Lettre d’un hussard de la république

19 octobre 2021 | 2 Commentaires 

Didier Lemaire est pro­fes­seur de phi­lo­so­phie à Trappes. Il apprend à ses élèves à se for­mer leur libre arbitre. Mais cela ne convient pas à ses élèves et à leurs parents qui le menacent de mort : « Si Didier Lemaire ne cesse pas de par­ler de l’is­lam et de Trappes, il sera le deuxième Samuel Paty ». Sa hié­rar­chie ne le sou­tient nul­le­ment, au contraire. La réponse de celle-ci est de le muter et de le pla­cer sous sur­veillance policière.

Ce cri de désespoir d’un enseignant qui se définit aujourd’hui comme un hussard de la république doit être entendu

Patrice Lemaître

« Aujourd’hui, les pro­fes­seurs, dans la tra­di­tion des hus­sards de la répu­blique sont consi­dé­rés comme d’extrême droite…» Didier Lemaire dans « Lettre d’un Hussard de la République »

Petit précis de guerre ethnicoreligieuse à bas bruit…

Didier Lemaire conclut, page 212 : « 16 octobre 2020, aux alen­tours de 17 heures. Éragny, rue du Buisson-Moineau, à quelques cen­taines de mètres du col­lège du Bois-d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine. Un ensei­gnant sort en voi­ture de son col­lège. Il passe dans une rue et, voyant un homme à terre, s’ar­rête. Il pense à un acci­dent. Il des­cend de son véhi­cule et recon­naît au sol son col­lègue, Samuel Paty. Un homme, pen­ché sur son corps avec un cou­teau, est en train de le déca­pi­ter. L’enseignant remonte dans sa voi­ture. Il ne pré­vient per­sonne. Il roule 600 kilo­mètres et retrouve sa mai­son de vacances. »

Didier Lemaire - Lettre hussard républiqueDidier Lemaire apporte, dans « Lettre d’un Hussard de la République », la touche finale de la chaîne de com­pli­ci­té qui a conduit, de fait, à la pose de cette pre­mière pierre d’un cali­fat juri­dique, sur le sol fran­çais, avec l’exé­cu­tion lit­té­rale de la condam­na­tion à mort d’un blas­phé­ma­teur, tel que la cha­ria le sti­pule. 71 pays consi­dèrent en effet dans le monde le blas­phème comme un crime, le punis­sant de mort en Iran, au Pakistan, en Afghanistan, à Brunei, en Mauritanie et en Arabie Saoudite, au nom du coran. La déca­pi­ta­tion de Samuel Paty fut une vic­toire poli­tique de l’is­la­misme, son reten­tis­se­ment fut mon­dial, outre le fait qu’elle ait aus­si été un autre des cinq ou six atten­tats concer­nant Charlie Hebdo, puisque la cari­ca­ture mon­trée à ses élèves par Samuel Paty pro­ve­nait du jour­nal sati­rique. Didier Lemaire, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie pen­dant 20 ans à Trappes, éga­le­ment dans les Yvelines, ayant dû quit­ter son poste et vivre depuis sous pro­tec­tion pour avoir pris publi­que­ment posi­tion sur cette déca­pi­ta­tion, livre ici l’ex­po­sé à la pre­mière per­sonne de ce che­min de mort qui mène des quar­tiers aux bases des cali­fats euro­péens à venir.

Chemins de mort

• 21 novembre 2005, à Trappes, c’est le res­pon­sable tech­nique du lycée Alain Lambert qui meurt de l’in­ha­la­tion des fumées de sa voi­ture incen­diée au pied de son loge­ment de fonc­tion ;
• dix ans plus tôt en 1995, « ban­lieue nord de Paris », il y a déjà « le grand Demba », qui reste debout au fond de la classe où il vient avec un revol­ver, dans un lycée où des indi­vi­dus cagou­lés peuvent débar­quer dans la salle de cours d’un pro­fes­seur de mathé­ma­tiques, le trai­ter de « sale juif » et le démo­lir avec des battes de base-ball ;
• Villeneuve-la-Garenne, 1996, une ensei­gnante est tuée par balles à la sor­tie du lycée ;
• Lemaire reçoit ses pre­mières menaces de mort à Clichy, 1997, pour un zéro à une copie de 10 lignes, de la part d’un élève de Mantes-la-Jolie cein­ture noire de kara­té qui a déjà mas­sa­cré un autre pro­fes­seur ;
• Genevilliers, 1998, il arrive que des élèves dis­pa­raissent ;
• Trappes, la syna­gogue brûle en 2000 ;
• Des concerts de klaxon saluent les atten­tats de Charlie-Hebdo en 2015, alors que plus de 80 jeunes partent en Syrie, des élèves de Didier Lemaire les appellent à Raqqa devant lui ;
• En 2013 l’un de ses élèves, Alexandre, égorge un mili­taire à la Défense, Moussa, lui, attaque au cou­teau des mili­taires de fac­tion devant le consis­toire israé­lite de Nice ;
• Jusqu’au 16 octobre 2020 et la déca­pi­ta­tion de Samuel Paty dans la ville voi­sine de Conflans-Sainte-Honorine, qui conduit à la mise sous pro­tec­tion puis à l’ex­fil­tra­tion de son lycée et de sa com­mune de Didier Lemaire, qui a expri­mé son point de vue dans plu­sieurs médias, et récol­té « Si Didier Lemaire ne cesse pas de par­ler de l’is­lam et de Trappes, il sera le deuxième Samuel Paty ».

Lemaire explique ses tentatives d’interposition par la philosophie

Il fait venir en cours des res­ca­pés du gou­lag ou de la Shoah, orga­nise des sor­ties au théâtre ou au ciné­ma, tente de trou­ver des salles pour faire jouer ses élèves, et essuie des refus crois­sants, aus­si bien de sa hié­rar­chie que des élus de tous bords ; à par­tir de 2015, il note qu’un nombre crois­sant d’é­lèves refuse d’en­trer dans le jeu de pen­ser par soi-même et de dou­ter. Il balise le pay­sage avec des chiffres : jus­qu’à 50% d’é­lèves de CM1/​CM2 pra­tiquent le rama­dan dans cer­taines classes ; refus du sport ou du chant pour les filles, de plus en plus moquées dès qu’elles parlent en cours ; 1700 res­sor­tis­sants fran­çais sont par­tis en Irak et Syrie, 4 000 y étaient can­di­dats, de 22 000 à 40 000 per­sonnes vivent en France sous emprise sala­fiste ou tabli­ghi, on dénombre sur le ter­ri­toire 147 mos­quées tabli­ghi, 152 sala­fistes, 170 fré­ristes, soit 1/​5° des mos­quées fran­çaises sous contrôle isla­miste ; des cen­taines d’in­di­vi­dus radi­ca­li­sés sortent impu­né­ment de pri­son, des mil­liers de fichés S se pro­mènent libre­ment, il n’y a plus assez de poli­ciers pour les sur­veiller ; 300 000 « étran­gers fra­gi­li­sés » arrivent chaque année sur le sol natio­nal ; une cin­quan­taine de syna­gogues sont atta­quées de jan­vier 2000 à juin 2001, les atten­tats du 11 sep­tembre démul­ti­plient le phé­no­mène, qui conduit à l’exode les citoyens juifs des quar­tiers ; l’Institut du monde arabe dis­tri­bue sur fonds publics aux lycées des affiches de cal­li­gra­phie cryp­to-cora­nique qui sont des appels à la prière du pro­phète, et expose des cartes du Moyen-Orient sans l’État d’Israël ; il y a géné­ra­li­sa­tion des menaces de mort contre les pro­fes­seurs après la déca­pi­ta­tion de Paty, que j’ai éga­le­ment ren­sei­gnée dans Le Livre Noir de l’Islamisme ; un ensei­gnant sur deux s’au­to­cen­sure, d’au­tant plus s’ils sont jeunes ; le maire de Trappes Ali Rabeh, son avo­cat Pascal Cherki (deux proches de Benoît Hamon), le pré­fet des Yvelines Jean-Jacques Brot prennent à par­tie le pro­fes­seur, le pré­sident du Sénat Gérard Larcher « aurait décon­seillé de le sou­te­nir » ; la cheffe de la direc­tion du per­son­nel ensei­gnant du minis­tère de l’Éducation natio­nale, de la Jeunesse et des Sports, l’af­fecte au lycée Georges-Braque d’Argenteuil, autre pépi­nière isla­miste en France ; indif­fé­rence des élèves qui ont per­mis à Abdoullakh Anzorov d’as­sas­si­ner Paty…

Emmanuel Brenner - Territoire perdus république Rapport Obin

Ce sont là plus que des constats ; c’est aus­si plus que tous ces cris d’a­larme qui sont déjà lan­cés depuis vingt ans (« Les Territoires Perdus de la République », Emmanuel Brenner alias Georges Bensoussan, 2002 /​« Rapport Obin », 2004). C’est le constat d’un point de non-retour, dans lequel la gauche poli­tique, syn­di­cale, asso­cia­tive, cultu­relle, jour­na­lis­tique, judi­ciaire et admi­nis­tra­tive, dont l’Éducation Nationale en pre­mier chef, a joué un rôle émi­nent et conscient.

Ce livre décrit plu­tôt la mort des Lumières.

2 Commentaires 

  1. Votre illus­tra­tion est bien choi­sie :
    « Le peuple qui a les meilleures écoles est le pre­mier peuple. S’il ne l’est pas aujourd’­hui, il le sera demain. »
    Et donc :
    « Le peuple qui a de mau­vaises écoles se détruit. Si ce n’est aujourd’­hui, ce sera demain. »

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    • On est gou­ver­né par des hypo­crites à tous les niveaux
      Je rap­pelle aux musul­mans aux juifs et aux chré­tiens : les paroles de Dieu ne sont pas inter­prê­tables par des petits humains que nous sommes

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