Braves gens, dormez tranquilles : la situation est sous contrôle

2 juin 2026 | 1 com­men­taire

C’est la phrase rituelle que les res­pon­sables poli­tiques nous servent à chaque flam­bée de vio­lences urbaines.

Le 31 mai 2026, au len­de­main des graves débor­de­ments qui ont sui­vi la vic­toire du PSG en Ligue des Champions, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez décla­rait : « La situa­tion était glo­ba­le­ment sous contrôle. On a eu évi­dem­ment des débor­de­ments […] qui ont entraî­né des troubles à l’ordre public, voire des vio­lences urbaines, mais qui ont sys­té­ma­ti­que­ment été pris en compte par les forces de l’ordre. »

Plus de 890 inter­pel­la­tions, 178 poli­ciers et gen­darmes bles­sés, des scènes de gué­rilla urbaine, des pillages, des véhi­cules incen­diés et au moins un mort : tout cela serait « glo­ba­le­ment sous contrôle ».

Une expres­sion qui revient comme un mantra

Cette for­mule apaise les esprits pen­dant que les images de chaos cir­culent sur les réseaux. À Paris, comme à Nice et ailleurs, le dis­cours reste iden­tique : la situa­tion est gérée.Posons nous alors cette ques­tion majeure :

Pour qui la situation est-elle vraiment « sous contrôle » ?

Si nos diri­geants répètent avec tant d’assurance que tout est maî­tri­sé, n’est-ce pas parce que, pour eux, ces émeutes font par­tie d’un désordre tolé­ré ? Elles jus­ti­fient des dis­po­si­tifs sécu­ri­taires mas­sifs, main­tiennent une pres­sion sur l’opinion et per­mettent de divi­ser entre « répu­bli­cains » et « compréhensifs ».

La presse sub­ven­tion­née mini­mise sou­vent : « Débordements iso­lés », « Jeunes des quar­tiers », « Célébrations qui ont déra­pé ». Les causes pro­fondes ne sont pas inter­ro­gées, ce qui démontre bien le rôle de relais de pro­pa­gande de cette presse qui n’en est plus une.

Le deux poids, deux mesures avec les Gilets Jaunes

Le contraste avec la répres­sion des mani­fes­ta­tions des Gilets Jaunes (2018−2019) est sai­sis­sant. Ce mou­ve­ment, bien moins violent dans ses inten­tions ini­tiales (ronds-points, reven­di­ca­tions fis­cales et sociales), a été trai­té avec une fer­me­té inédite : Plus de 2 500 mani­fes­tants bles­sés selon le minis­tère de l’Intérieur. Selon le jour­na­liste David Dufresne et d’autres comp­tages : une ving­taine de morts liés au mou­ve­ment, des cen­taines de bles­sés graves, dont 23 à 30 per­sonnes ébor­gnées par tirs de LBD 40 (lan­ceurs de balles de défense), sou­vent visés au visage, et plu­sieurs mains arra­chées par des grenades.

Amnesty International et d’autres ont dénon­cé une répres­sion dis­pro­por­tion­née, avec usage mas­sif de muni­tions non létales contre des mani­fes­tants sou­vent paci­fiques ou peu armés.

À l’inverse, lors des émeutes urbaines récur­rentes (2023 après Nahel, ou les célé­bra­tions PSG 2026), on observe un jeu de chat et sou­ris : charges ponc­tuelles, inter­pel­la­tions nom­breuses mais sou­vent sui­vies de remises en liber­té rapides, évi­te­ment des confron­ta­tions fron­tales mas­sives. Pas de bilan com­pa­rable en termes de muti­la­tions graves chez les émeu­tiers. Les forces de l’ordre semblent conte­nir plu­tôt que répri­mer fer­me­ment, comme si l’objectif était de gérer le désordre sans l’éteindre.

Quel est exactement le rôle de la police dans ce scénario ?

Simple main­tien de l’ordre ou acteur d’un théâtre où la vio­lence est tolé­rée à dose homéo­pa­thique pour des rai­sons poli­tiques ? Les poli­ciers, sou­vent en pre­mière ligne et eux-mêmes bles­sés (178 cette fois), payent un lourd tri­but. Mais l’absence de répres­sion com­pa­rable aux Gilets Jaunes interroge :

Le Pouvoir craint-il plus une révolte popu­laire trans­ver­sale (ruraux, classes moyennes) qu’une vio­lence com­mu­nau­taire pré­vi­sible et cir­cons­crite aux banlieues ?

Cette dif­fé­rence de trai­te­ment sug­gère que cer­taines vio­lences sont ins­tru­men­ta­li­sées ou tolé­rées : elles servent à jus­ti­fier l’impuissance publique tout en dis­trayant des échecs plus larges (sécu­ri­té, immi­gra­tion, pou­voir d’achat). Les Français de souche, com­mer­çants et rive­rains en paient le prix : insé­cu­ri­té quo­ti­dienne, dégra­da­tions, sen­ti­ment d’abandon.

Braves gens, dor­mez tran­quilles. Le Pouvoir contrôle la nar­ra­tion, même quand le ter­rain lui échappe. Les émeu­tiers le savent : ils revien­dront à la pro­chaine occa­sion. Les Gilets Jaunes, eux, ont com­pris que la contes­ta­tion paci­fique ou popu­laire se paie plus cher. Il est temps d’exiger une éga­li­té réelle dans le main­tien de l’ordre. La situa­tion n’est pas sous contrôle : elle est explo­sive, et elle nous échappe collectivement.

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Georges Gourdin

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Maurice Allais (1911−2010) était un libé­ral très cri­tique de la mon­dia­li­sa­tion libre-échan­giste et de l’intégration euro­péenne telle qu’elle s’est faite (il était euros­cep­tique). Il défen­dait un capi­ta­lisme régu­lé et une éco­no­mie de mar­ché bien encadrée.
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1 commentaire

  1. L’impuissance de l’État ? Je ne m’en suis pas aper­çu lors de la répres­sion ignoble contre les éle­veurs et l’a­bat­tage sau­vage de leurs trou­peaux : l’exer­cice malé­fique d’un Pouvoir voué à la des­truc­tion du cher et vieux Pays.
    Dans les émeutes urbaines de nos « chances pour la France » pas de Centaure, ces magni­fiques blin­dés réser­vés à répri­mer ceux qui expriment une légi­time colère. Alors non ! les « forces de l’ordre » ne nous pro­tègent pas, elles servent — ser­vi­le­ment — l’u­sur­pa­teur de l’Élysée.
    Dans le même temps, ceux qui sont char­gés de la sécu­ri­té publique croulent sous les dos­siers judi­ciaires qui s’empilent et se concluent pour beau­coup par des « clas­se­ments » ou des pour­suites déri­soires pour des faits pour­tant très graves.

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