La mondialisation sauvage bouleversée par une grippe

1 octobre 2021 | 1 com­men­taire

L’économie libé­rale mon­dia­li­sée est un monde mer­veilleux où des requins sans foi ni loi se bouffent entre eux à seule fin de maxi­mi­ser leurs inté­rêts et leurs béné­fices. Un mari­got dans lequel on assiste régu­liè­re­ment au spec­tacle de l’arroseur arro­sé. Cela pour­rait prê­ter à sou­rire si, au bout du compte, ce n’était pas le consom­ma­teur l’éternel din­don de ces farces entre gros pois­sons. La grande dis­tri­bu­tion qui fait par­tie de cet uni­vers sans pitié se retrouve sou­vent poin­tée du doigt pour user de méthodes déloyales vis-à-vis de ses four­nis­seurs, notam­ment les pro­duc­teurs et agri­cul­teurs locaux. Aujourd’hui, c’est elle qui se trouve dans l’inconfortable posi­tion de l’arrosé face aux groupes de trans­port mari­time jouant les arroseurs.

En effet, grâce au faible coût du trans­port par mer, la grande dis­tri­bu­tion importe mas­si­ve­ment des mar­chan­dises qu’elle négo­cie à très bas prix à l’autre bout du monde pour les revendre avec de jolies marges aux consom­ma­teurs occi­den­taux. Des marges encore accrues du fait de la concur­rence entre trans­por­teurs sur laquelle elle surfe. Notons que les mieux-disants dans ce sec­teur sont tou­jours ceux qui font cir­cu­ler des navires pou­belles sous pavillons de com­plai­sance, tota­le­ment hors normes sani­taires et envi­ron­ne­men­tales et employant des marins hon­teu­se­ment exploi­tés. Jamais très regar­dante, la grande dis­tri­bu­tion, quand il s’agit de l’intérêt géné­ral. Pour elle, seule la fin – des béné­fices à court terme – jus­ti­fie les moyens. Or, les choses sont en train de chan­ger. Aujourd’hui, les prix du trans­port mari­time s’envolent. La grande dis­tri­bu­tion qui sent un cou­teau sous sa gorge com­mence à pani­quer. Michel-Édouard Leclerc, pré­sident du comi­té stra­té­gique des centres du même nom, monte aux cré­neaux récla­mant une enquête par­le­men­taire sur cette augmentation.

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Il évoque une infla­tion des coûts de l’ordre de 85 % tota­le­ment anor­male, selon lui, et met en cause les géants du trans­port mari­time. Il dénonce un véri­table « chan­tage » dont seraient vic­times les réseaux de dis­tri­bu­tion. Les pauvres ! Ce sont leurs four­nis­seurs locaux, plus sou­vent qu’à leur tour étran­glés par ces mêmes réseaux, qui doivent savou­rer cette ver­sion de l’arroseur arrosé.Porte-conteneurs

Évidemment, comme évo­qué plus haut, c’est le consom­ma­teur qui va payer la note. Noël se pro­fi­lant à l’horizon, la demande d’approvisionnement en jouets flambe et les arma­teurs qui assurent 90 % du trans­port inter­na­tio­nal des mar­chan­dises sur leurs porte-conte­neurs étant débor­dés – la consom­ma­tion de biens ayant explo­sé avec les res­tric­tions de sor­ties et de loi­sirs liées au Covid –, ils aug­mentent leurs prix dans la plus pure logique libé­rale de l’offre et de la demande. À elle seule, cette aug­men­ta­tion pour­rait jus­ti­fier l’envol annon­cé des prix à la consommation.

Mais ce n’est pas tout :

Vient s’ajouter la pénu­rie des matières pre­mières (blé, café, alu­mi­nium, bois, plas­tiques…), ain­si que des semi-conduc­teurs sans oublier la hausse des prix des éner­gies. Tout cela parce que les uni­tés de pro­duc­tion moderne des matières pre­mières sont essen­tiel­le­ment situées au Moyen-Orient et en Asie du fait des délo­ca­li­sa­tions mas­sives. Les équi­pe­ments en Europe sont désor­mais vieillis­sants avec des pro­duc­ti­vi­tés très faibles. La reprise éco­no­mique post-Covid et le manque de stocks entraînent un autre envol des prix. Ainsi, Noël 2021 risque d’avoir un goût très amer pour les Occidentaux. Il serait grand temps pour eux de sor­tir de cette dan­ge­reuse dépen­dance et de mettre en appli­ca­tion les beaux dis­cours sur le loca­lisme et la relo­ca­li­sa­tion enten­dus pen­dant la crise du Covid.

Un mal­heur ne venant jamais seul, les dégâts de la ges­tion coer­ci­tive de l’épidémie de grippe Covid s’étendent bien au-delà de l’inévitable infla­tion. Dans la res­tau­ra­tion com­mer­ciale, la situa­tion est désor­mais catas­tro­phique : entre 2019 et 2021, le chiffre d’affaire a été divi­sé qua­si­ment par deux (moins 45 %) d’après une étude de NPD Group, un orga­nisme amé­ri­cain lea­der mon­dial en étude de mar­ché. Ce sec­teur, dure­ment tou­ché a per­du près de 237 000 employés entre février 2020 et février 2021, selon une esti­ma­tion de la Dares (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques). Une catas­trophe qui ne touche pas tout le monde de la même façon. En effet, la « mal-bouffe » s’en sort presque sans dom­mages : moins 17 % du chiffre d’affaires seule­ment pour la res­tau­ra­tion rapide. Le phé­no­mène s’expliquant entre autre par la vente à empor­ter qui carac­té­rise cette forme de com­merce de bouche. Il n’empêche, au pays de la gas­tro­no­mie, le suc­cès des « fast food » est plu­tôt désolant.

La supré­ma­tie du « tout mar­ché » régis­sant l’économie libé­rale mon­dia­li­sée s’est impo­sée à tous. La libé­ra­li­sa­tion com­mer­ciale des mar­chés et des capi­taux, les pri­va­ti­sa­tions, l’austérité bud­gé­taire, la sup­pres­sion des sub­ven­tions publiques étaient cen­sées per­mettre au « tout mar­ché » de jouer plei­ne­ment son rôle pré­su­mé dans le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social.

Tous ces bienfaits supposés de la mondialisation ont été reniés par les faits : croissance ralentie, déséquilibres macroéconomiques, inégalités sociales aggravées, etc.

Et, cerise sur le gâteau, voi­ci la spo­lia­tion d’entreprises ! En effet, la Chine chez qui tout le monde s’est pré­ci­pi­té pour délo­ca­li­ser, qui s’est enri­chie par les cap­ta­tions (plus ou moins licites) de bre­vets, les copies de tout ce qui pou­vait être copié et les trans­ferts de tech­no­lo­gies (impru­dem­ment) concé­dés, donne main­te­nant le coup de pied de l’âne à ceux qui ont cru en la poule aux œufs d’or. Le groupe bri­tan­nique ARM Holdings, filiale du japo­nais Softbank s’en mord aujourd’hui les doigts en se voyant lit­té­ra­le­ment dépos­sé­dé de sa filiale en Chine. Par appât du gain et l’obstination à se déve­lop­per tou­jours plus sur le mar­ché chi­nois, les diri­geants du groupe ARM ont impru­dem­ment lais­sé 51 % des parts de l’entreprise à leurs homo­logues chi­nois. Tels des pirates, ces der­niers ont donc pris le contrôle de la filiale et en ont même chan­gé le nom ! Tout cela sans aucune réac­tion des auto­ri­tés du pays d’o­ri­gine… Qui ne dit mot consent.

La rai­son du plus fort étant tou­jours la meilleure, il est à craindre que ce hold-up en annonce d’autres. Le cas échéant, il est à redou­ter un véri­table désastre éco­no­mique pour les Occidentaux dans un futur plus ou moins proche. Ce sera l’ultime consé­quence de la mon­dia­li­sa­tion sau­vage impo­sée à nos peuples depuis plu­sieurs décen­nies. Les Chinois com­mu­nistes qui connaissent bien Lénine gardent à l’esprit ses pro­phé­ties, notam­ment celle qui dit : « Les capi­ta­listes nous ven­dront la corde avec laquelle nous les pen­drons ». On y est !

Charles ANDRÉ

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »​

1 commentaire

  1. Merci pour cet article. Puisse t‑il réveiller les peuples

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