Astérix et Obélix : le casse de l’année n’aura pas lieu

par | 27 février 2023 | 4 Commentaires 

Le der­nier film de Guillaume Canet « L’Empire du Milieu » a ins­pi­ré Tom Benejam qui fait un rap­pro­che­ment avec le « Milieu », le « Milieu pari­sien » et ses méthodes par­ti­cu­lières pour rafler la mise, et mon­ter un nou­veau casse. Nous sommes bien loin loin des méthodes autre­ment auda­cieuses — voire morales — d’un cer­tain Albert Spaggiari, notre héros niçois.

Astérix Obélix - Empire Milieu - Film

N’est pas Albert Spaggiari qui veut…

Ici pas de pas­sé sca­breux, d’engagement chez les paras en Indochine et encore moins d’accointances mal­heu­reuses avec l’OAS. Tout juste quelques petits pétards de temps en temps. Quand on pra­tique le vol dans le milieu du ciné­ma en France, c’est avec les mains blanches. La récep­tion d’un César ou d’une Légion d’hon­neur est alors un risque que l’on encourt bien plus sérieu­se­ment qu’un séjour aux Baumettes.

Avec un bud­get de soixante-cinq mil­lions d’euros, et déjà cinq-cent-mille euros en poche pour l’écriture du scé­na­rio, Guillaume Canet amorce pour­tant son casse avec séré­ni­té, en tout cas dans de bien meilleures dis­po­si­tions que notre pauvre Spaggiari. Mais voi­là, pour tou­cher le mil­lion d’euros sup­plé­men­taire, sept mil­lions de spec­ta­teurs volon­taires sont néces­saires… Rien d’impossible jusque-là me direz-vous, sur­tout dans un pays où près de dix mil­lions de per­sonnes ont voté Macron un an plus tôt. Certes. Surtout qu’en choi­sis­sant de mettre en scène Astérix et Obélix tout en par­se­mant son film de blagues bien lourdes, Guillaume Canet est per­sua­dé d’avoir tout bien mis en place pour fer­rer conve­na­ble­ment le Français moyen. L’assurance de prendre son chèque et de per­mettre à ses petits copains de prendre le leur sem­blait jouée d’avance.

Mais patatras ! La sauce ne prend pas…

Et leurs blagues pré­cau­tion­neu­se­ment gra­ve­leuses ne font rire que leur entre-soi. S’il fait de moins en moins mys­tère que le ciné­ma fran­çais déteste le Peuple bien que vivant essen­tiel­le­ment de son argent, on constate ici qu’il se retrouve irré­mé­dia­ble­ment cou­pé de lui, en séces­sion totale. Bien pro­té­gé, en qua­si-autar­cie, il lui faut pour­tant s’y confron­ter de temps à autre. Au moins tous les cinq ans déjà, pour lui som­mer de voter cor­rec­te­ment au deuxième tour ; et désor­mais régu­liè­re­ment, avec tou­jours plus d’insistance, pour lui rap­pe­ler d’aller au ciné­ma, payer qua­torze euros sa place. Hier Kad Merad pleur­ni­chant sur le pla­teau de Yann Barthès, Guillaume Canet aujourd’hui…

Quatre ans de tra­vail quand même… Pouvez-vous ima­gi­ner ? Le tra­vail en France ne paie pas, c’est indé­niable. À quelques mil­lions d’euros près, Guillaume Canet aurait pu débar­quer sur votre rond-point same­di prochain.

Incontestablement, les médias par­viennent encore à faire ava­ler à une bonne par­tie de la popu­la­tion plu­tôt cré­dule que ces gens-là ont du talent. Pris un par un, on vous fait croire qu’un tel est un chan­teur à texte inéga­lable et celui-là un humo­riste hors du com­mun. Mais réunir ensemble, dans un seul film, toutes ces vedettes de paco­tille en plus de la caste ciné­ma­to­gra­phique habi­tuelle, cela relève de la prouesse culot­tée, et pour finir d’une farce à trop grosses ficelles. Il y a quelque chose ici qui tient du film enga­gé. Et même radi­ca­le­ment enga­gé, si l’on regarde le cas­ting de plus près. Certes, d’Orelsan, on ne connaît guère que les délires capil­laires et le flegme lym­pha­tique ; et même si l’on sait aujourd’hui que deux hommes inver­tis en valent au moins quatre, et que McFly et Carlito sont volon­tiers reçus par notre bon pré­sident pour quelques gali­pettes décon­trac­tées dans les jar­dins de l’Élysée, on ne sau­rait pour autant défi­nir avec pré­ci­sion la pen­sée poli­tique d’un Big Flo ou d’un Oli. Et pour­tant, c’est tout un monde, toute une manière d’exister et de pen­ser qui sont char­riés devant nos yeux. C’est le par­fait mani­feste d’un adou­be­ment de l’époque que signe ici Guillaume Canet.

Et la sensation de naufrage collectif qui ressort de ce film n’en est que plus rassurante

Puisse-t-il avoir ouvert les yeux des Français et ce nau­frage se répandre à l’avenir indi­vi­duel­le­ment sur cha­cun de ces notables !
Son incli­na­tion pour les égouts, en l’occurrence ceux du ciné­ma fran­çais, est peut-être dans toute cette his­toire le seul côté spag­gia­rien de Guillaume Canet. Et je pense même, en réa­li­té, que ce der­nier aurait dû voir les choses en bien plus grand ; qu’en bon bour­geois beso­gneux, il a man­qué dans ce film cruel­le­ment d’ambition. Mon petit doigt me dit que si Zelensky avait béné­fi­cié du rôle tenu par Ibrahimovic, les dix, quinze voire soixante mil­lions d’entrées étaient très lar­ge­ment à por­tée de main… Le cachet du plus grand acteur au monde aurait été amor­ti et la conscience morale de la France sau­vée pour les siècles des siècles.

Alors cher Guillaume Canet, arrê­tez de tra­vailler, épar­gnons-nous à l’avenir des peines mutuelles, conti­nuez à fil­mer tran­quille­ment vos petites vies minables dans vos Petits Mouchoirs. Guillaume Camet - Les-petits-mouchoirs

Le trois, le quatre, le cinq et même le six si vous vou­lez. Vous avez votre public pour ça. Mais par pitié, lais­sez les pauvres Gaulois en paix.

Tom Benejam

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Tom Benejam

4 Commentaires 

  1. N’est pas com­plice d’un Spaggiari qui veut, sur­tout lors­qu’il enle­va son casque de motard sous le palais de jus­tice avant son for­fait, pour en venir à prendre ulté­rieu­re­ment Nice sous ses griffes. Petite anec­dote… Un tru­deau bis
    Le monde du ciné­ma et de la poli­tique ont bien des points com­muns…
    Merci pour la tirade.

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  2. Quelle belle ode à notre « très cher » ciné­ma français !

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  3. Cette lec­ture m’a fait beau­coup de bien, comme un grand bol d’air frais.

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  4. Sublimatif ! C’est même pas une cari­ca­ture tel­le­ment que c’est réel !…

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