
Le Gallou, journalistes et pluralisme
Jean-Yves Le Gallou, homme politique, président de la fondation Polémia, constate une crise de confiance profonde entre les médias et l’opinion. Il leur a écrit le 20 février 2017 une lettre ouverte « journalistes : et si vous redécouvriez le pluralisme ? ». Les plus lucides s’en préoccupent. Mais sont–ils prêts à adopter les mesures qui s’imposent pour reconquérir la considération des Français ?
Beaucoup de jourÂnaÂlistes sont malÂheuÂreux. Ils ont l’impression – pluÂtĂ´t juste, d’ailleurs – d’appartenir Ă une proÂfesÂsion dĂ©testĂ©e.
Les plus sots ont dĂ©ciÂdĂ© de s’en prendre Ă la rĂ©inÂfoÂsphère, aux mĂ©dias alterÂnaÂtifs et aux rĂ©seaux sociaux qui leur ont fait perdre le monoÂpole de l’information. Au lieu de se remettre en quesÂtion, ils rĂ©agissent comme des chaufÂfeurs de taxi furieux de la concurÂrence d’Uber et des chaufÂfeurs priÂvĂ©s. C’est stuÂpide. Ce n’est pas en labelÂliÂsant les sites des mĂ©dias offiÂciels de pasÂtilles vertes qu’on les crĂ©ÂdiÂbiÂlise : bien au contraire ! A la fin de l’Union soviĂ©Âtique la Pravda arboÂrait la pasÂtille verte penÂdant que les auteurs des samizÂdats Ă©taient marÂquĂ©s au fer rouge. Cela n’a pas sufÂfi Ă sauÂver le rĂ©gime communiste.

Jean-Michel Apathie (capÂture d’éÂcran YouTube)
Les jourÂnaÂlistes les plus lucides devraient, eux, s’interroger sur la manière dont la majoÂriÂtĂ© de leurs confrères exercent leur proÂfesÂsion Ă coups de moraÂline : en prĂ©ÂtenÂdant dire le « bien », au lieu de cherÂcher Ă dĂ©couÂvrir le vrai, Ă dĂ©crire les faits.
Ce qui manque aux médias c’est le pluralisme. Pluralisme intellectuel et pluralisme politique.
Il y a quelques annĂ©es encore il Ă©tait posÂsible de regarÂder ou d’écouter Zemmour, MĂ©nard ou Taddei. Ils ont Ă©tĂ© chasÂsĂ©s ou marÂgiÂnaÂliÂsĂ©s. Qui plus est Ă la suite de camÂpagnes de presse monÂtĂ©es par des genÂtils « confrères » ! MĂ©nard et Zemmour pourÂchasÂsĂ©s par le soviet d’i‑tĂ©lĂ©. La tĂŞte de Zemmour menaÂcĂ©e par le SNJ au Figaro. Tous les Français qui suiÂvaient ces jourÂnaÂlistes en ont tirĂ© les consĂ©Âquences. Et sont parÂtis voir ailleurs… sur Internet !
Certes, il y a encore des dĂ©bats dans les mĂ©dias offiÂciels, mais uniÂqueÂment dans l’entre-soi. Dans l’entre-soi de gens qui parÂtagent les mĂŞmes convicÂtions : monÂdiaÂlistes, libre-Ă©chanÂgistes, immiÂgraÂtionÂnistes, islaÂmoÂphiles et dĂ©constructionnistes.
Les « experts » inviÂtĂ©s Ă s’exprimer pensent tous la mĂŞme chose. C’est bien qu’il y ait des gens pour prĂ©Âtendre que l’immigration est une chance pour la France, l’islam une reliÂgion de paix et que la monÂdiaÂliÂsaÂtion est heuÂreuse. Mais Ă une condiÂtion : que l’opinion adverse ait ausÂsi droit de parole. Car dans la penÂsĂ©e euroÂpĂ©enne il ne peut y avoir d’approche de la vĂ©riÂtĂ© et de la rĂ©aÂliÂtĂ© que dans la libre confronÂtaÂtion des points de vue.

Yann Barthès, jourÂnaÂliste, aniÂmaÂteur et proÂducÂteur de tĂ©lĂ©ÂviÂsion – boniÂmenÂteur de talent.
C’est pour cela que les dĂ©bats contraÂdicÂtoires sont absoÂluÂment essenÂtiels. Mais cerÂtains intelÂlecÂtuels soliÂloquent chaque semaine penÂdant que d’autres ne sont jamais inviÂtĂ©s. Pourtant, qui oseÂrait affirÂmer qu’Alain de Benoist, Renaud Camus, Richard Millet, Jacques Sapir, HervĂ© Juvin, Bernard Lugan, Christophe Geffroy et tant d’autres n’auraient rien d’intĂ©ressant Ă dire ?
Ce nĂ©cesÂsaire pluÂraÂlisme vaut ausÂsi pour les reporÂtages qui doivent apporÂter l’éclairage de difÂfĂ©Ârents points de vue sur un mĂŞme sujet : gouÂverÂneÂment et maniÂfesÂtants, parÂtie civile et dĂ©fense dans les proÂcès, intelÂlecÂtuels de gauche et de… droite.
C’est encore plus vrai sur les quesÂtions interÂnaÂtioÂnales : nous avons besoin de connaĂ®tre l’optique de Clinton, celle des « rebelles syriens » ou du gouÂverÂneÂment ukraiÂnien. Mais une prĂ©ÂsenÂtaÂtion Ă©quiÂtable de la façon de penÂser de Trump, Poutine ou Assad serait ausÂsi bienvenue !
Dans la camÂpagne prĂ©ÂsiÂdenÂtielle qui s’annonce, il fauÂdrait ausÂsi un vrai pluÂraÂlisme de la part des interÂvieÂweurs : que cerÂtaines quesÂtions viennent du point de vue poliÂtiÂqueÂment corÂrect ou de gauche, c’est bien, et mĂŞme très bien ; Ă condiÂtion que d’autres interÂpelÂlaÂtions viennent d’ailleurs et soient anglĂ©es d’un point de vue conserÂvaÂteur, cathoÂlique, natioÂnal ou identitaire.
Vous le voyez, tous mes conseils tournent autour d’un vieux fond de sagesse payÂsanne : « Qui n’entend qu’une cloche n’a qu’un son ! »
Cela irrite de plus en plus de Français, de contriÂbuables, oseÂrais-je dire : 2,5 milÂliards de subÂvenÂtions publiques pour la presse Ă©crite, 3,5 milÂliards pour l’audiovisuel public, sans parÂler du coĂ»Âteux CSA qui ne garanÂtit en rien la diverÂsiÂtĂ© des chaĂ®nes de radios et de tĂ©lĂ©ÂviÂsions hertÂziennes ou numĂ©Âriques et qui, par lĂ -mĂŞme, ne remÂplit pas sa mission.

Patrick Cohen, jourÂnaÂliste de radio et tĂ©lĂ©ÂviÂsion, pas touÂjours de bonne foi
Je me dois d’appeler votre attenÂtion sur un derÂnier point : cerÂtains de vos confrères nuisent graÂveÂment par leur comÂporÂteÂment Ă l’ensemble de la profession.
C’est ce que j’appelle le synÂdrome ABC.
A comme Apathie. A comme arroÂgance vis-Ă -vis des hommes poliÂtiques (qui sont tout de mĂŞme les reprĂ©ÂsenÂtants du peuple en dĂ©moÂcraÂtie…) et vis-Ă -vis du peuple lui-mĂŞme.
B comme Barthès. B comme bobard et boniÂment sur fond de proÂvoÂcaÂtion et de manipulation.
C comme Cohen. C comme cenÂsure des « esprits malades », c’est-Ă -dire de ceux qui ne pensent pas bien. Car « la liberÂtĂ© de penÂsĂ©e (sic) il y a des lois qui la règleÂmentent », dixit le patron de la matiÂnale de France Inter !
Chers journalistes, si vous voulez reconquérir l’estime du public, il va vous falloir du courage.
Du couÂrage pour rĂ©sisÂter Ă l’omniprĂ©sence de la patrouille du terÂroÂrisme intellectuel.
Du couÂrage ausÂsi pour dĂ©nonÂcer la double tyranÂnie qui s’exerce sur vous : celle des synÂdiÂcats et des minoÂriÂtĂ©s engaÂgĂ©es qui vous contrĂ´lent et celle des milÂliarÂdaires qui vous payent.
Du couÂrage enfin pour vous rĂ©forÂmer avant que le lĂ©gisÂlaÂteur ne soit contraint d’intervenir « pour garanÂtir les expresÂsions pluÂraÂlistes des opiÂnions et la parÂtiÂciÂpaÂtion Ă©quiÂtable des parÂtis et grouÂpeÂments poliÂtiques Ă la vie dĂ©moÂcraÂtique de la Nation », comme l’article 4 de la Constitution lui en fait l’obligation.
Jean-Yves Le Gallou
20/​02/​2017
Source : Polémia

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