
Le général Gomart à Nice veut redéfinir les contours de l’Europe
L’exercice était périlleux :
• un militaire de haut rang — le général Christophe Gomart(1) — qui tient une conférence dans un amphi universitaire (l’IPAG à Nice(2)) sans se faire conspuer,
• un député européen LR venu plaider pour une autre Europe que celle de Bruxelles, où il est pourtant élu..
Coutumier des défis, l’ancien militaire s’en est très bien sorti, répondant à toutes les questions pendant une heure après son exposé.
Le budget militaire
La défense européenne, selon lui, ne peut pas fonctionner en tant qu’entité fusionnée. Le général Gomart propose que chaque pays développe sa propre armée nationale et que la coordination se fasse au niveau de l’état-major qui peut être européen. Il propose également que l’armement soit de fabrication européenne. La France dispose encore d’une industrie de l’armement efficace, mais pourrait se développer si tous les pays européens commandaient et achetaient européen. Ce qui est loin d’être le cas(3).
Il est impossible de rivaliser avec le budget militaire américain : 1 000 milliards de dollars, portés par Donald Trump à 1 500 milliards ; la France : 50 milliards, l’Europe : 350.
La France subit les coupes budgétaires de tous les gouvernements depuis 30 ans. « De mon temps » nous dit le général, la France disposaient de 1 300 chars Leclerc, aujourd’hui, c’est 220, dont une grosse part est immobilisée pour maintenance.
La France dispose de la dissuasion nucléaire qui lui procure un atout majeur. Le général déplore que beaucoup de pays préfèrent pourtant se placer sous la protection des armes nucléaires américaines(4).
Cybersécurité
Aujourd’hui la menace principale est numérique. Actuellement 15 000 satellites sont en orbite. On en compte 9 000 pour le seul système Starlink d’Elon Musk, 1 500 pour la Chine. L’Europe est là aussi très en retard, bien que la France reste une puissance capable de placer des satellites en orbite.
La France elle-même héberge des données militaires dans des centres de données américains. Notre sureté militaire est ainsi gravement compromise.
Les chiffres d’affaires de certains des Gafam(5) dépassent les budgets de pays européens.
Le nouvel élu à Bruxelles égratigne au passage Thierry Breton, ancien commissaire européen au Marché intérieur (2019−2024), qui n’a pas réussi à déployer la souveraineté numérique européenne qu’il avait pourtant annoncée. L’Europe reste une colonie numérique américaine.
Les États-Unis achètent de nombreuses « start-ups » françaises, écrasées par les bureaucraties française et européenne. Le conférencier déplore que la France et l’Europe sont asphyxiées par trop de lourdeur réglementaire, trop de bureaucratie.
Cependant la France arrive à maintenir 3 500 cyber-combattants.
Le conférencier plaide vigoureusement pour un « cloud » (cyberspace) européen.
Plaidoyer pour une nouvelle Europe
Plusieurs fois dans son intervention, et à l’occasion d’une question, le conférencier a plaidé pour la refonte de l’Europe de Bruxelles. Il fustige la règle : « Un pays, une voie », ce qui donne aux petits pays (Malte, pays baltes notamment) un pouvoir politique démesuré par rapport à leur poids économique.
Il faut une Europe qui préserve la souveraineté des pays. Christophe Gomart lance : « Une France forte dans une Europe unie. » L’Europe qu’il dessine pour les 30 années à venir doit partir de la souveraineté des nations : « Il faut une Europe qui préserve la souveraineté des nations », ajoute t‑il, tout en sous-entendant que le traité de Lisbonne a créé cette situation.
L’Europe de Bruxelles s’attache à agréger des pays épars, de plus en plus éloignés géographiquement et culturellement, alors qu’il faudrait au contraire rebâtir l’Europe sur un noyau restreint moins disparate, comme ce fut le cas avec le Marché commun et la CECA(6).
C’est pourquoi Christophe Gomart s’exprime contre l’intégration de l’Ukraine à l’Europe.
Nouvellement élu au Parlement européen, il déplore que les élus français sont souvent « recyclés » à Bruxelles après des échecs électoraux en France, tandis que les élus d’autres pays font souvent 3 mandats et finissent par bien connaître les rouages complexes de l’institution européenne.
La France, leader de l’Europe
Le général Gomart rappelle les atouts de la France, malgré son déclin : dissuasion nucléaire, armée affaiblie mais aguerrie et opérationnelle, industrie de l’armement, mais aussi le deuxième domaine maritime au monde, une culture et une histoire riches et enrichissantes.
Il faut réécrire le roman national et proscrivant la repentence. Les Français doivent se réarmer moralement.
Son idée directrice : « La France doit être un leader autonome dans une Europe coordinatrice et préservatrice des intérêts nationaux. » C’est ainsi que survivra la France. Notre riposte : la formation, la culture.
Le militaire lance un appel à la jeunesse ici présente : « Engagez vous ! » L’armée embauche sous une multitude de modalités et de métiers. C’est une institution stable et formatrice.
Épilogue :
À l’issue de cette intervention qui a impressionné un public très attentif, l’un des auditeurs, comme lui ancien officier du 13e RDP, vint voir le conférencier, également son ancien chef de corps, et lui dit : « Mon général, vous m’avez rassuré ». Tout est dit.
Le général Gomart est très attaché au 13e RDP, unité des Forces spéciales, où il servit comme lieutenant, chef d’équipe et chef de corps, avant de diriger les opérations spéciales (COS) de 2011 à 2013 et de prendre la Direction du Renseignement Militaire (DRM) de 2013 à 2017.
Il a quitté l’institution en tant que général de corps d’armée (promu en 2013).
Il est co-auteur d’un livre de témoignage sur les opérations spéciales : Soldat de l’ombre.
École de commerce située à Nice. Plus ici.
Achats confirmés et récents d’avions américains par les pays eurpéens (2023−2026) :
• Danemark : a commandé initialement 27 F‑35A (livraisons en cours depuis 2023), puis +16 supplémentaires annoncés en octobre 2025 → total 43 appareils. Les derniers F‑16 ont été retirés en janvier 2026. Ce qui n’empêche nullement les États-Unis de revendiquer ouvertement le Groenland.
• Belgique : commande initiale de 34 F‑35A (décision 2018, premiers livrés en 2025 à Florennes). +11 supplémentaires confirmés en juillet 2025 → total prévu jusqu’à 45.
• Allemagne : a commandé 35 F‑35A en 2022 (pour le partage nucléaire OTAN), avec des livraisons progressives. Discussions pour +15 supplémentaires en cours ou approuvées récemment (2025−2026).
• Grèce : Accord signé en juillet 2024 pour 20 F‑35A (potentiellement jusqu’à 40), avec livraisons prévues à partir de fin 2020s.
• République tchèque : Accord signé en janvier 2024 pour 24 F‑35A (remplacement des Gripen suédois), livraisons à venir.
• Pologne : Commande de 32 F‑35A approuvée en 2019–2020, avec livraisons démarrées récemment (premiers en 2024–2025), et soutien logistique approuvé en 2025.
Autres pays européens avec F‑35 (achats plus anciens mais livraisons récentes) :
• Finlande : 64 F‑35A commandés (2021), livraisons en cours (2025−2030).
• Pays-Bas : Augmentation à 52 F‑35A (décision 2022), livraisons continues.
• Norvège : 52 F‑35A, livraisons complétées en 2025.
• Italie : Augmentation de flotte en 2025 (total >70–80), centre de formation européen pour pilotes F‑35A.
• Royaume-Uni : Flotte mixte F‑35B (porte-avions), ajustements en 2025.
« Y a un problème ! » ![]()
Environ 100 à 150 bombes B61 sont réparties sur ces 6 pays d’Europe (chiffre non officiel, car classifié, mais consensus parmi les experts). Ce ne sont pas des missiles, mais des bombes larguées par avion (F‑35A, Tornado, F‑16 modernisés).
Pays européens concernés (début 2026, selon les estimations les plus récentes et fiables issues FAS, Bulletin of the Atomic Scientists, sources OTAN et think tanks) :
• Belgique : Base aérienne de Kleine Brogel (environ 10–20 bombes).
• Allemagne : Base aérienne de Büchel (environ 10–20 bombes).
• Italie : Bases d’Aviano et Ghedi Torre (environ 30–40 bombes au total).
• Pays-Bas : Base aérienne de Volkel (environ 10–20 bombes).
• Turquie : Base aérienne d’Incirlik (environ 20 bombes).
• Royaume-Uni : Retour récent (depuis 2025) à la base de RAF Lakenheath (environ 20–30 bombes estimées, après modernisation et préparation pour les F‑35A britanniques rejoignant la mission nucléaire OTAN).
GAFAM (apparu au milieu des années 2000 sous la forme GAFA) est un acronyme formé par l’initiale des cinq entreprises Google, Apple, Facebook , Amazon et Microsoft.
La CECA, ou Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, a été établie en avril 1951 pour favoriser la coopération économique et prévenir les conflits entre les nations européennes après la Seconde Guerre mondiale. Ce traité novateur, signé par six pays européens, a marqué les premiers pas vers une intégration européenne plus large.
Ayant été conclue pour une durée de cinquante ans et étant entré en vigueur le 23 juillet 1952, elle est arrivée à expiration le 23 juillet 2002.

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