir de 1992 (avec les affaires finan­cières et celle du « sang conta­mi­né » et l’usure du pré­sident Mitterrand) fai­sait gon­fler le vote éco­lo­giste, même frac­tion­né, pla­fon­nant à 15 % aux régio­nales de 1992.

Et puis, la suite se passe à gauche toute : une ministre éco­lo­giste en 1997 dans le gou­ver­ne­ment Jospin (le temps de la « gauche plu­rielle » cinq ans avant la « gauche plus rien »), le retour du « révo­lu­tion­naire des crèches » (voir son livre Le Grand bazar) Daniel Cohn-Bendit tête de liste aux euro­péennes de 1999… Depuis cette fin de siècle, les Verts, qui devien­dront, en sym­bole de leur totale sou­mis­sion à l’Union euro­péenne, EELV, ce mou­ve­ment n’est qu’un pseu­do­pode du PS. La preuve la plus récente : pour évi­ter que les socia­listes ne tombent en des­sous des 5 % aux pré­si­den­tielles, les Verts ne pré­sen­tèrent pas de can­di­dat (une pre­mière depuis 1974) pour sou­te­nir le can­di­dat rési­duel, l’élu isla­mo-com­pa­tible de Trappes, Benoît Hamon qui, en culmi­nant avec 6 % des suf­frages, évi­ta la déroute totale, puisque Defferre avait fait moins bien que lui, en can­di­dat socia­liste, en 1969, avec 5 %. Hamon mieux que Defferre ! On a les vic­toires que l’on mérite, mer­ci les écologistes !

Et pour­tant, il y eut des « ten­dances » plus mar­quées à droite, le com­bat envi­ron­ne­men­ta­liste n’est-il pas celui d’une droite conser­va­trice ancrée dans le res­pect de l’ordre natu­rel ? La bio­di­ver­si­té, si chère aux éco­lo­gistes, ne devrait-elle pas, aus­si, s’appliquer aux popu­la­tions humaines en tous points du globe ? Plus haut, j’ai indi­qué la pré­sence de Waechter auprès d’Alain de Benoist, le « pape » de la Nouvelle droite. Il fut même un temps, que tout le monde a oublié, que je rap­pelle dans un de mes essais consa­cré à l’Europe des régions, où, à Strasbourg, le groupe des Verts incluait la Ligue du Nord ita­lienne, mou­ve­ment dont est issu l’ancien ministre Mattéo Salvini, en com­pa­gnie, d’ailleurs, des natio­na­listes fla­mands.
À une cer­taine époque, le mou­ve­ment Vert per­met­tait des débats sur cer­tains sujets de socié­té, comme celui des vac­cins. La dépu­tée euro­péenne (depuis 2009), Michèle Rivasi, qui se pro­clame « vac­cin cri­tique » n’hésitait pas à dire : « Aujourd’hui, les vac­cins créent plus de pro­blèmes qu’ils n’en résolvent, il est temps de chan­ger de para­digme sur la pré­ven­tion. » Et aujourd’hui, cette ancienne dépu­tée de la Drôme (1997−2002) n’a plus accès à la parole publique.

Le très conve­nable Yannick Jadot, avec ses 13 % aux euro­péennes de 2019 (à com­pa­rer avec les 11 % de Waechter dès 1989 ou les 10 % de Cohn-Bendit en 1999, voire les 15 % aux régio­nales de 1992…) se voit en 2022 en « fai­seur de roi », ou roi lui-même, sur un mal­en­ten­du élec­to­ral.
Les prises de posi­tion de Jadot sont celles du PS, par­fois plus audibles pour cause d’une absence de cha­risme du secré­taire natio­nal socia­liste actuel, un cer­tain Olivier Faure. Certes, on peut pen­ser que la très pari­sienne Hidalgo fera oublier aux élec­teurs bobos (qui sont nom­breux à voter EELV : plus de chanvre et moins d’automobiles, plus de tofu et moins de viande…) l’existence-même de Jadot.

Le vote éco­lo­giste, sous son double aspect envi­ron­ne­men­ta­liste et ani­ma­liste (même si les 2 % du Parti ani­ma­liste en 2019 per­mettent de dis­tin­guer un élec­to­rat proche de la concep­tion « anti-spé­ciste » des espèces), est un élec­to­rat qui est com­pa­tible avec une droite fon­dée sur les res­pects des valeurs tra­di­tion­nelles. La poro­si­té, pour légère qu’elle soit, existe entre la droite natio­nale et les éco­lo­gistes, les mou­ve­ments poli­tiques concer­nés com­mencent à s’en rendre compte avec le déve­lop­pe­ment du thème du « loca­lisme ». En revanche, le « vote bobo » qui s’exprime par­fois au PS, par­fois chez EELV, est pro­ba­ble­ment l’électorat le plus ser­vile du sys­tème, celui qui, fai­sant fi du loca­lisme, pré­fé­re­ra tou­jours le loin­tain à son prochain.

Le « râteau » Jadot, sor­ti pour mobi­li­ser l’électorat jeune en 2019, risque de ser­vir, encore une fois, en 2022. Il est donc temps, sans déma­go­gie élec­to­rale, de sépa­rer le bon grain de l’ivraie, la pré­ser­va­tion d’un ordre natu­rel ver­sus le Village glo­bal, si cher à nos « pas­tèques » (vertes à l’extérieur mais rouges à l’intérieur).

Franck BULEUXPastèque

5 Commentaires 

  1. Je connais même des socia­los pas­sés à l’é­co­lo par honte de se dire encore socia­lo.
    Cela s’ap­pelle être vert de honte (comme la pas­tèque à l’ex­té­rieur) et rouge de confu­sion (comme la même pas­tèque mais à l’intérieur).

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  2. Les Verts ne sont que la pro­lon­ga­tion des mou­ve­ments de la paix ini­tiés et finan­cés par le par­ti com­mu­niste d’URSS afin de neu­tra­li­ser la volon­té des Français de pos­sé­der la bombe ato­mique, arme de dis­sua­sion, pour enva­hir l’Europe par l’URSS. Actuellement, ces Verts sont pour la décrois­sance de l’Europe afin que la Russie et la Chine dominent l’Europe.

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  3. Tout a fait Madeleine !!!
    Je suis pres­sé de pou­voir retour­ner voir mes bou­seux, peque­nots, chers a mon coeur !

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  4. Où est-il Jadot ? Il ne fait rien, on ne le voit nulle part, à mon avis il s’est mis au vert, il ne fait que remuer du vent, il pour­ra au moins ser­vir d’éo­lienne, un véri­table par­ti de péquenots !

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    • Réponse à Claude :
      Bien d’ac­cord avec vous sur le bras­seur de vents, et on com­prend mieux pour­quoi les éco­­los-bobos sont favo­rables aux éoliennes.
      😉
      Par contre je pense que le terme « péque­nots » ne convient pas. Pour moi « péque­not » reste atta­ché à « pay­san ».
      Péquenot = pay­san = plouc, bou­seux. C’est comme ça que je le com­prends. Péquenot est une insulte des gens de la ville à ceux de la cam­pagne qu’ils prennent pour des ploucs.
      Nos éco­­los-bobos n’ont rien de pay­san, rien de rural. Ce ne sont pas des péque­nots, ce sont des doc­tri­naires oppor­tu­nistes et ambi­tieux qui ne connaissent rien à la Nature.

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