Et si les moines sauvaient notre civilisation ?

25 octobre 2021 | Aucun com­men­taire

Ce titre pro­vo­ca­teur doit pour­tant être pris au sérieux. Ce sont les moines qui ont fait du Moyen-Âge l’une des périodes les plus spi­ri­tuelles de notre his­toire en assu­rant la jonc­tion des cultures
• païenne, celte, rurale, syl­vestre avec la proxi­mi­té de la nature (les Eaux et Forêts),
• romaine avec l’ar­chi­tec­ture, l’ad­duc­tion de l’eau, l’ad­mi­nis­tra­tion (les Pont et Chaussées),
• et bien sûr chré­tienne avec l’a­mour du pro­chain, le don de soi et la pri­mau­té de la spi­ri­tua­li­té.
Les moines ont per­mis à l’Europe de sor­tir de la tor­peur et du chaos qui ont sui­vi l’ef­fon­dre­ment de l’empire romain par un réseau de monas­tères qui étaient autant de centres cultu­rels — et agri-cultu­rels — d’ex­cel­lence.
Il est per­mis d’i­ma­gi­ner que ce réseau de monas­tères sau­ve­ra une fois encore notre civi­li­sa­tion en péril.

Marc Paitier a bien sai­si la symbo­lique du vin et de la vigne dans l’Écriture Sainte. Il décrit le rôle émi­nem­ment cultu­rel de la viti­cul­ture monas­tique dans un magni­fique livre qui lui a deman­dé plus d’un an et demi de tra­vail et toute une vie de passion.

Marc Paitier -quatrième couverture Vignerons ciel

Ils sont une tren­taine d’hommes, ali­gnés face à face sur deux rangs, de part et d’autre d’un che­min qui tra­verse une par­celle de vignes. Ils sont jeunes, vigou­reux, pleins de force et pour­tant leur sou­rire est désar­mant comme celui des enfants. Certains portent la ton­sure, signe ances­tral de leur renon­cia­tion au monde. Ils sont revê­tus de l’ha­bit monas­tique tra­di­tion­nel. Ce sont des moines béné­dic­tins de l’ab­baye Sainte-Madeleine du Barroux(1) dont on aper­çoit le clo­cher de l’é­glise, au loin, sur les hau­teurs qui dominent les vignes. À leurs pieds, des caisses vides qui se rem­pli­ront dans un ins­tant avec les pre­miers rai­sins ven­dan­gés, des clai­rettes gor­gées de soleil. Pour l’heure, les moines se recueillent, ils chantent la louange de Dieu, avant de cueillir sous le soleil pro­ven­çal, les fruits nou­veaux de la vigne que le beau temps a ame­nés à matu­ri­té. « Ora et labo­ra », ils tra­vaillent dans le silence avec des gestes pré­cis et une cadence régu­lière qui ne fai­blit pas. Ils lèvent par ins­tant les yeux pour remer­cier Dieu de tant d’a­bon­dance. En contem­plant cette scène, me revient en mémoire une phrase de Dom Gérard, le fon­da­teur de l’ab­baye : « En regar­dant le ciel, les moines ont des­si­né les jar­dins de la terre. »

Ici tout est à sa place, dans la tran­quilli­té d’un ordre qui porte à la joie et à la paix : des rangs de vignes, enca­drés de murs de pierres sèches, côtoient des champs d’o­li­viers et une gar­rigue où coha­bitent gené­vriers, roma­rins, chênes verts, chèvre­feuilles et thym. Un par­fum d’é­ter­ni­té monte de la terre. Nous sommes à l’en­droit même, où Clément V, le pre­mier pape d’Avignon, a plan­té la pre­mière vigne pon­ti­fi­cale au début du XIVe siècle. 700 ans plus tard, rien ne semble avoir chan­gé comme si ce lieu était pré­ser­vé de la fureur du monde.

Ce très bel ouvrage, riche­ment illus­tré, peut consti­tuer une idée de cadeau pour Noël.

« Les vigne­rons du Ciel » sor­ti­ra en librai­rie le 25 novembre pro­chain. D’ici là, il est pos­sible de le pré-com­man­der en sous­crip­tion à un tarif 30% infé­rieur au prix de sor­tie, en uti­li­sant ce lien.


(1) Lire par ailleurs dans nos colonnes : L’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux où la tra­di­tion amène les voca­tions ! du 1er août 2019

Aucun commentaire

Envoyer le commentaire

Votre adresse e‑mail ne sera pas publiée. Les champs obli­ga­toires sont indi­qués avec *