Remèdes écartés : le bleu de méthylène

par | 5 octobre 2026 | 1 com­men­taire

La semaine der­nière nous évo­quions la téré­ben­thine, fai­sant suite au dioxyde de chlore ou CDS. 
Cette semaine : le bleu de méthy­lène.
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Le bleu de méthylène

Le bleu de méthy­lène (chlo­rure de méthyl­thio­ni­nium) est l’un des plus anciens colo­rants orga­niques jamais pro­duits. Sa for­mule est C₁₆H₁₈ClN₃S. Il est de la famille des colo­rants thia­zi­niques. En approxi­ma­tion, ce sont deux molé­cules de ben­zènes mises l’une à côté de l’autre.

En 1876, le chi­miste alle­mand Heinrich Caro, res­pon­sable de la recherche au sein de la plus grande entre­prise de pro­duits chi­miques au monde, BASF, a syn­thé­ti­sé pour la pre­mière fois ce colo­rant bleu pur pour tein­ter la laine des­ti­née à l’in­dus­trie tex­tile. Peu de temps après, des cher­cheurs en méde­cine découvrent des uti­li­sa­tions du bleu de méthy­lène pour la médecine.

En 1880, le micro­bio­lo­giste Robert Koch uti­lise le bleu de méthy­lène pour colo­rer les cel­lules et les microbes afin de les visua­li­ser plus faci­le­ment au micro­scope.
En tant que colo­rant en micro­sco­pie, le bleu de méthy­lène peut aider les scien­ti­fiques à dis­tin­guer les cel­lules mortes des cel­lules vivantes. Il aide éga­le­ment à étu­dier les com­po­sants internes des cel­lules en mon­trant leurs struc­tures ana­to­miques.
Puis, Koch a uti­li­sé le bleu de méthy­lène pour colo­rer les bac­té­ries res­pon­sables de la tuber­cu­lose afin de mieux com­prendre cette mala­die, et le patho­lo­giste polo­nais Czeslaw Checinski s’en est ser­vi pour colo­rer les para­sites res­pon­sables du paludisme.

Le méde­cin alle­mand et lau­réat du prix Nobel Paul Ehrlich a démon­tré que le bleu de méthy­lène était non seule­ment capable de colo­rer le para­site res­pon­sable du palu­disme, mais il pou­vait en outre, le tuer, et en par­ti­cu­lier contre le para­site uni­cel­lu­laire Plasmodium fal­ci­pa­rum res­pon­sable de la forme la plus grave et la plus meur­trière du palu­disme chez l’être humain, trans­mise par le mous­tique ano­phèle.
En 1891, Ehrlich a publié une étude de cas sur deux patients atteints de palu­disme qui ont été gué­ris grâce au bleu de méthy­lène. À cette époque on soigne à peu près tout avec le bleu de méthylène.

En 1905, le pédiatre amé­ri­cain Abraham Jacobi écrit que le bleu de méthy­lène est le trai­te­ment du cancer.

Durant la Grande Guerre (1914−1918), l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en qui­nine était par­fois dif­fi­cile ou pas assez impor­tant pour cou­vrir les énormes besoins les troupes de l’Armée fran­çaise d’Orient, mas­si­ve­ment tou­chée par le palu­disme. Le bleu de méthy­lène a alors ser­vi de solu­tion de rem­pla­ce­ment de la qui­nine sur le front.
Pendant la Seconde Guerre mon­diale, le bleu de méthy­lène a été admi­nis­tré aux sol­dats US dans le paci­fique comme médi­ca­ment anti­pa­lu­dique.
Les plaintes des sol­dats de la Seconde Guerre mon­diale concer­nant la colo­ra­tion bleue de leur urine par le bleu de méthy­lène ont rapi­de­ment sti­mu­lé la tran­si­tion vers d’autres médi­ca­ments pour trai­ter le palu­disme. Cependant, la recherche moderne a ravi­vé l’in­té­rêt pour l’u­ti­li­sa­tion du bleu de méthy­lène en tant qu’an­ti­pa­lu­dique, et il est consi­dé­ré à ce jour comme l’un des médi­ca­ments les plus effi­caces contre la mala­die. En cher­chant un pro­duit qui ne colore pas les urines, une quan­ti­té de médi­ca­ments ont été trou­vé pour soi­gner la lèpre, le palu­disme, anti­bio­tiques, anti-dépresseurs.

Avant le bleu de méthy­lène, le trai­te­ment clas­sique du palu­disme était un com­po­sé appe­lé qui­nine, un alca­loïde conte­nu dans l’é­corce d’un arbre à quin­qui­na ori­gi­naire d’Amérique du Sud et cela depuis le 15e siècle.

La syn­thèse du bleu de méthy­lène est beau­coup plus facile que la pré­pa­ra­tion d’obtention de la qui­nine qui est iso­lée labo­rieu­se­ment à par­tir de l’é­corce d’une plante dis­po­nible uni­que­ment en Amérique du Sud.
Mais comme le bleu de méthy­lène tache la bouche et a ten­dance à colo­rer l’u­rine en bleu-vert, les scien­ti­fiques ont cher­ché à modi­fier sa struc­ture molé­cu­laire, en essayant d’é­li­mi­ner la teinte tout en conser­vant ses qua­li­tés médicinales.

Les tra­vaux de chi­mistes tels que Wilhelm Rohl de Bayer, un élève d’Ehrlich, ont fina­le­ment don­né nais­sance à la qui­na­crine, un médi­ca­ment contre la malaria.

En 1934, la qui­na­crine a été modi­fiée par Hans Andersag de Bayer, elle reçoit le nom de Resochin. Puis tou­jours en Allemagne, dérive en Sontochin.

Pendant la seconde guerre mon­diale, le palu­disme repré­sente un pro­blème sani­taire majeur pour les armées opé­rant dans les régions tro­pi­cales. Les Alliés ont des dif­fi­cul­tés d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en qui­nine, car les Japonais occupe Java, impor­tante région pro­duc­trice de quin­qui­na. Les États-Unis mettent donc en place un vaste pro­gramme de recherche des­ti­né à trou­ver et tes­ter de nou­veaux médi­ca­ments antipaludiques.

Après l’ar­ri­vée des forces alliées à Tunis en 1943, le Sontochin tombe entre les mains des Américains. Le pro­duit est envoyé aux États-Unis pour être étu­dié. Les cher­cheurs ont créé la chlo­ro­quine, connue sous le nom de Nivaquine.

Afin de réduire la toxi­ci­té de la chlo­ro­quine qui pro­vo­quait à dose impor­tante des réti­no­pa­thies et des acci­dents cardio-vasculaires,des cher­cheurs amé­ri­cains ont créé l’hydroxy­chlo­ro­quine dans les années 1945–46, com­mer­cia­li­sée en 1956 sous le nom de Plaquenil.
Ce pro­duit appor­ta une évo­lu­tion thé­ra­peu­tique majeure car bien qu’i­ni­tia­le­ment créée pour lut­ter contre le palu­disme, l’hy­droxy­chlo­ro­quine s’est révé­lée dotée de puis­santes pro­prié­tés anti-inflam­ma­toires et immu­no­mo­du­la­trices. Elle est deve­nue aujourd’­hui le trai­te­ment de réfé­rence pour les mala­dies auto-immunes comme le lupus éry­thé­ma­teux et la poly­ar­thrite rhumatoïde.

Vers 1930, la bio­lo­giste nord-amé­ri­caine Matilda Moldenhauer Brooks découvre que le méthy­lène est un anti­dote pour l’empoisonnement au cya­nure et au monoxyde de car­bone. Aujourd’hui, il est tou­jours ins­crit sur la liste des médi­ca­ments essen­tiels de l’OMS en tant qu’an­ti­dote. Il est uti­li­sé pour les intoxi­ca­tions à cer­tains pro­duits chi­miques ou médi­ca­ments, tels que : les nitrites et les nitrates, l’a­ni­line et cer­tains anes­thé­siques locaux et les sulfamides.

Comment le bleu de méthylène agit-il ?

Le bleu de méthy­lène pos­sède des pro­prié­tés oxy­do-réduc­trices, c’est un cap­teur d’électrons extrê­me­ment réac­tif.
Il est uti­li­sé dans la mala­die appe­lée méthé­mo­glo­bi­né­mie. C’est une mala­die san­guine carac­té­ri­sée par un taux anor­ma­le­ment éle­vé de méthé­mo­glo­bine (une forme oxy­dée de l’hé­mo­glo­bine) dans le sang, ce qui empêche une bonne oxy­gé­na­tion des tis­sus. L’hémoglobine trans­porte nor­ma­le­ment l’oxy­gène grâce à son fer à l’é­tat fer­reux (Fe²⁺). Dans la méthé­mo­glo­bine, ce fer est oxy­dé à l’é­tat fer­rique (Fe³⁺) et il ne peut plus fixer l’oxy­gène cor­rec­te­ment.
Le taux nor­mal de méthé­mo­glo­bine est infé­rieur à 1 %. On parle de méthé­mo­glo­bi­né­mie au-delà de 5 %.
Cela peut être cau­sé par l’ex­po­si­tion à des agents oxy­dants, de l’eau conta­mi­née par des nitrates, cer­tains médi­ca­ments comme les anes­thé­siques locaux, ou encore des nitrites. Elle est par­fois appe­lée « syn­drome du bébé bleu » chez le nourrisson.

Une cel­lule de sang fonc­tion­nelle pos­sède des atomes Fe²⁺, mais si elle pos­sède des atomes Fe³⁺, la méthé­mo­glo­bine ne trans­porte plus cor­rec­te­ment l’oxy­gène.
Le bleu de méthy­lène, grâce au sys­tème enzy­ma­tique éry­thro­cy­taire, peut favo­ri­ser la réduc­tion : Fe³⁺ → Fe²⁺, il va donc res­tau­rer la cel­lule en hémo­glo­bine fonctionnelle.

Le bleu de méthy­lène agit en aug­men­tant direc­te­ment la res­pi­ra­tion mito­chon­driale grâce à ses inter­ac­tions avec la chaîne de trans­port d’élec­trons.
Ce pro­ces­sus appe­lé phos­pho­ry­la­tion oxy­da­tive par­ti­cipe à la pro­duc­tion d’ATP. L’ATP est l’adénosine tri­phos­phate, la molé­cule fon­da­men­tale qui stocke et trans­fère l’éner­gie chi­mique néces­saire à l’en­semble des acti­vi­tés cellulaires.

En sim­pli­fiant, dans le pro­ces­sus bio­chi­mique, les molé­cules nor­males pro­duisent de l’eau et gaz car­bo­nique, lorsque la molé­cule fonc­tionne mal, elle pro­duit en plus de l’eau et du gaz car­bo­nique, des déchets de com­bus­tion conte­nant beau­coup d’électrons. Ces déchets créent des inflam­ma­tions et de nom­breux dys­fonc­tion­ne­ments ayant un nom dif­fé­rent pour chaque maladie.

Selon le Docteur fran­çais Laurent Schwartz, la per­tur­ba­tion du pro­ces­sus bio­chi­mique au niveau molé­cu­laire amène la plu­part des mala­dies en jouant sur la conduc­ti­vi­té des élec­trons. Or, le bleu de méthy­lène mais aus­si le dioxyde de chlore ou CDS(1), enlèvent ces élec­trons et per­met de réta­blir l’homéostasie sans incon­vé­nient majeur, voir en conjonc­tion des médi­ca­ments tra­di­tion­nels pour cer­taines maladies.

L’homéostasie, c’est la capa­ci­té d’un orga­nisme ou d’un sys­tème à main­te­nir son équi­libre interne stable.

Les effets indé­si­rables du bleu de méthy­lène peuvent pro­ve­nir d’im­pu­re­tés chi­miques. Il est donc impor­tant de n’u­ti­li­ser que du bleu de méthy­lène de qua­li­té phar­ma­ceu­tique. À faible dose, ces conta­mi­nants ne posent pas de pro­blème majeur. Mais des doses plus éle­vées peuvent entraî­ner l’ac­cu­mu­la­tion de toxines dans les cel­lules. Il est donc essen­tiel de connaître les dif­fé­rentes qua­li­tés de bleu de méthy­lène dis­po­nibles sur le marché.

Il existe trois qua­li­tés dif­fé­rentes de bleu de méthy­lène :
1. Qualité indus­trielle – uti­li­sée pour teindre les tis­sus
2. Qualité chi­mique – uti­li­sée dans les expé­riences de labo­ra­toire
3. Qualité phar­ma­ceu­tique – uti­li­sée pour trai­ter la méthé­mo­glo­bi­né­mie, les infec­tions des voies urinaires.

Quelle dose semble être effi­cace ?
La dose de bleu de méthy­lène cou­ram­ment uti­li­sée dans les essais cli­niques chez l’homme varie de 0,5 à 2 mg/​kg, ce qui pro­voque rare­ment des effets secondaires.

Bernard CHRISTIAN

Références :

Dr Laurent SCHWARTZ - Le bleu de méthylène

Dr Laurent SCHWARTZ :
Le bleu de méthylène

Roger PONCELET - Bleu de méthylène vérité censurée

Roger PONCELET
Bleu de méthy­lène, la véri­té censurée

Mark SLOAN - Le guide ultime du bleu de méthylène

Mark SLOAN
Le guide ultime du bleu de méthylène

A. Z HARRISSON - Protocole au bleu de Méthylène

A. Z HARRISSON
Le pro­to­cole au bleu de méthylène

1 commentaire

  1. Merci pour cette série des remèdes écar­tés qui m’in­té­resse beaucoup.

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