« Extrême droite » : la martingale inoxydable

par | 25 avril 2022 | 5 Commentaires 

Martingale : méthode plus ou moins exacte, mise au point à par­tir de l’ob­ser­va­tion du rythme des gains et des pertes au jeu, et grâce à laquelle le joueur espère assu­rer ou accroître ses gains.

Est-ce que Mitterrand pensait que sa martingale mise en place pour se maintenir au Pouvoir fonctionnerait si bien encore 30 ans plus tard ?

Cette ana­lyse du Parisien de décembre 2015 reste d’une par­faite acui­té : Mitterrand et le bon usage du FN [source].

Affaiblir ses adver­saires pour se ren­for­cer. Trouver un moyen de les divi­ser. En fin stra­tège, François Mitterrand a eu recours à cette tac­tique en 1985, alors que sa cote de popu­la­ri­té était au plus bas. Pour dis­per­ser les forces de la droite, pour­quoi ne pas favo­ri­ser l’es­sor du Front natio­nal ? A l’é­poque, le mou­ve­ment d’ex­trême droite fon­dé par Jean-Marie Le Pen ne pèse qua­si­ment rien. Mais il appa­raît comme un moyen effi­cace de tour­men­ter la droite… Mitterrand agit à deux niveaux. Médiatiquement, il répond à la demande de Le Pen : ce der­nier s’est plaint à l’Élysée de ne pas pas­ser dans les émis­sions poli­tiques à la télé. Grand prince, le chef de l’État lance un appel au pluralisme !

Politiquement, cela va être l’in­tro­duc­tion du scru­tin pro­por­tion­nel pour les légis­la­tives de 1986. Ses par­ti­sans défendent la néces­si­té que toutes les cou­leurs poli­tiques soient repré­sen­tées à l’Assemblée. Sous l’ef­fet com­bi­né de cette média­ti­sa­tion et du chan­ge­ment de la loi élec­to­rale, le FN entre au par­le­ment en 1986, avec 35 dépu­tés, et limite la vic­toire de la droite, qui enrage. « Ça fait par­tie de la tac­tique élec­to­rale », expli­quait en 2011 l’an­cien ministre des Affaires étran­gères, Roland Dumas. Ce proche de Mitterrand avait alors admis que le chan­ge­ment de mode de scru­tin ne man­quait pas de cal­cul : « Il y avait la rai­son appa­rente et l’ar­rière-pen­sée, peut-être. Il n’y a rien de cri­ti­quable dans une démo­cra­tie que de per­mettre aux gens de s’ex­pri­mer… même si c’est tac­tique ! » Mitterrand n’a­vait sans doute pas ima­gi­né l’am­pleur future de cette force fron­tiste qu’il a contri­bué à créer.

@AvaDjamshidi

C’est mieux que cela : la martingale est héréditaire.

Tandis qu’elle est uti­li­sée par tous les poli­ti­ciens inféo­dés au Système oli­gar­chique : Chirac après Mitterrand, puis Hollande et Macron, elle passe de père en fille puisque Marine a pris la place de Jean-Marie. Trop fort !

Il faut recon­naître que le jeu est sub­til. Ii faut abso­lu­ment savoir jouer sur les anta­go­nismes et bien les maî­tri­ser : amour – haine, accé­lé­ra­teur – frein, chaud – froid. Un mau­vais dosage et tout s’ef­fondre. À l’i­mage de notre aimant ci-des­sus : le petit cube est atti­ré vers le bas par la force de la gra­vi­té et en même temps, il est repous­sé par la force magné­tique. La per­sonne qui tient l’ai­mant peut pro­lon­ger cette lévi­ta­tion ad vitam si elle contrôle le réglage et joue du men­songe. Les élec­teurs du Front National, puis du Rassemblement National, sont à l’i­mage de ce cube, tout proches mais isolés.

Pendant les mois de cam­pagne les médias et les poli­ti­ciens nous ont pré­sen­té une Marine Le Pen modé­rée, répu­bli­caine, voire fré­quen­table car il fal­lait qu’elle fût pré­sente au deuxième tour pour faire fonc­tion­ner la mar­tin­gale. Éric Zemmour s’est effor­cé de cas­ser ce stra­ta­gème, mais il s’est plu­tôt cas­sé les reins. Marine Le Pen a énor­mé­ment tra­vaillé pour affron­ter Macron lors de son duel télé­vi­sé, car elle est consciente que sa pres­ta­tion de 2017 fut catas­tro­phique. De fait elle a bien réci­té ses chiffres cette année et a fait bonne figure. Mais ce n’est pas assez pour séduire les indécis.

Les médias se sont déchaî­nés dans l’entre-deux-tours : « l’ex­trême droite » est de retour ! Il faut faire bar­rage à « l’ex­trême droite » raciste, xéno­phobe et sou­te­nue par Poutine le néo-nazi. Du reste c’est une banque russe, donc sale, qui finance le mou­ve­ment de Marie Le Pen. Macron lui-même l’as­sène.
La puis­sance média­tique est telle que les Français y croient alors que :
• Marine Le Pen fait ses meilleurs scores dans les ter­ri­toires d’Outer-Mer, et
• c’est Macron, le va-t-en guerre, qui sou­tient finan­ciè­re­ment et mili­tai­re­ment le régime nazi de Kiev en dehors de toute démarche légale.

Certains jour­na­listes consi­dèrent même que Marine Le Pen est une débile men­tale à laquelle on ne peut pas confier le bou­ton nucléaire (lire « L’Obs » : plus bête, tu meurs ! du 16 avril 2022).

Mais ça passe, y compris chez les électeurs « in-soumis »

Ceux-ci entrent objec­ti­ve­ment, fac­tuel­le­ment, his­to­ri­que­ment dans cette mani­gance et la per­pé­tue. C’est bien que cela leur convient, d’au­tant que les pro­grammes de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pré­sentent de nom­breux points com­muns. Un « pro­gramme com­mun » négo­cié eût été pos­sible. Mais non ! Les Insoumis font encore et encore « bar­rage à l’ex­trême droite ». Mais quelle « extrême droite » ? Ils doivent recon­naître leur rôle dans cette intrigue et assu­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés. Jean-Luc Mélenchon vise un autre des­tin : être le pre­mier ministre du Président Macron.

Le résul­tat est donc sans sur­prise. « C’est la hui­tième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen » se lamente Éric Zemmour qui n’a pas su — ou pas pu ? — bri­ser la mar­tin­gale, et n’a pas vou­lu ren­ver­ser la table.

Magritte Homme assis à une table

Magritte, Homme assis à une table

Les Français qui refusent de voir mou­rir la France, doivent d’ur­gence s’or­ga­ni­ser pour évi­ter la neu­vième fois.

Georges Gourdin

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Georges Gourdin

5 Commentaires 

  1. Sauf que MLP a dit que, bat­tue, elle ne se repré­sen­te­ra plus aux pré­si­den­tielles. Donc exit MLP. Reste Jordan Bardella qui prend du galon en plus de son assu­rance, de sa com­pé­tence et de son enga­ge­ment. Bien sûr il y a des fêlures à sa coquille comme par exemple d’a­voir accep­té d’être ser­vi lors d’é­lec­tions locales, par une mous­mé voi­lée. Mais le RN a de beaux jours devant lui. La qua­trième fois sera la bonne (17% en 2002, 31% en 2017, 41% en 2022). C’est inexo­rable, avec ou sans Reconquête. À dans cinq ans ! D’ici là, ser­­rons-nous les coudes en fai­sant tré­bu­cher dès que faire se peut, EM et JLM, ce der­nier étant deve­nu très dan­ge­reux du fait des étu­diants qui n’y connaissent rien à la poli­tique et des musul­mans qui sont de plus en plus nombreux.

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    • peut-être mais melen­chon c’est mieux que Macron ! faut savoir ce que vous vou­lez , vous êtes tous en pleurs a cause de votre sys­tème de vie médiocre créé par votre oli­gar­chie au pou­voir que vous avez doci­le­ment recon­duit pour 5 ans , tout ça a cause de votre divi­sion politique,car votre peuple est égoïste et Individuel c’est la rai­son de votre perte .,.des vaux comme disait De Gaulle ! alors aujourd’­hui vous avez éli­mi­né une ( extrême droite) comme on vous l’a si bien décrite dans les médias, mais a la place vous avez ins­tal­lé , la guerre, l’inflation,et encore beau­coup de mau­vaise sur­prise à venir.….. demain vous allez pleurer !

    • Réponse à Bon :
      Vous écri­vez : « melen­chon c’est mieux que Macron ! » Peut-être…
      Mais pour le moment vous avez élu Macron ! Et donc, grâce à Mélenchon, on va se taper 5 ans de Macron. Pas de Mélenchon.
      Merci qui ?

  2. C’est la fraude qui amène Micron au pou­voir en 2017 et 2022.

    Ils n’ont pas besoin du FN/​RN pour tru­quer le scru­tin, ça les aide juste à jus­ti­fier le score à la Saddam… 

    C’est moins voyant avec Le Pen c’est sûr, mais ils auraient fait pareil avec Merluchon le traitre.

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  3. Le RN sert d’idiot utile au sys­tème depuis des décen­nies. Si Marine Le Pen se repré­sente encore en 2027, c’est Mélenchon pré­sident à coup sûr (ou son suc­ces­seur à la tête de LFI) ! Effroi !

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