Projet de force anti-putsch en Afrique : une avancée démocratique ?

Ce 28 juillet 2022, à l’occasion de la visite du pré­sident Macron en Afrique de l’ouest(1), le pré­sident de la Guinée Bissau, Mokhtar Sissoco Embaló, éga­le­ment pré­sident en exer­cice de la Communauté éco­no­mique des États d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), a annon­cé la créa­tion d’une force anti-putsch(2). « Cette enti­té va per­mettre à tout le monde de com­prendre que nous sommes au XXIe siècle et qu’il est inad­mis­sible et inac­cep­table de faire des coups d’État », a‑t-il décla­ré. Ce pro­jet régio­nal, pré­sen­té comme « déjà sur la table », s’il se réa­lise, sera une pre­mière mon­diale dans le mul­ti­vers poli­tique des régimes dits démocratiques.

Saluant cette ini­tia­tive, le pré­sident de la France a décla­ré que « c’est un ins­tru­ment extrê­me­ment effi­cace pour lut­ter contre les désta­bi­li­sa­tions qu’on a vues flé­chir dans la région où des groupes mili­taires ont exploi­té, par­fois, l’affaiblissement de l’État pour prendre le Pouvoir. Voilà ce qui est atten­du de la CEDEAO ». Diantre ! le vibrion­nant acti­viste mon­dia­lo-pro­gres­siste connai­trait-il des exemples incon­nus de l’ignorant vul­gum pecus, de forces anti-putsch qui, de sur­croit, auraient démon­tré leur « extrême effi­ca­ci­té » ? Aurait-il, seul, le pré­sage d’une force annon­cée dont on ne connait pas encore le sta­tut ni les objec­tifs, les moda­li­tés ni les moyens ? « atten­du de la CEDEAO » : S’exprime-t-il à titre per­son­nel, natio­nal, ou au nom de l’Union euro­péenne, qu’il ne pré­side plus ?

La France réaf­firme son rôle dans la région « au ser­vice d’États sou­ve­rains légi­times. Car nous consi­dé­rons que notre rôle est d’aider à réus­sir cette bataille contre le ter­ro­risme et à per­mettre le déve­lop­pe­ment stable et la for­ma­tion de la jeu­nesse dans cette par­tie du conti­nent afri­cain ». Quel amal­game confus et réduc­teur entre des termes dont le lien de cor­ré­la­tion n’atteste aucu­ne­ment celui de leur cau­sa­li­té, mais dont on com­prend que le mot clé, sacré, est « sta­bi­li­té ». Coûte que coûte, pour­rait-on ajou­ter, habi­tués aux contraintes de vie et aux pri­va­tions de liber­té que le pro­vi­den­tia­lisme d’État nous impose au nom de situa­tions excep­tion­nelles pré­sen­tées comme des guerres, pour jus­ti­fier des régimes d’exception qui deviennent la règle.

Ce modèle auto­ri­taire ne peut que plaire à des diri­geants afri­cains en quête per­ma­nente de méca­nismes d’imposition de leur auto­ri­té contes­tée, bases légales de pou­voirs crois­sants et abso­lus face à des socié­tés civiles et à des acteurs exté­rieurs qu’ils ne mai­trisent plus. Car, à quelles réa­li­tés afri­caines répond ce besoin d’une nou­velle « force de l’ordre » à l’échelle régionale ?

Le phé­no­mène visé est le putsch (« action de pous­ser », en alle­mand), ren­ver­se­ment bru­tal de l’intérieur et confis­ca­tion du Pouvoir par une junte mili­taire. L’Histoire afri­caine moderne est émaillée de putschs san­glants issus d’ambitions rivales, par­fois fomen­tés et sou­te­nus poli­ti­que­ment et maté­riel­le­ment par des puis­sances étran­gères. Or, les ren­ver­se­ments récents en Afrique de l’ouest, au Mali (août 2020), en Guinée Conakry (sep­tembre 2021), au Burkina Faso (jan­vier 2022), se dis­tinguent par des moti­va­tions endo­gènes liées à la mau­vaise gou­ver­nance publique (défaillance, pré­da­tion) ; par leur exé­cu­tion pra­tique (pré­pa­ra­tion, dégâts et nombre de vic­times limi­tés, res­pon­sables épar­gnés) ; par le sou­tien mas­sif de popu­la­tions déses­pé­rées (cor­rup­tion endé­mique, incom­pé­tence sys­té­mique) ; par leur pro­jet alter­na­tif (tran­si­tion poli­tique, relance éco­no­mique). Ces ren­ver­se­ments sont consi­dé­rés comme la voie ultime de recours pour mettre fin à une situa­tion into­lé­rable, sans issue légale.

Il ne s’agit pas ici d’approuver des insur­rec­tions, mais d’en expli­quer les causes pour en envi­sa­ger les modes de pré­ven­tion. Pour que les gou­ver­ne­ments concer­nés et leurs par­te­naires étran­gers, dont la France, prennent davan­tage en compte la situa­tion réelle des popu­la­tions et des forces armées qui en sont issues. Celles-ci consi­dèrent éga­le­ment « qu’au XXIe siècle, il y a des choses inad­mis­sibles et inac­cep­tables » de la part d’États rede­vables. Au risque, en déses­poir de cause, de pro­vo­quer des coups d’éclat et de sus­ci­ter des « forces anti mau­vaise gou­ver­nance » spontanées.

Pour que la force anti-putsch envi­sa­gée ne soit pas per­çue comme un ins­tru­ment insup­por­table de répres­sion, à effet boo­me­rang contre­pro­duc­tif. Car, ce qui donne sa force à un régime poli­tique, ce n’est pas tant sa légi­ti­mi­té élec­to­rale, que la réa­li­sa­tion de son contrat social.

Jean-Michel Lavoizard

(1) Tournées fran­çaise et russe en Afrique, un bal­let peu diplo­ma­tique aux enjeux stra­té­giques
 Notre illus­tra­tion à la une : Emmanuel Macron avec son homo­logue bis­sau-gui­néen Umaro Sissoco Embaló (Crédits : Élysée)
(2) La Cédéao annonce un pro­jet de force anti-putsch dans la région ouest-africaine


Aris - Jean-Michel LavoizardJean-Michel Lavoizard est le diri­geant-fon­da­teur de la socié­té ARIS – Advanced Research & Intelligence Services.

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Jean-Michel Lavoizard


[NDLR] Nos lec­teurs se repor­te­ront à notre article du 9 mai 2021 : Un putsch sans sol­dats.

Bonus :

1 commentaire

  1. On est au cœur de la matrice sata­niste mani­pu­la­trice : les put­schistes pros­crivent les putsches.
    Nous sommes bien en phase de déca­dence avan­cée lorsque les mots n’ont plus de sens.
    Les démo­crates lèsent le peuple par des élec­tions bidon­nées.
    La presse d’in­for­ma­tion est un organe de pro­pa­gande et de mani­pu­la­tion.
    L’instruction publique est le désap­pren­tis­sage public.
    Les artistes sont des fonc­tion­naires.
    Le vac­cin est un poi­son, etc.

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