Les paysans sont mal ou pas défendus

28 jan­vier 2024 | 1 com­men­taire

Régis, notre lec­teur de Flandre dont nous avons publié récem­ment son « Soutien total aux pay­sans », nous fait par­ve­nir aujourd’­hui sa per­cep­tion vécue de « fils de pay­san ». Son ana­lyse est sévère :

Les paysans sont mal ou pas défendus

La FNSEA est à l’a­gri­cul­ture ce que le MEDEF est au patro­nat, une orga­ni­sa­tion offi­cielle puis­sante et proche du pou­voir en place. Elle se révèle par­fai­te­ment inté­grée dans l’idéologie mon­dia­liste libé­rale, dont l’expression la plus pure est repré­sen­tée par l’Union Européenne.

Mon père, en revanche, était un syn­di­ca­liste pay­san défen­seur de la petite exploi­ta­tion fami­liale. Par consé­quent contre la FNSEA de l’é­poque et contre le Crédit Agricole, lequel prê­tait plu­tôt aux pay­sans les plus aisés, et acces­soi­re­ment aux plus modestes pour mieux les étran­gler ensuite. C’était cou­rant dans la seconde moi­tié du siècle der­nier. Rien n’a vrai­ment changé !

Je me sou­viens d’une mani­fes­ta­tion de pay­sans fla­mands à laquelle mon père par­ti­ci­pait. Les mani­fes­tants avaient appor­té une citerne de purin en face de la per­ma­nence du dépu­té de Bergues. Puis diri­gé la puis­sante pompe vers sa vitrine, qui avait volé en éclat sous la pres­sion. La per­ma­nence avait été inon­dée de purin. Ils avaient ajou­té des tom­be­reaux de fumier dépo­sés à proxi­mi­té. Mon père n’é­tait pas un exci­té bavard. Toutefois il faut se méfier des tai­seux et des faux calmes, ce que sont sou­vent les paysans…et par­ti­cu­liè­re­ment les Flamands ! Toujours peut-être bien­tôt se méfier des mou­tons enra­gés ! « Ils » vont s’en rendre compte à Paris !

Plusieurs décen­nies plus tard, non, rien n’a vrai­ment changé.

« On marche sur la tête ! », expres­sion enten­due mille fois ces jours der­niers, sur tous les sujets de révolte. Je passe sur les tra­cas­se­ries admi­nis­tra­tives ubuesques impo­sées par Bruxelles et les sau­veurs de la pla­nète… pour ne par­ler que de la PAC dont tous les bords poli­tiques célèbrent les « bien­faits ». Comme si c’était un cadeau alors qu’il s’agit de notre propre argent. Nous don­nons chaque année 20 mil­lions d’euros à l’UE et nous rece­vons péni­ble­ment 12 en retour. Au pas­sage, pré­lè­ve­ment de quelques mil­lions pour payer les mil­liers de para­sites bruxellois !

Je vous par­lais en com­men­çant ce « coup de gueule » envers la FNSEA, qui vient de se réveiller. Comment faire confiance à cette orga­ni­sa­tion qui cogère la poli­tique agri­cole depuis des décen­nies ? Comment faire confiance à son pré­sident, pro­prié­taire de 700 hec­tares de céréales, admi­nis­tra­teur ou diri­geant d’une quin­zaine d’entreprises, direc­teur de la mul­ti­na­tio­nale Avril(1) (Lesieur, Puget, Matines…) :

Le pré­sident de la FNSEA a pro­mis récem­ment d’obtenir le retrait de l’augmentation des taxes sur le gazole non rou­tier (GNR), alors qu’il avait enté­ri­né cette hausse l’été der­nier, lors des négo­cia­tions avec le gou­ver­ne­ment sur le pro­jet de loi de finances !

Sous la pres­sion irré­sis­tible d’une base igno­rée, la FNSEA vient de publier un cata­logue de pro­po­si­tions, certes néces­saires, mais cette orga­ni­sa­tion ne s’attaquera jamais au cœur du pro­blème. Parce que la France a délé­gué ses déci­sions les plus stra­té­giques (dont la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire) à Bruxelles. Parce que, aujourd’hui, l’idéologie mon­dia­liste s’avère plus tota­li­taire que l’idéologie bol­che­vique. Il n’est que de s’intéresser à la mul­ti­pli­ca­tion des trai­tés de libre-échange avec nos plus dan­ge­reux concur­rents. On vou­drait rayer de la carte notre agri­cul­ture qu’on ne s’y pren­drait pas mieux ! À quoi a ser­vi, à quoi sert, à quoi ser­vi­ra la FNSEA ? Tant qu’on ne s’attaquera pas à ce cœur de réac­teur, non, rien vrai­ment ne chan­ge­ra. Je prends date !

Quant à ima­gi­ner que les pay­sans seront mieux défen­dus par les par­le­men­taires que par ce syn­di­cat jaune, jugez par vous-mêmes : plu­tôt que de cher­cher à remé­dier à la grande misère pay­sanne, nos dépu­tés viennent de se voter une aug­men­ta­tion men­suelle de 300 €, cor­res­pon­dant au reve­nu men­suel d’un tiers des pay­sans. Bravo pour la soli­da­ri­té, les artistes !

Régis

Q

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1 commentaire

  1. Les syn­di­cats ne vous char­ge­ront pas votre vie de tra­vail, ni d’au­cune sorte. Des ven­dus à l’Europe. Une soli­da­ri­té de vrais pay­sans est la solution.

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