Pandora Papers : 600 personnalités françaises épinglées

7 octobre 2021 | 1 com­men­taire

Dans l’ombre, les lan­ceurs d’alertes et autres « hackers » fouillent méti­cu­leu­se­ment les pou­belles numé­riques de l’oligarchie mon­diale et, de temps en temps, trouvent du grain à moudre pour pro­vo­quer de jolis scan­dales. On se sou­vient des fameux « Panama Papers », en 2016, consti­tués par la fuite de plus de 11,5 mil­lions de docu­ments confi­den­tiels issus du cabi­net d’avocats pan­améen Mossack Fonseca. Ces petits papiers avaient révé­lé des infor­ma­tions sur plus de 214 000 socié­tés off­shore ain­si que les noms des action­naires de ces socié­tés. Aujourd’hui, ce sont les « Pandora Papers » qui viennent défrayer la chronique.

L’ICIJ, le Consortium International des Journalistes d’Investigation(1), s’est livré à une vaste enquête concer­nant les para­dis fis­caux qu’il vient de publier, jetant en pâture le nom de nom­breux res­pon­sables poli­tiques à tra­vers le monde qui n’hésitent pas à pla­cer leurs capi­taux à l’étranger. Douze mil­lions de docu­ments confi­den­tiels auraient été récu­pé­rés per­met­tant de mouiller des gens comme le pré­sident ukrai­nien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre tchèque Andrej Babis, l’ancien Premier ministre bri­tan­nique Tony Blair ou encore le roi de Jordanie Abdallah II. Ces gou­ver­nants ont pos­sé­dé – et/​ou pos­sèdent encore – des socié­tés off­shore dans des para­dis fis­caux. Tous les noms n’ont pas encore été dévoi­lés mais les res­pon­sables poli­tiques se comp­te­raient par cen­taines, nous dit le ICIJ, dont 35 chefs d’État. On attend la liste avec impa­tience d’autant qu’elle contien­drait les noms de 600 per­son­na­li­tés françaises.

D’ores et déjà, on sait que le dépu­té LREM (et chef d’entreprise), Sylvain Maillard, est épin­glé. Il aurait été lié à une struc­ture aux Seychelles. Bien enten­du, l’intéressé défend son « inté­gri­té » : il affirme avoir été « vic­time d’une usur­pa­tion d’identité en 2010 ». Ben voyons ! Bruno Le Maire, le Ministre de l’économie, s’est aus­si­tôt lan­cé dans des véri­fi­ca­tions concer­nant la pré­sence ou non de rési­dents fis­caux fran­çais par­mi les per­sonnes épin­glées dans les Pandora Papers. Il serait cocasse qu’il y trou­vât le sien et, qui sait, celui du Président. Un méchant pavé dans sa mare à l’orée de la cam­pagne pré­si­den­tielle ! Dans la fou­lée, Bruno Le Maire pour­rait s’intéresser à l’activité éco­no­mique de DSK, l’ancien ministre fran­çais de l’Économie dis­qua­li­fié par une his­toire au-des­sous de la cein­ture dans un hôtel new-yor­kais, qui a délo­ca­li­sé sa fis­ca­li­té au Maroc indui­sant un manque à gagner de 6 mil­lions d’euros au fisc français.

Cependant, il ne faut pas trop attendre de ces « Pandora Papers » puisque c’est le journal Le Monde qui relaie ces révélations pour la France

Ce média à la solde ne peut pas mordre dure­ment la main qui le nour­rit(2). Par consé­quent, on risque fort de res­ter sur notre faim. D’ailleurs, le quo­ti­dien s’empresse de rap­pe­ler que l’utilisation des socié­tés off­shore n’est pas illé­gale dans une grande majo­ri­té de pays et que les agis­se­ments dis­cu­tables mora­le­ment de ceux qui les uti­lisent pour évi­ter une fis­ca­li­té trop éle­vée ne peuvent être répré­hen­sibles qu’en cas d’activité illi­cite comme du blan­chi­ment d’argent ou de la cor­rup­tion. Et de poin­ter du doigt les États-Unis en passe deve­nir « l’un des centres finan­ciers off­shore les plus impor­tants de la pla­nète », nom­mant des États comme le Delaware (cher à Joe Biden), le Nevada et le Wyoming déjà spé­cia­listes des zones défiscalisées.

À l’instar des « Panama Papers », les « Pandora Papers » ne feront guère changer les choses

Quelques boucs-émis­saires vont tom­ber et les pra­tiques finan­cières immo­rales per­du­re­ront. Les pré­cé­dentes révé­la­tions à scan­dale n’ont jamais engen­dré de larges et pro­fondes mesures pour sanc­tion­ner les pra­ti­quants ni réfor­mer les sys­tèmes. Gageons qu’il en sera de même cette fois encore. À moins que… À l’heure où de nom­breuses nations cherchent à se mettre d’accord sur une impo­si­tion mini­mum des socié­tés, ce der­nier scan­dale pour­rait être l’opportunité d’un effort mon­dia­li­sé dans la lutte contre l’évasion fis­cale. La chose pour­rait se faire dans la mesure où il s’a­vè­re­rait qu’une bonne par­tie des chefs de gou­ver­ne­ment pour­rait être direc­te­ment concer­née. Mais ne rêvons pas trop tout de même.

Charles ANDRÉ

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »

(1) On trouve du beau monde dans la liste des spon­sors de l’ICIJ, notam­ment l’Open Society de George Soros : Adessium Foundation, Arnold Ventures, Bay and Paul Foundations, Barbara Streisand, Bertha Foundation, Ford Foundation, Franklin Philanthropic Foundation, Fritt Ord Foundation, Fund for Nonprofit News at The Miami Foundation (NewsMatch), Green Park Foundation, Hollywood Foreign Press Association, Hurd Foundation, John and Florence Newman Foundation, Jonathan Logan Family Foundation, Luminate, KCIJ Newstapa, Meryl Streep, Nationale Postcode Loterij, Norad, Open Society Foundations, Swedish Postcode Foundation, Tinius Trust, Wellspring Philanthropic Fund [source]

(2) Le Monde per­çoit — outre des sub­ven­tions publiques — des aides de Facebook et de la Bill & Melinda Gates Foundation (2,1 mil­lions de dol­lars en 2019 pour cette der­nière) [source].

1 commentaire

  1. On devrait les appe­ler les « Pandora Pampers » !
    C’est bon pour les toilettes.

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