Modelé avec mon pouce

7 décembre 2021 | 1 com­men­taire

Cagnes-sur Mer, capitale du bijou contemporain, mais ne comptant pas pour rien

Cagnes-sur-Mer s’e­nor­gueillit d’a­voir le seul musée du bijou contem­po­rain en Europe. Cocorico ! Selon son Maire, Louis Nègre : « Nous avons une col­lec­tion unique en France, voire en Europe, sur laquelle nous tra­vaillons depuis trente ans. Quand je suis aux ver­nis­sages, je vois des gens qui ont fait 10 000 km pour venir voir un ver­nis­sage chez moi, à Cagnes ! Tout le monde n’a pas accès à l’art contem­po­rain ».

Je doute que beau­coup de Cagnois, gens qui ne sont rien, béo­tiens incultes, se soient inté­res­sés à cette col­lec­tion, pour­tant à leur porte, place du châ­teau Grimaldi. Cagnes-sur Mer - Bijou contemporain

Combien, d’ailleurs sont-ils déjà allés au MAMAC de Nice ? L’art concep­tuel contem­po­rain ne valant que par sa côte « en bourse », tous les ans à la FIAC. Tout le monde s’ac­corde à dire que… c’est moche.

C’est donc pour enri­chir (doux euphé­misme) sa col­lec­tion, que son Conseil muni­ci­pal est invi­té à vali­der l’ac­qui­si­tion de ce bijou contem­po­rain, un mode­lé du pouce de son artiste Gerd Rothmann. Ce der­nier, 80 ans, dans un élan de géné­ro­si­té a fait aux cagnois un « prix musée », 4 500 euros, selon le maire.

Cagnes-sur Mer - Bijou contemporain - Gerd Rothman - Modelé pouce

Bijou contem­po­rain
Proposition d’ac­qui­si­tion
Gerd Rothmann
Collier en argent et prig­ment – 2021
« Modelé avec mon pouce »

Quelle bonne affaire, alors !

En ce Conseil muni­ci­pal, son oppo­si­tion inter­vient pour ten­ter de sau­ver les meubles :

Mme Utrago : « Connaissant énor­mé­ment d’ar­tistes, je peux vous dire que lors­qu’ils demandent à faire une expo­si­tion, ils vont voir les voi­sins, c’est-à-dire Saint-Paul-de-Vence ou Villeneuve-Loubet. Savez vous qu’il y a de grands artistes à Cagnes-sur-Mer qui sont cagnois ? »

M. Lebon : « Je vous avoue que je suis très inquiet. Un musée, c’est une col­lec­tion, donc c’est un grand nombre d’ob­jets. Quand on monte une col­lec­tion d’ou­tils du ter­roir ou je ne sais quoi, les élé­ments de la col­lec­tion ne sont pas coû­teux, alors que là par défi­ni­tion, les bijoux, c’est très cher. Ensuite, art contem­po­rain : comme cha­cun sait, l’art contem­po­rain, ce n’est pas l’art comp­tant pour rien. Là aus­si, c’est très cher. Donc, si on veut avoir un musée du bijou contem­po­rain, cela veut dire qu’il va fal­loir enga­ger des dépenses nom­breuses et impor­tantes, et on en a un exemple aujourd’­hui. » Puis mon­sieur Lebon conti­nue : « Je me suis inté­res­sé à ce Gerd Rothmann, cet artiste qui est mon­dia­le­ment connu, n’a même pas un nom sur Wikipédia. Beaucoup de gens sont sur Wikipédia, vous, Monsieur le Maire, vous y êtes. Je m’in­té­resse donc un peu plus à son œuvre, et je vous lis : « Son approche est très simple, mais relève en même temps du génie ». Son génie consiste à lais­ser ses empreintes digi­tales sur quelques objets, de l’or, de l’argent, je ne sais quoi. Beaucoup d’entre nous ici sont parents, on se rap­pelle tous avoir vu son petit reve­nir de la mater­nelle avec une pote­rie et ses empreintes des­sus. Sans doute que les ins­ti­tu­trices de mater­nelle sont des génies aus­si. »

S’ensuit cet échange crous­tillant, en Conseil muni­ci­pal, sous le contrôle du maire qui aime à l’en­vi pré­sen­ter sa ges­tion des finances publiques « En bon père de famille » :
M. Perez : « Monsieur Constant, j’ai­me­rais savoir si vous, per­son­nel­le­ment, vous ache­tez un col­lier de ce genre à 4 500 € ?»
M. Constant : « Absolument. »
M. Perez : « Je vous en féli­cite !»
M. Constant : « Et Mme Corbinais à qui je l’of­fri­rais serait abso­lu­ment ravie de le por­ter. »
M. Perez : « J’attends de le voir avec impa­tience. »
M. Constant : « Si vous veniez un peu plus sou­vent aux ver­nis­sages… Je porte moi-même des bijoux contem­po­rains que j’ai ache­tés à des artistes. »

Et ce n’est pas fini. Fort de son suc­cès inter­na­tio­nal en matière de bijou contem­po­rain, la ville va aug­men­ter la sur­face d’exposition.

M. Constant : « Encore une très bonne nou­velle. Nous avons petit à petit récu­pé­ré tout l’es­pace autour de cette tour Margot et de la mai­son Solidor. »
Monsieur le maire, Louis Nègre : « Nous avons là une vision sur le moyen terme, puisque nous allons nous enga­ger à tra­vers cet achat. 360 000 €. Nous allons pou­voir étendre le musée contem­po­rain, reprendre toute son ins­tal­la­tion, faire 100 m² de plus, et avec la requa­li­fi­ca­tion de ce musée qui est unique en Europe, nous allons obte­nir éga­le­ment la label­li­sa­tion « Musée » par le minis­tère de la Culture. Cela va entraî­ner des contraintes, mais nous obtien­drons le label « Musée ». C’est dire que notre tra­vail est recon­nu au plus haut niveau par le minis­tère de la Culture. »

Cagnes-sur-Mer, ce n’est pas que du béton, il y a aus­si le sup­plé­ment d’âme contem­po­rain. Les Cagnois seront ravis de la ges­tion en bon père de famille de leur maire.

Michel Lebon

1 commentaire

  1. Les gueux impo­sables et contri­buables seront ravis de ces déci­sions qui consistent à dila­pi­der de l’argent public au nom de l’art contem­po­rain…
    La folie des gran­deurs dans toute sa splen­deur, fau­drait rap­pe­ler au maire que l’argent ne coule pas du pis de la vache à lait…
    Le bijou mode­lé avec le pouce, j’a­dore… le pro­chain sera rou­lé sous les ais­selles ???
    Le Père Noël est une ordure, non le maire de Cagnes est une ordure !

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