Fragments d’Europe :
la Belgique dans l’œil du cyclone

Je suis né en Algérie fran­çaise le 22 jan­vier 1948. Après l’abandon de cette terre fran­çaise en 1962 par la France, j’ai été dépor­té dans ce pays, la France, que je ne connais­sais pas et qui, de toutes façons, ne vou­lait pas de moi comme elle ne vou­lait pas de ceux qui se nom­maient eux-mêmes des « Européens d’Algérie ».
Européen ori­gi­naire d’Algérie : c’est ma véri­table natio­na­li­té.
L’Algérie s’est auto­dé­truite après son « indé­pen­dance », qu’elle a été inca­pable d’assumer, lais­sant par­tir en lam­beaux le somp­tueux héri­tage fran­çais, aban­don­né sans contre­par­tie par nos gou­ver­nants d’alors aux isla­mistes du FLN alors qu’ils avaient été mili­tai­re­ment bat­tus.
Les res­sor­tis­sants « algé­riens » de cette enti­té qui n’existe plus ne rêvent, iro­nie de l’Histoire, que de rede­ve­nir « Français » en ten­tant de s’installer en France coûte que coûte, alors qu’ils ont été for­més pen­dant des décen­nies à la haine de la France.
L’Algérie n’existe plus mais elle n’a jamais exis­té, sinon d’une manière rési­duelle (le reli­quat atlante), avant l’arrivée des pre­miers Européens… qui étaient Romains. De très belles ruines romaines sont encore là pour en témoi­gner.
Reste l’Europe des Européens qui ne s’est, elle, pas encore construite puisqu’elle a pas­sé la plus grande par­tie de sa fabu­leuse his­toire à se cha­mailler avec ses voi­sins.
L’Europe dite « de Bruxelles » est une créa­tion arti­fi­cielle, un détour­ne­ment d’identité éla­bo­ré par la CIA, une puis­sante offi­cine mon­dia­liste qui agis­sait – et qui agit tou­jours – pour le compte des supré­ma­cistes Américains et d’entités glo­ba­le­ment étran­gères et farou­che­ment hos­tiles à l’Europe, la véri­table Europe des peuples, qu’elles veulent tout bon­ne­ment voir dis­pa­raître au plus vite.
Mes ancêtres sont ori­gi­naires de deux civi­li­sa­tions euro­péennes : celle du Nord et celle du Sud.
Ils sont belges et espa­gnols. Un bel héri­tage authen­ti­que­ment euro­péen, à la croi­sée des che­mins, que j’assume pleinement.

Cet article sera décom­po­sé – et déli­vré – en trois par­ties :
I : Retour aux sources, la nos­tal­gie de l’Europe (ci-des­sous)
II : La Belgique tra­di­tion­nelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ? (dans une pro­chaine édi­tion)
III : Quelles pistes pour une renais­sance euro­péenne ? (dans une pro­chaine édition)

Partie I : Retour aux sources, la nostalgie de l’Europe

C’était en 1973 ou 1974 ; un peu avant mon mariage avec ma com­pagne fla­mande dont j’eus ensuite deux fils ; mon père décou­vrait pour la pre­mière fois la terre de ses ancêtres ; il était assis à l’avant, à mes côtés dans ma voi­ture, et nous pas­sions devant l’enseigne d’un conces­sion­naire auto­mo­bile dont le nom s’étalait en grandes lettres majus­cules de néon sur la façade : BLAIRON ; mon père vou­lait que je fasse demi-tour pour aller saluer le gara­giste car il le pen­sait appar­te­nir à notre famille ; j’eus beau­coup de mal à le convaincre qu’ici, en Belgique, et plus encore à Binche ou à Mons – je ne sais plus si nous étions à Binche ou à Mons – les Blairon étaient légion.
Lui, mon père, était aus­si gara­giste, le seul gara­giste du nom de Blairon de toute l’Algérie. Et tous les Blairon qui ont vécu sur cette terre aimée, bafouée et meur­trie, étaient les seuls repré­sen­tants de notre famille ; nous étions tous cou­sins.
Ce mot « légion » m’est venu tout natu­rel­le­ment à l’esprit ; la famille Blairon, par­mi les plus anciennes de l’Algérie fran­çaise, des­cen­dait d’un Belge enga­gé dans la Légion étran­gère en 1831, à la date même de la créa­tion de ce corps d’élite. Ce légion­naire était ori­gi­naire de Binche.
Un membre de notre famille, il y a main­te­nant plus de cent ans, en 1925, avait retrou­vé l’une de nos ancêtres belges en la per­sonne de sœur Marie-Eulalie, qui avait écrit une lettre fort tou­chante à l’époque à notre parente ora­naise, Jeanne ; cette reli­gieuse fai­sait vrai­sem­bla­ble­ment par­tie du couvent Saint-Jacques à Roeulx en Belgique dont j’ai retrou­vé une ancienne carte pos­tale. L’adresse men­tion­née par sœur Marie-Eulalie comme rési­dence de notre famille d’origine en Belgique existe tou­jours : 55, ave­nue Wanderpepen à Binche ; je n’ai pas véri­fié si c’était tou­jours des Blairon qui habi­taient à cette adresse.

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L’Algérie, au débar­que­ment des Français, était une terre aride ou maré­ca­geuse, peu­plée à l’époque par les Kabyles, sou­vent mâti­nés de Vandales (d’où les fameux ber­bères blonds aux yeux bleus) et de Romains, tel Saint Augustin, un Européen d’Algérie, lui aus­si, mais d’une autre époque, Romain d’origine né à Souk Arhas en 354 d’un père païen et d’une mère chré­tienne.
Les Kabyles étaient, en remon­tant bien plus loin dans le pas­sé, un peuple ves­tige de l’Atlantide(1) ; repous­sés par l’invasion arabe, ils vivaient dans les mon­tagnes ; ces mêmes tri­bus arabes, qui avaient enva­hi leur contrée, en lutte per­pé­tuelle entre elles, étaient dis­sé­mi­nées sur le ter­ri­toire de l’Afrique du Nord.
C’est en 1830 que les Français, man­da­tés par les nations euro­péennes, lasses de subir les raz­zias d’esclaves et de mar­chan­dises per­pé­trées par les pirates bar­ba­resques qui écu­maient la Méditerranée à par­tir des côtes de cette terre, l’Algérie, qui n’avait pas encore de nom, déci­dèrent de mettre fin à leurs exac­tions(2) en débar­quant à Alger.
Ce ne sont pas les Français d’Algérie qui, à l’origine, n’étaient pas tous Français, loin de là, qui ont inven­té le terme de Pieds-Noirs. Les Français d’Algérie, ain­si que les repré­sen­tants des autres nations euro­péennes qui se sont ins­tal­lés en Algérie deve­nue fran­çaise se nom­maient eux-mêmes : Européens d’Algérie.

De l’autre côté de ma famille, je suis espa­gnol, et tout aus­si fier de l’être que d’être belge.
Ma mère était issue d’une famille de la région de Murcia ou d’Elche.
C’est sans doute pour cette rai­son que je me suis arrê­té à l’aller et au retour de mon périple outre-Quiévrain, à Dijon, capi­tale de la Bourgogne, une région qui a un lien fort avec la Flandre, ne serait-ce que par l’accession au pou­voir de l’illustre Carlos Quinto, Charles Quint, natif de Gand, roi des Espagnes, qui fut, entre autres titres, duc de Bourgogne et aus­si empe­reur romain germanique.

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La nos­tal­gie de l’Europe

J’aime à pen­ser que l’Europe que nous appe­lons de nos vœux serait née, sym­bo­li­que­ment, en 1830 (tiens, comme la Belgique !) par cette volon­té com­mune des peuples euro­péens d’intervenir contre un enne­mi com­mun, dans cette contrée qui devien­dra l’Algérie ; pour qu’enfin, elle cesse de se déchi­rer, il fal­lait d’abord que l’Europe s’exile, qu’elle fasse son voyage inté­rieur, comme tous les êtres en quête de spi­ri­tua­li­té, qu’elle se regarde de loin, de l’autre côté de la mer Méditerranée, cette Mère qui a fait naître nombre de peuples-racines euro­péens dont le génie inven­tif et l’esprit de décou­verte ont stu­pé­fié, mais aus­si sub­ju­gué, le monde.
Pourquoi croyez-vous que tant de braves aient sacri­fié leur vie à l’Algérie fran­çaise s’ils n’avaient pas per­çu, ne serait-ce qu’intuitivement, cette vision par­ti­cu­lière de l’Histoire du Monde dont ils savaient être porteurs ?
Dominique Venner ne s’y était pas trom­pé : « Qu’est-ce que l’Europe ? » deman­de­ra-t-il plus tard, « la réponse n’est pas si simple. Mieux encore, : qu’est-ce qu’un Européen ? Dans un essai sur ʺL’Art du roman ʺ, Milan Kundera a sug­gé­ré une défi­ni­tion magni­fique dans sa briè­ve­té. Un Européen, dit-il, est celui qui a la nos­tal­gie de l’Europe. Tout est dit ou presque. Nostalgie nous vient du grec ʺnos­tosʺ qui signi­fie ʺre­tourʺ, mot char­gé depuis Nietzsche d’un sens à longue portée.
L’Europe, dont les Européens éprouvent la nos­tal­gie(3), leur vient de la mémoire trans­fi­gu­rée par la légende. Cette Europe-là ne sau­rait se confondre avec les formes incer­taines aux­quelles son nom se trouve aujourd’hui asso­cié et, pour­tant, même dans les lieux les moins pro­pices, il arrive que souffle l’esprit. »

Pierre-Émile Blairon

À suivre :
II : La Belgique tra­di­tion­nelle résiste-t-elle à l’uniformisation wokiste ?

Les articles du même auteur

Pierre-Émile Blairon

Voir à ce sujet l’excellent livre de notre ami belge Jacques Gossart, de l’association Kadath, paru en 1986 aux édi­tions Robert Laffont, dans la célèbre col­lec­tion, Les énigmes de l’univers : Les Atlantes, hier et aujourd’hui
Jacques Gossart - Les Atlantes hier aujourd-hui

J’ai consa­cré de nom­breux articles à cet épi­sode his­to­rique, à la vie de l’Algérie fran­çaise qui s’en est sui­vie, et à la tra­gé­die finale qui a signé le départ des Européens d’Algérie dans des condi­tions épou­van­tables pour retour­ner dans leur Mère-patrie, la plu­part choi­sis­sant mal­adroi­te­ment la France qui ne les a jamais aimés parce qu’elle est res­tée glo­ba­le­ment la France des pseu­do-révo­lu­tion­naires bour­geois de 1789.
Pour mémoire :Deferre pied-noir

Je me sou­viens d’un slo­gan du mou­ve­ment Ordre nou­veau, lan­cé à la fin des années 60, slo­gan qui fut inven­té, je crois, par le MSI : Nostalgie de l’avenir

Pierre-Émile Blairon a éga­le­ment publié :