Chez ces gens-là, Monsieur, on ne s’excuse pas !

10 novembre 2021 | 3 Commentaires 

Dimanche der­nier, dans l’émission du Grand jury d’RTL, Arnaud Montebourg nous a fait la grosse « bou­lette » en décla­rant vou­loir « taper au por­te­feuille » les étran­gers tra­vaillant en France et qui envoient de l’argent dans leur pays d’origine. Depuis, toute la gauche lui tombe des­sus et ses amis le lâchent. La fameuse « remon­ta­da », son slo­gan de cam­pagne, a tour­né subi­te­ment à la « dégrin­go­la­da ». Il lui fal­lait donc désa­mor­cer très vite cette bombe.

Mais faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne s’excuse pas, Monsieur, on ne s’excuse pas ! On biaise, on contourne, on ter­gi­verse, on entor­tille, on floue, on fait accroire, on se dit vic­time d’incompréhension mais jamais, au grand jamais, on ne se four­voie, se trompe ou mystifie.

Interrogé à pro­pos de cette décla­ra­tion, sur le pla­teau de LCP, notre ami Montebourg n’a pas déro­gé à cette détes­table habi­tude.
À la ques­tion d’Élizabeth Martichoux,
« Avez-vous fait une bou­lette ? », notre api­cul­teur ambi­tion­nant de gou­ver­ner la France, com­mence solen­nel­le­ment ain­si :
« Écoutez ! »…
Déjà, quand nos poli­ti­ciens entament par cette for­mule, on sent l’embrouille. On va être ser­vi :
« Moi aus­si j’ai des ori­gines dans l’immigration, comme beau­coup de Français d’ailleurs, et… heu… j’ai com­pris que je m’étais mal expri­mé… et, au sens où je ne me suis pas lais­sé prendre… ».
Clairement, ça pédale dans la semoule. Où est le rap­port entre ses ori­gine et la débi­li­té de ses décla­ra­tions ou sa qua­li­té d’expression ? Mais ce n’est pas fini. Quand on lui demande s’il a fait une erreur, il répond :
« Je pense que… Je ne dirais pas une erreur… Je dirais que… heu… c’est une incom­pré­hen­sion. » Incompréhension de sa part ou de celle de ses inter­lo­cu­teurs ? Magie de la sémantique…

Arnaud Montebourg, comme tous les politiciens, ne commet donc pas d’erreur

Et Emmanuel Macron, du haut de sa hau­taine majes­té, en com­met encore moins que les autres. On se sou­vient du fias­co de son appli­ca­tion « Stop Covid » qui nous avait valu cette perle du genre :
« Alors ! [variante de « écou­tez »]… C’est… Je ne pren­drai pas ce chiffre pour dire que c’est un échec : ça n’a pas mar­ché ! ». C’est bien connu, quand quelque chose ne fonc­tionne pas, ce n’est pas un échec : le nau­frage du Titanic, ce n’est pas un échec, l’explosion de Challenger (sept astro­nautes tués), ce n’est pas un échec… L’exemple venant de haut, les ministres pra­tiquent aus­si allè­gre­ment les for­mules de style pour se disculper.

Florence Parly, ministre des Armées, nous expli­quait, en mars 2020, à pro­pos des 18 mili­taires de la base Creil (Oise) par­tis à Wuhan pour rapa­trier des Français : « Ils ont été tes­tés : ils n’étaient pas por­teurs du virus ». Un men­songe éhon­té ! Quelques mois plus tard, audi­tion­née devant le Sénat, elle rétro-péda­lait ain­si : « J’ai dit quelque chose d’inexact, le 4 mars, à France 2 : c’était un rac­cour­ci ». Merveilleux ! Chez ces gens-là, Monsieur, on ne dit pas de contre-véri­tés, on fait des « rac­cour­cis » ! Allez dire ça à votre employeur, vous, quand vous vous « plantez » !

On aurait tort, cepen­dant, de géné­ra­li­ser, il y en a qui admettent ouver­te­ment leurs erreurs. Si, si ! C’est le cas, par exemple, de Gilles Le Gendre, un modèle du genre : « J’ai com­mis deux erreurs : c’est le fait d’avoir été, pro­ba­ble­ment, trop intel­li­gent, trop sub­til, trop tech­nique dans les mesures de pou­voir d’achat… » Pour celui-là, les erreurs admises sont sim­ple­ment celles d’avoir une intel­li­gence supé­rieure, for­cé­ment incom­prise du petit peuple inculte. On est dans l’inversion totale de la res­pon­sa­bi­li­té : si vous croyez que je dis des bali­vernes voire des men­songes, c’est de votre faute, parce que vous êtes inca­pables de com­prendre mon propos.

La palme pour­rait reve­nir à François de Rugy, l’amateur de homards et autres mets de luxe… à la san­té du contri­buable. Pris la main dans le sac, il ne s’excuse pas pour autant. Au contraire, fron­deur, il déclare sans ver­gogne, cer­ti­fi­cat médi­cal en ban­dou­lière : « Je n’en mange pas. J’ai une aller… J’ai une into­lé­rance… heu, heu… aux crus­ta­cés et aux fruits de mer. Alors, vous voyez !… Je déteste le caviar. Le cham­pagne, ça me donne mal à la tête. Donc je n’en prends pas… ». Pauvre ché­ri, on serait presque ten­té de le plaindre : tant d’affliction écra­sant un seul être ! La vic­ti­mi­sa­tion, est aus­si une tech­nique très pri­sée de nos poli­ti­ciens pris en défaut.

Jacques Brel aurait pu s’en ins­pi­rer pour une chan­son à suc­cès. Au lieu de décrire la famille de Frida, avec ses défauts et ses vices, il aurait pu dépeindre nos poli­ti­ciens véreux et arri­ver à un dénoue­ment ana­logue. Quand son his­toire d’amour avec Frida est mal­heu­reuse parce que « ces gens-là » ne la veulent pas, l’histoire d’amour cen­sée lier le peuple fran­çais à ses édiles s’avère tout aus­si désas­treuse. La faute à ces gens-là, bien sûr, qui font tant pour qu’elle n’existe pas.

Mais il est tard, Monsieur, il faut que je rentre chez moi.

Charles ANDRÉ

« L’important n’est pas de convaincre mais de don­ner à réflé­chir. »


3 Commentaires 

  1. Excellent !
    J’ai été amu­sé et attris­té à la fois. Ces gens là sont un fléau pour notre démo­cra­tie. Mais il ne fau­dra pas comp­ter sur eux pour chan­ger le sys­tème. La 6e République n’est pas pour demain !

    Répondre
    • mais la 6e dose oui :o(

Envoyer le commentaire

Votre adresse e‑mail ne sera pas publiée. Les champs obli­ga­toires sont indi­qués avec *