Témoignage inédit sur Brigitte Bardot

Le Cannois Bruno Leclercq orga­nise en 1993 un convoi huma­ni­taire à des­ti­na­tion des popu­la­tions sinis­trées de Sarajevo.

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Dans le convoi de vivres, vête­ments et médi­ca­ments, figure éga­le­ment un lot inso­lite de la Fondation Brigitte Bardot à des­ti­na­tion des chiens errants de Sarajevo : des boites de Canigou !

Bruno Leclercq nous raconte cette aven­ture inso­lite qui appor­te­ra à nos lec­trices et lec­teurs un éclai­rage inédit sur la per­son­na­li­té de notre icône nationale.

Récit de Bruno Leclercq, Président fon­da­teur asso­cia­tion can­noise Harmonie Internationale (1991−1995)

Canigou aux carottes de Brigitte Bardot

Je vais vous conter une his­toire que je dois à Brigitte Bardot, durant la guerre des Balkans, his­toire qui se situait à l’aéroport de Sarajevo en 1993, dans le cadre de mon enga­ge­ment huma­ni­taire.
Mon camion avait essuyé des tirs qui rico­chaient sur la car­lingue et la chaus­sée. C’était des sni­pers bos­no-serbes qui nous signi­fiaient de ne pas aller plus loin, alors que nous nous trou­vions à quelques cen­taines de mètres de l’entrée de l’aéroport de Sarajevo, gar­dé par des sol­dats fran­çais de la Forpronu. Eux-mêmes, en alerte par ces tirs, se tenaient sur leur garde à l’approche de mon camion huma­ni­taire.
Je leur deman­dai le droit de me réfu­gier dans la zone de l’aéroport ce qui m’était refu­sé, car il s’y tenait une réunion mili­taire inter-eth­nique en vue d’un ces­sez le feu de toutes les fac­tions qui étaient en guerre. Après m’être fâché avec eux et devant leur manque de patrio­tisme, ils m’indiquaient le che­min pour sor­tir de cet enfer et retrou­ver le célèbre « bou­le­vard des sni­pers », bien qu’ils me décon­seillassent for­te­ment de pour­suivre ma route, étant don­né que la période était très dan­ge­reuse. Je dis à mon chauf­feur de reprendre la route pen­dant que je posais la camé­ra sur mon épaule. Je fil­mais ce no man’s land qui repré­sen­tait plus de dix kilo­mètres de ruines autour du centre ville de la capi­tale bos­niaque.
Soudainement, mon chauf­feur m’interpella, apeu­ré, et me dit : « Bruno, il y a des sol­dats sur la droite qui nous pointent avec leurs armes, qu’est-ce que je fais ?» Sitôt, je braque ma camé­ra sur la droite et je vis dans mon zoom cinq sol­dats armés qui nous visaient et un gigan­tesque bon­homme, habillé tout en noir, qui nous fai­sait signe de venir : « Vas‑y mon frère, ce sont des Chetniks(1) et que Dieu nous vienne en aide ».
Je fer­mai ma camé­ra que je cachai sous le siège, tout en met­tant le film dans la par­tie intime de mon pan­ta­lon. On nous par­qua entre plu­sieurs mai­sons bom­bar­dées, qui fai­saient comme une cour fer­mée assez large. Les sol­dats entou­raient notre camion, tout en nous poin­tant de leur kalach­ni­kov, et je recom­man­dai à mon jeune chauf­feur : « J’y vais, reste au volant et attends mes ordres ».
Je ne vou­lais pas lui dire adieu, car vrai­ment je croyais que c’en était fini de nos vies et que tout allait s’arrêter, ici, au milieu des ruines de l’aéroport de Sarajevo.
Je sau­tai pieds joints, les bras en l’air, tout en pro­non­çant d’une voix trem­blante : « Mi smo fran­cuz, huma­ni­tar­na pomoc » (nous sommes fran­çais, aide humanitaire).

Bruno Leclercq - Aide humanitaireCliquez sur l’i­mage pour l’agrandir

Le géant en noir, par des gestes brusques, me deman­da sèche­ment d’ouvrir le camion pour véri­fier le char­ge­ment. Un sol­dat posa son fusil et esca­la­da les car­tons tout en les per­çant sau­va­ge­ment avec un énorme cou­teau. Je trem­blai de tout mon corps mais je demeu­rai stable, face au géant chet­nik qui me scru­tait des pieds à la tête.
Tout d’un coup, le géant se pen­cha et reti­ra une grosse boite de conserve (1,5 kg) du char­ge­ment et obser­vait l’étiquette avec stu­pé­fac­tion. En effet, c’était celle du por­trait d’un chien de la marque « Canigou » aux carottes que la Fondation Brigitte Bardot avait don­née à l’as­so­cia­tion Harmonie Internationale, à ma demande, pour les chiens errants de Sarajevo. CanigouIl sor­tit un énorme cou­teau, très tran­chant, et ouvrit la boîte en deux coups de lame et s’empiffra d’une tranche du conte­nu de la boîte qu’il dégus­ta sans dédain : « Oh mon Dieu, il mange le Canigou aux carottes de Brigitte Bardot ». Je fus pris d’un émoi lorsqu’il me deman­da : « Sta je to ?» (qu’est-ce que c’est ?). J’urinais de peur dans mon pan­ta­lon et je lui répon­dis : « To je hra­na za psa » (c’est de la nour­ri­ture pour chien). Aussitôt les sol­dats se mirent à rire, à se moquer de leur chef et je com­men­çais à faire mes prières, car leur chef s’était ridi­cu­li­sé face à eux. Mais lorsque j’ajoutai à haute voix « To je Brigitte Bardot » (c’est de Brigitte Bardot). alors là, la situa­tion chan­gea, car les sol­dats posaient leurs fusils et venaient me faire des tapes ami­cales sur mon épaule en mimant par des gestes van­tant les formes cor­po­relles sen­suelles de B.B., en pro­non­çant dans leur accent you­go­slave : « Bigite Bardo, Bigite Bardo ». Sitôt, je bais­sais mes bras anky­lo­sés et je répé­tais avec eux : « Da, Bigit Bardo, da, da ».

J’allai voir mon chauf­feur, tout éba­hi, qui obser­vait la scène, depuis le rétro­vi­seur, et il me deman­da encore très inquiet : « Mais que se passe-t-il, Bruno ? » et je lui répon­dais « Brigitte Bardot nous a sau­vé la vie, viens je t’expliquerai plus tard ». Après quelques palabres, plu­tôt ami­caux, ils déci­dèrent de nous lais­ser par­tir vers le bou­le­vard des sni­pers en me signi­fiant qu’un ces­sez-le-feu avait été ordon­né aux sni­pers de ne pas nous abattre.
Sur le tra­jet, vers le centre de la capi­tale bos­niaque, j’expliquai à mon chauf­feur l’effet Brigitte Bardot, un miracle ! Nous tra­ver­sâmes le bou­le­vard des sni­pers, sans encombre comme une balade tou­ris­tique, et quelle fut la stu­pé­fac­tion des auto­ri­tés, à Sarajevo, lorsque nous entrâmes dans le centre de la capi­tale. Tous nous regar­daient comme des extra­ter­restres qui tom­baient du ciel. Ils me deman­daient com­ment nous avions pu pas­ser le bou­le­vard des sni­pers, car depuis plu­sieurs jours, plus per­sonnes ne pas­saient. Il y avait eu plu­sieurs tués par des sni­pers, aus­si bien que des sol­dats fran­çais de la Forpronu. Une confé­rence de presse fut orga­ni­sée dans les bureaux du maire et tous les jour­na­listes de PTT Building accou­raient à l’annonce du nom de Brigitte Bardot, avec cet étrange convoi arri­vé de nulle part. Lorsque je ren­trai à Cannes, je télé­pho­nais à la rési­dence de B.B., la Madrague de Saint-Tropez, et je lui racon­tai cette incroyable his­toire. Je la remer­ciai de m’avoir sau­vé la vie, à moi et mon chauf­feur. Elle fut très émue et très sur­prise de sa noto­rié­té en m’expliquant qu’on lui disait qu’elle n’était pas ou plus popu­laire. Je la ras­su­rai car Brigitte Bardot c’était un nom magique et je la por­te­rai tou­jours dans mon cœur.

Brigitte Bardot - Bruno Leclecq - 1994Cliquez sur l’i­mage pour l’agrandir

Plus tard, elle m’enverra une mer­veilleuse lettre d’encouragement pour l’action de mon asso­cia­tion envers la cause ani­male, suite à la cabale orga­ni­sée par les médias fran­çais qui a fait le tour du monde.

Merci B.B.

Bruno Leclercq, chef de convoi humanitaire

Bruno Leclercq est l’au­teur de La Banque Mondiale de l’Esprit :

Bruno Leclercq - Banque Mondiale EspritCliquez sur l’i­mage pour com­man­der le livre en ligne

Bonus :

Les Četniks (pro­non­cés approxi­ma­ti­ve­ment « Tchetniks » en fran­çais, et par­fois ortho­gra­phiés « Chetniks » ou mal trans­crits comme « Chepnik ») sont un mou­ve­ment natio­na­liste serbe his­to­rique, dont le nom a été lar­ge­ment uti­li­sé pen­dant la guerre de Bosnie (1992−1995), y com­pris lors du siège de Sarajevo.
Origines his­to­riques : À l’o­ri­gine, les Četniks étaient des gué­rille­ros serbes qui ont com­bat­tu les Ottomans au XIXe et début XXe siècle, puis pen­dant la Seconde Guerre mon­diale sous la direc­tion de Draža Mihailović. Ils étaient roya­listes et natio­na­listes, oppo­sés aux par­ti­sans com­mu­nistes de Tito.

1 commentaire

  1. Anecdote de VIE plus que sym­pa­thique, voire DIVIN ! Comme quoi, le fémi­nisme, lors­qu’il est sub­til, espiègle et construc­tif, sa place a TOUJOURS exis­té dans les esprits (sains autant que chez les neuneuX)! Cela de tout temps ! Le néo-fémi­­nisme démontre clai­re­ment le pro­verbe : cer­taines femmes font battre des mon­tagnes ! NB : Le pro­verbe n’ex­pli­cite pas les rai­sons ! Va savoir pour­quoi !…
    BB ou Mme Brigitte BARDOT est une légende, elle devien­dra un mythe !
    Perso,Je n’ai JAMAIS regar­dé réel­le­ment un film d’elle, si ce n’est : Les Pétroleuses (Claudia CARDINALE), qui était super­be­ment kuku la pra­line … Uniquement ido­lâ­trie et fan­tasme de névro­sés males (genre EPSTEIN)! Du genre à affi­cher un calen­drier dans le fond de l’a­te­lier ou du véhi­cule !
    Mme BB a su allier l’in­tel­li­gence, l’espièglerie, les mœurs et les attri­buts que lui a confiés avec brio, Mère NATURE pour la cause ANIMALE ! Ca m’étonnerait que DIEU ne l’ac­cueille pas à sa table ! À droite, avec les JUSTES ! En tout cas, via les divers médias, et sur ses der­niers 45 prin­temps, j’en suis témoin !

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