
À qui l’intervention militaire des États-Unis au Nigeria profite-t-elle ?
Alors que tous les médias se penchent avec effervescence surl’intervention américaine au Venezuela, Jean-Michel Lavoizard nous rappelle que Trump a également lancé une opération militaire au Nigeria.
Depuis Noël, l’armée états-unienne a commencé à bombarder des positions occupées par des militants de l’État islamique (EI) au nord-ouest du Nigeria(1). Face à une « Conquista islamiste » qui déferle du Sahel vers les côtes du Golfe de Guinée, la défense des Chrétiens parmi les plus persécutés de notre époque(2) est au cœur de calculs géopolitiques et de querelles idéologiques.
Guerre génocidaire de civilisation sous couvert de religion, ce drame, dénoncé publiquement depuis plus de dix ans(3), reste largement occulté. À qui cette intervention est-elle utile ?
Un contexte propice à l’embrasement intercommunautaire
Les tensions intercommunautaires sont croissantes au Nigeria surpeuplé (deux-cent-trente-millions d’habitants) comme ailleurs en Afrique, dont la population majoritairement jeune et entassée dans des villes insalubres, a dépassé le seuil de tolérance démographique(4) avec un milliard et demi d’habitants – contre cent millions en 1900.
Seuls quelques griots(5) et influenceurs de la diaspora africaine privilégiée, déconnectés des réalités de leur continent d’origine, prétendent que l’Afrique souffrirait au contraire d’un déficit démographique au regard des immenses territoires non peuplés. Sur place, l’insécurité juridique et la précarité économique, la promiscuité et la pression foncière, le manque d’accès aux soins et aux ressources de première nécessité, rendent la cohabitation insupportable.
Cause première dont nous avons témoigné ici(6), la mauvaise gouvernance généralisée ne fait qu’empirer, à la faveur d’une croissance quantitative non partagée. Elle est
• camouflée par des discours afro-optimistes et panafricanistes ;
• encouragée par une communauté internationale complaisante ;
• ignorée par les médias soumis et contrôlés.
Le mythe de la croissance positive de l’Afrique masque une gigantesque bulle ; l’illusion d’un développement solidaire et soutenable est une fraude internationale, dont les dirigeants locaux sont les manipulateurs schizophrènes ; leurs partenaires étrangers, des complices profiteurs.
Les défaillances publiques causent une précarité explosive (santé, éducation, sécurité multiforme) ; la prédation systémique et la corruption endémique entretiennent un environnement des affaires dissuasif, obstacle à un véritable développement humain. Les organisations internationales mentent pour se justifier, mais le secteur privé et la société civile connaissent et subissent cette réalité.
Alors que Chrétiens et Musulmans vivaient en bonne entente en Afrique de l’Ouest, les islamistes de toutes tendances profitent des carences institutionnelles pour s’étendre.
Ils imposent violemment leur interprétation archaïque de la Charia aux Musulmans modérés qu’ils jugent tièdes et pervertis ; aux Animistes et aux Chrétiens, qu’ils déclarent infidèles.
C’est ainsi qu’une zone-sanctuaire sahélienne longue de quatre mille kilomètres s’est constituée, du nord du Nigeria à la Mauritanie. Elle relie des groupes islamistes davantage crapuleux que religieux, trafiquants plus que croyants, inconciliables et rivaux mais alliés de circonstance face à leurs ennemis communs, gouvernements locaux et leurs partenaires étrangers.
Or, pour lutter efficacement, les États concernés manquent de volonté, non de capacité ; d’engagement, non de puissance ; de coopération, non de compétence. Ils font partie du problème, non de sa solution.
De récents signaux forts encouragent les islamistes à déstabiliser la région : désintégration du « G5 Sahel »(7) et de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ; création d’une « Alliance des États du Sahel » dissidente ; remise en cause des influences et des accords étrangers, dont l’effacement de la France, par suicide politico-diplomatique(8). Des puissances étrangères comblent le vide économique et sécuritaire, sans ingérence politique : Russie, États du Golfe, Brésil, pays européens et africains. Ou renforcent leurs positions : Chine, Inde, Turquie, pays asiatiques.
Des raisons de politique intérieure et extérieure à l’intervention états-unienne
C’est dans ce contexte de redistribution des cartes géopolitiques, que les États-Unis profitent de la confusion générale pour renforcer leur position.
Par cohérence, le président Trump doit donner des gages de fidélité aux valeurs de son électorat chrétien. Son engagement est dénoncé par ses opposants, compatriotes, mais également européens, dirigeants nationaux et eurocrates mondialistes, christianophobes et islamophiles, chantres d’un droits-de‑l’hommisme sélectif. « Silence, on tue ! ». Sous prétexte de désaccord, l’abandon volontaire européen des Chrétiens du Nigeria, dont le drame spécifique est nié ou banalisé, répond ainsi par une manipulation idéologique cynique et injuste, à une logique politique agissante et juste.
L’administration wokiste Biden conditionnait l’aide au ralliement des « partenaires africains » aux contre-valeurs LGBTQ+, insultes aux cultures traditionnelles africaines(9). Aussitôt réélu, le conservateur Trump a mis fin au chantage idéologique et coûteux des agences et des programmes de développement, à commencer par la puissante USAID, dont l’Agence française de développement (AFD) est une pâle mais fidèle copie. Le discours mondialo-gauchiste et anti-Trump primaire, répandu en France, prétend que la seule fermeture des programmes de santé de l’USAID causera directement treize millions de morts en Afrique. L’incompétence et la mauvaise foi se mettent au service de l’idéologie.
Face à la Chine et à la Russie, leurs seuls vrais rivaux — les autres sont leurs alliés ou leurs vassaux —, les États-Unis étaient déjà influents au travers de mécanismes économiques et financiers bilatéraux (« African Growth and Opportunity Act » – AGOA, « Millenium Challenge Corporation » – MCC) et de programmes de partenariat. Les opérations militaires en cours contre une menace transfrontalière, conjointes avec les forces armées nigérianes, permettent aux États-Unis de s’affirmer comme principale puissance étrangère tutélaire en Afrique, en appui direct du géant Nigeria, allié anglophone de poids à l’ONU aux ambitions de puissance continentale, à l’étroit au sein de la CEDEAO régionale.
Ainsi, le sort local des Chrétiens du Nigeria, interposé entre urgence humanitaire, affrontement idéologique et stratégie politique, est l’objet d’un enjeu international qui les dépasse, dont ils font les frais. Si le principe d’une intervention militaire est préférable à l’indifférence et à l’inaction, on peut toutefois douter de l’efficacité de missiles tirés depuis un bâtiment de guerre lointain. Neutraliser cet ennemi asymétrique diffus qui tient la population locale en otage, nécessite l’occupation et le contrôle durable du terrain par des forces conventionnelles lourdes, accompagnées de forces spéciales aguerries.
C’est l’occasion d’une mobilisation générale sous forme de coalition internationale, de guerriers et non de « soldats de la paix » onusiens, contre une menace internationale qui s’étend sur la planète. Ce serait une juste résolution pour la nouvelle année ; un vœu pieux ?
Les États-Unis disent avoir frappé des militants de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria [source]
Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2025 [source]
Croissance démographique insoutenable : le nombre d’or à la rescousse ?
L’entassement humain pose la question du « dépassement du seuil de tolérance »…
par Jean-Michel Lavoizard le 11 août 2019
Un griot est une figure culturelle d’Afrique de l’Ouest, un conteur, musicien et historien oral qui transmet les traditions et l’histoire de son peuple, souvent par héritage familial.
Lire dans nos colonnes : Putsch au Burkina Faso : au-delà du rejet de la France, les printemps africains avancent du 14 octobre 2022
Implosion politique du G5 Sahel, explosion colérique contre la France : la faute à Wagner ?
par Jean-Michel Lavoizard, le 17 mai 2022
Lire dans nos colonnes : Offensive wokiste en Afrique : de la tradition à la judiciarisation du 4 juillet 2024



Monsieur Lavoizard,
J’ai lu avec attention votre article très intéressant. Merci !
Cet article interpelle mon questionnement quant aux intérêts, à la place et au rôle de la France dans cet échiquier mondial multicouches…
Peut t’on citer une nation qui après avoir conquis militairement un territoire à su dans la durée, civilement,
- l’occuper territorialement,
- participer à l’apprentissage et à l’utilisation d’un langage commun.
- animer ses populations autochtones ou immigrées en créant et exploitant des filières de valorisations locales,
- l’administrer et le gérer pour garantir un cadre et des conditions de vie profitables à tous et acceptables par tous, mais aussi pour favoriser un développement collectif aux profits partagés
- éduquer les populations pour construire une culture de la citoyenneté, qui complète une identité locale
- construire un sentiment d’appartenance à un groupe humain, sous-jacent à l’éclosion dans l’imaginaire de chacun, du concept de destin commun apaisé et partagé.…régional ou national.
???
N’était ce pas la France, qui avec son histoire Algérienne, avait tenté de jouer ce rôle, avec cependant tous les obstacles, désagréments, biais culturels et de modes, biais protocolaires et de méthode qui étaient liés à cette époque où même dans la bourgeoisie parisienne une forme d’esclavage par la domestication d’employés (blancs, maghrébins ou noirs) mal considérés et corvéables à merci était considérée comme normale ?
L’Allemagne de l’Ouest, dans un autre contexte, n’a t’elle pas bien plus tard, remarquablement ré-intégré et développé l’Allemagne de l’Est ?..
Ainsi, l’histoire de deux pays Européens nous a montré qu’on savait construire, animer et développer des pays avec du travail et des compétences d’immigrés (Européens), en les combinant avec des ressources locales et des capacités de formation, d’emploi et d’encadrement des populations locales…
Est ce que la France sait encore le faire ?… dans les domaines prioritaires dont ont besoin les Africains.
Bien sûr L’époque et les mœurs contemporains, et l’expérience de nos abus passés obligeraient simplement de changer les règles de partage des investissements et de partage des profits…
Or, parmi les géants prédateurs actuels (USA, Chine, Russie, et en second plan : Turquie, Inde, EAU, Arabie Saoudite, Qatar), quels sont ceux qui ont durablement occupé civilement et su développé et construire des territoires qui n’étaient pas leurs voisins directs ? Ces prédateurs sont s’ils disposés à changer les règles de partage ? J’en doute !…
Le grand schisme actuel n’est t’il pas entre :
- D’un côté des organisations mafieuses, sans règles, institutionnalisés (par des institutions supra-nationales corrompues), prédatrices, qui ne grossissent que par le rapport de force et d’influence et qui profitent sans délai de la fragilité de ses adversaires ou même de ses soit disant proches partenaires, pour les vassaliser et les dépouiller , voire les désintégrer ou les absorber de force… ?
Et d’un autre côté des organisations démocratiques qui s’entraident et qui, à défaut de profiter de la fragilité d’un partenaire, le soutiennent le temps qu’il revienne à un niveau d’autonomie et de suffisance souhaité et garanti par l’ensemble des partenaires ?
Comment alors, dans le contexte actuel ou la grande majorité de la population africaine est « en état de survie et de fragilité » contrer l’appétit de prédateurs géants affamés de matières premières, impatients, belliqueux, qui veulent tout pour eux et le plus vite possible ?
Pour lutter contre ces géants, contre ces gangs prédateurs institutionnalisés, votre vœux pieux doit t’il être interprété comme la volonté de créer une armée de chevaliers humanistes dont le niveau de violence et de très probable létalité s’avèrerait être proportionnel à la douceur du type la civilisation qu’il défend ?… Une forme de « croisés » extrêmement forts qui protègent des populations extrêmement douces et dociles, apaisées et qui partagent les ressources et le profits en bonne intelligence, et se soutiennent mutuellement ?
D’ores et déjà, Merci pour vos éventuels commentaires