Le général Gomart à Nice veut redéfinir les contours de l’Europe

par | 1 février 2026 | Aucun com­men­taire

L’exercice était périlleux :
• un mili­taire de haut rang — le géné­ral Christophe Gomart(1) — qui tient une confé­rence dans un amphi uni­ver­si­taire (l’IPAG à Nice(2)) sans se faire conspuer,
• un dépu­té euro­péen LR venu plai­der pour une autre Europe que celle de Bruxelles, où il est pour­tant élu..

Coutumier des défis, l’an­cien mili­taire s’en est très bien sor­ti, répon­dant à toutes les ques­tions pen­dant une heure après son exposé.

Le budget militaire

La défense euro­péenne, selon lui, ne peut pas fonc­tion­ner en tant qu’en­ti­té fusion­née. Le géné­ral Gomart pro­pose que chaque pays déve­loppe sa propre armée natio­nale et que la coor­di­na­tion se fasse au niveau de l’é­tat-major qui peut être euro­péen. Il pro­pose éga­le­ment que l’ar­me­ment soit de fabri­ca­tion euro­péenne. La France dis­pose encore d’une indus­trie de l’ar­me­ment effi­cace, mais pour­rait se déve­lop­per si tous les pays euro­péens com­man­daient et ache­taient euro­péen. Ce qui est loin d’être le cas(3).
Il est impos­sible de riva­li­ser avec le bud­get mili­taire amé­ri­cain : 1 000 mil­liards de dol­lars, por­tés par Donald Trump à 1 500 mil­liards ; la France : 50 mil­liards, l’Europe : 350.
La France subit les coupes bud­gé­taires de tous les gou­ver­ne­ments depuis 30 ans. « De mon temps » nous dit le géné­ral, la France dis­po­saient de 1 300 chars Leclerc, aujourd’­hui, c’est 220, dont une grosse part est immo­bi­li­sée pour main­te­nance.
La France dis­pose de la dis­sua­sion nucléaire qui lui pro­cure un atout majeur. Le géné­ral déplore que beau­coup de pays pré­fèrent pour­tant se pla­cer sous la pro­tec­tion des armes nucléaires amé­ri­caines(4).

Cybersécurité

Aujourd’hui la menace prin­ci­pale est numé­rique. Actuellement 15 000 satel­lites sont en orbite. On en compte 9 000 pour le seul sys­tème Starlink d’Elon Musk, 1 500 pour la Chine. L’Europe est là aus­si très en retard, bien que la France reste une puis­sance capable de pla­cer des satel­lites en orbite.
La France elle-même héberge des don­nées mili­taires dans des centres de don­nées amé­ri­cains. Notre sureté mili­taire est ain­si gra­ve­ment com­pro­mise.
Les chiffres d’af­faires de cer­tains des Gafam(5) dépassent les bud­gets de pays euro­péens.
Le nou­vel élu à Bruxelles égra­tigne au pas­sage Thierry Breton, ancien com­mis­saire euro­péen au Marché inté­rieur (2019−2024), qui n’a pas réus­si à déployer la sou­ve­rai­ne­té numé­rique euro­péenne qu’il avait pour­tant annon­cée. L’Europe reste une colo­nie numé­rique amé­ri­caine.
Les États-Unis achètent de nom­breuses « start-ups » fran­çaises, écra­sées par les bureau­cra­ties fran­çaise et euro­péenne. Le confé­ren­cier déplore que la France et l’Europe sont asphyxiées par trop de lour­deur régle­men­taire, trop de bureau­cra­tie.
Cependant la France arrive à main­te­nir 3 500 cyber-com­bat­tants.
Le confé­ren­cier plaide vigou­reu­se­ment pour un « cloud » (cybers­pace) européen.

Christophe Gomart - Nice - 29 janvier 2026

Plaidoyer pour une nouvelle Europe

Plusieurs fois dans son inter­ven­tion, et à l’oc­ca­sion d’une ques­tion, le confé­ren­cier a plai­dé pour la refonte de l’Europe de Bruxelles. Il fus­tige la règle : « Un pays, une voie », ce qui donne aux petits pays (Malte, pays baltes notam­ment) un pou­voir poli­tique déme­su­ré par rap­port à leur poids éco­no­mique.
Il faut une Europe qui pré­serve la sou­ve­rai­ne­té des pays. Christophe Gomart lance : « Une France forte dans une Europe unie. » L’Europe qu’il des­sine pour les 30 années à venir doit par­tir de la sou­ve­rai­ne­té des nations : « Il faut une Europe qui pré­serve la sou­ve­rai­ne­té des nations », ajoute t‑il, tout en sous-enten­dant que le trai­té de Lisbonne a créé cette situa­tion.
L’Europe de Bruxelles s’at­tache à agré­ger des pays épars, de plus en plus éloi­gnés géo­gra­phi­que­ment et cultu­rel­le­ment, alors qu’il fau­drait au contraire rebâ­tir l’Europe sur un noyau res­treint moins dis­pa­rate, comme ce fut le cas avec le Marché com­mun et la CECA(6).
C’est pour­quoi Christophe Gomart s’ex­prime contre l’in­té­gra­tion de l’Ukraine à l’Europe.
Nouvellement élu au Parlement euro­péen, il déplore que les élus fran­çais sont sou­vent « recy­clés » à Bruxelles après des échecs élec­to­raux en France, tan­dis que les élus d’autres pays font sou­vent 3 man­dats et finissent par bien connaître les rouages com­plexes de l’ins­ti­tu­tion européenne.

La France, leader de l’Europe

Le géné­ral Gomart rap­pelle les atouts de la France, mal­gré son déclin : dis­sua­sion nucléaire, armée affai­blie mais aguer­rie et opé­ra­tion­nelle, indus­trie de l’ar­me­ment, mais aus­si le deuxième domaine mari­time au monde, une culture et une his­toire riches et enri­chis­santes.
Il faut réécrire le roman natio­nal et pros­cri­vant la repen­tence. Les Français doivent se réar­mer mora­le­ment.
Son idée direc­trice : « La France doit être un lea­der auto­nome dans une Europe coor­di­na­trice et pré­ser­va­trice des inté­rêts natio­naux. » C’est ain­si que sur­vi­vra la France. Notre riposte : la for­ma­tion, la culture.
Le mili­taire lance un appel à la jeu­nesse ici pré­sente : « Engagez vous ! » L’armée embauche sous une mul­ti­tude de moda­li­tés et de métiers. C’est une ins­ti­tu­tion stable et formatrice.

Épilogue :
À l’is­sue de cette inter­ven­tion qui a impres­sion­né un public très atten­tif, l’un des audi­teurs, comme lui ancien offi­cier du 13e RDP, vint voir le confé­ren­cier, éga­le­ment son ancien chef de corps, et lui dit : « Mon géné­ral, vous m’a­vez ras­su­ré ». Tout est dit.

Général Christophe Gomart - Soldat - Au-cœur-des-forces-specialesLe géné­ral Gomart est très atta­ché au 13e RDP, uni­té des Forces spé­ciales, où il ser­vit comme lieu­te­nant, chef d’é­quipe et chef de corps, avant de diri­ger les opé­ra­tions spé­ciales (COS) de 2011 à 2013 et de prendre la Direction du Renseignement Militaire (DRM) de 2013 à 2017.
Il a quit­té l’ins­ti­tu­tion en tant que géné­ral de corps d’ar­mée (pro­mu en 2013).
Il est co-auteur d’un livre de témoi­gnage sur les opé­ra­tions spé­ciales : Soldat de l’ombre.

École de com­merce située à Nice. Plus ici.

Achats confir­més et récents d’a­vions amé­ri­cains par les pays eur­péens (2023−2026) :
Danemark : a com­man­dé ini­tia­le­ment 27 F‑35A (livrai­sons en cours depuis 2023), puis +16 sup­plé­men­taires annon­cés en octobre 2025 → total 43 appa­reils. Les der­niers F‑16 ont été reti­rés en jan­vier 2026. Ce qui n’empêche nul­le­ment les États-Unis de reven­di­quer ouver­te­ment le Groenland.
Belgique : com­mande ini­tiale de 34 F‑35A (déci­sion 2018, pre­miers livrés en 2025 à Florennes). +11 sup­plé­men­taires confir­més en juillet 2025 → total pré­vu jus­qu’à 45.
Allemagne : a com­man­dé 35 F‑35A en 2022 (pour le par­tage nucléaire OTAN), avec des livrai­sons pro­gres­sives. Discussions pour +15 sup­plé­men­taires en cours ou approu­vées récem­ment (2025−2026).
Grèce : Accord signé en juillet 2024 pour 20 F‑35A (poten­tiel­le­ment jus­qu’à 40), avec livrai­sons pré­vues à par­tir de fin 2020s.
République tchèque : Accord signé en jan­vier 2024 pour 24 F‑35A (rem­pla­ce­ment des Gripen sué­dois), livrai­sons à venir.
Pologne : Commande de 32 F‑35A approu­vée en 2019–2020, avec livrai­sons démar­rées récem­ment (pre­miers en 2024–2025), et sou­tien logis­tique approu­vé en 2025.

Autres pays euro­péens avec F‑35 (achats plus anciens mais livrai­sons récentes) :
Finlande : 64 F‑35A com­man­dés (2021), livrai­sons en cours (2025−2030).
Pays-Bas : Augmentation à 52 F‑35A (déci­sion 2022), livrai­sons conti­nues.
Norvège : 52 F‑35A, livrai­sons com­plé­tées en 2025.
Italie : Augmentation de flotte en 2025 (total >70–80), centre de for­ma­tion euro­péen pour pilotes F‑35A.
Royaume-Uni : Flotte mixte F‑35B (porte-avions), ajus­te­ments en 2025.

« Y a un pro­blème ! » Émoticône étonnement

Environ 100 à 150 bombes B61 sont répar­ties sur ces 6 pays d’Europe (chiffre non offi­ciel, car clas­si­fié, mais consen­sus par­mi les experts). Ce ne sont pas des mis­siles, mais des bombes lar­guées par avion (F‑35A, Tornado, F‑16 moder­ni­sés).
Pays euro­péens concer­nés (début 2026, selon les esti­ma­tions les plus récentes et fiables issues FAS, Bulletin of the Atomic Scientists, sources OTAN et think tanks) :
Belgique : Base aérienne de Kleine Brogel (envi­ron 10–20 bombes).
Allemagne : Base aérienne de Büchel (envi­ron 10–20 bombes).
Italie : Bases d’Aviano et Ghedi Torre (envi­ron 30–40 bombes au total).
Pays-Bas : Base aérienne de Volkel (envi­ron 10–20 bombes).
Turquie : Base aérienne d’Incirlik (envi­ron 20 bombes).
Royaume-Uni : Retour récent (depuis 2025) à la base de RAF Lakenheath (envi­ron 20–30 bombes esti­mées, après moder­ni­sa­tion et pré­pa­ra­tion pour les F‑35A bri­tan­niques rejoi­gnant la mis­sion nucléaire OTAN).

GAFAM (appa­ru au milieu des années 2000 sous la forme GAFA) est un acro­nyme for­mé par l’i­ni­tiale des cinq entre­prises Google, Apple, Face­book , Amazon et Micro­soft.

La CECA, ou Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, a été éta­blie en avril 1951 pour favo­ri­ser la coopé­ra­tion éco­no­mique et pré­ve­nir les conflits entre les nations euro­péennes après la Seconde Guerre mon­diale. Ce trai­té nova­teur, signé par six pays euro­péens, a mar­qué les pre­miers pas vers une inté­gra­tion euro­péenne plus large.
Ayant été conclue pour une durée de cin­quante ans et étant entré en vigueur le 23 juillet 1952, elle est arri­vée à expi­ra­tion le 23 juillet 2002.

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