Estrosi ne fonctionne qu’à l’embrouille

par | 14 mars 2026 | 1 com­men­taire

Nice Provence Info suit de près l’en­quête de « la tête de cochon de Christian Estrosi » qui ali­mente toutes les conver­sa­tions niçoises, et plus encore. C’est Médiapart qi a ini­ti­té la divul­ga­tion de cette embrouille, et reste en pointe sur le sujet, la presse locale ne sachant pas quel par­ti prendre dans ce que le maire lui-même appelle une « bar­bou­ze­rie ».

Nous n’a­vons ni les moyens ni voca­tion à suivre cet évé­ne­ment de près bien qu’il reflète par­fai­te­ment le cli­mat niçois que Christian Estrosi a lui-même créé au fil des années. Il est cou­tu­mier de nos colonnes, par exemple :
Christian Estrosi nous embrouille, du 6 novembre 2020,
Estrosi, zéla­teur de la vac­ci­na­tion, après la chlo­ro­quine, du 4 juillet 2021,
Estrosi change à nou­veau d’âne, du 8 octobre 2021,
Estrosi ral­lie (enfin !) offi­ciel­le­ment la macro­nie, du 2 décembre 2021.

Nous pro­fi­tons de l’op­por­tu­ni­té excep­tion­nelle d’un accès libre à Médiapart ce jour, pour relayer la syn­thèse de l’en­quête menée par ce site :
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Affaire de la tête de cochon : un associé de la femme de Christian Estrosi mis en cause

Soupçonné par les enquê­teurs d’être l’un des prin­ci­paux acteurs de l’opération ayant conduit au dépôt, en pleine cam­pagne élec­to­rale, d’une tête de porc devant le domi­cile du maire de Nice, un proche de l’épouse de l’élu a été mis en exa­men ven­dre­di 13 mars. Il a été pla­cé en détention.

L’enquête judi­ciaire s’accélère dans l’affaire de la tête de cochon dépo­sée devant le domi­cile de Christian Estrosi le 27 février 2026, s’orientant vers la piste d’une mani­pu­la­tion autour du maire de Nice (Alpes-Maritimes). Le pro­cu­reur de la République de Nice, Damien Martinelli, a annon­cé ven­dre­di 13 mars dans un com­mu­ni­qué la mise en exa­men de deux hommes sus­pec­tés d’avoir pilo­té l’opération.

Parmi eux, les enquê­teurs soup­çonnent un homme né en 1980 d’être une tête pen­sante poten­tielle du « com­man­do » qui a dépo­sé la fameuse tête de cochon, assor­tie d’un mes­sage anti­sé­mite. Le pro­fil de l’intéressé, mis en exa­men pour « vio­lences aggra­vées envers un élu public », « pro­vo­ca­tion publique à la haine » et « asso­cia­tion de mal­fai­teurs », vient ren­for­cer les nom­breuses ques­tions qui entourent déjà ce dos­sier ubuesque qui rythme depuis dix jours la fin de la cam­pagne muni­ci­pale de Nice.

Selon nos infor­ma­tions, l’homme en ques­tion, pla­cé en déten­tion dans la soi­rée, s’appelle Sevan Bolikian. Sur son compte LinkedIn, il se pré­sente comme un « entre­pre­neur basé à Los Angeles » ayant une exper­tise dans la com­mu­ni­ca­tion digi­tale et la finance. Mais ce sont sur­tout ses liens avec le couple Estrosi qui interrogent.

Sevan Bolikian est en effet proche de Laura Tenoudji-Estrosi, l’épouse de l’actuel maire de Nice, dont il est l’associé dans L’Allumette, un pro­jet de news­let­ter sur l’actualité de l’innovation qu’ils ont lan­cé ensemble l’année der­nière. Le 22 novembre 2025, il applau­dis­sait même à ses côtés au pre­mier rang du mee­ting de lan­ce­ment de la cam­pagne de son mari.

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Sevan Bolikian au mee­ting de lan­ce­ment de la cam­pagne de Christian Estrosi, à Nice, le 22 novembre 2025. © Document Mediapart

La jour­na­liste et l’entrepreneur se côtoient régu­liè­re­ment. Ils ont aus­si des inter­ac­tions sur les réseaux sociaux, où ils se féli­citent mutuel­le­ment. Sur l’un de ses posts LinkedIn, datant d’il y a deux ans, Sevan Bolikian a même par­ta­gé une pho­to per­son­nelle de lui et Laura Tenoudji-Estrosi, siro­tant en tête-à-tête un cock­tail à Marseille (Bouches-du-Rhône).

Laura Tenoudji-Estrosi « particulièrement choquée »

Contactée par Mediapart, l’avocate de Laura Tenoudji-Estrosi, Me Marie-Alix Canu-Bernard, indique que sa cliente est « par­ti­cu­liè­re­ment cho­quée » par la situa­tion. En garde à vue, Sevan Bolikian a tota­le­ment contes­té les faits qui lui sont repro­chés et tout lien avec l’opération. Le 28 février, il avait relayé sur sa page Facebook le post de Christian Estrosi dénon­çant celle-ci.

Toutefois, des mes­sages échan­gés le 27 février en fin d’après-midi entre Sevan Bolikian et un indi­vi­du sus­pec­té d’avoir par­ti­ci­pé au dépôt de la tête de cochon peuvent « appa­raître comme très direc­te­ment en lien avec les faits », a indi­qué le pro­cu­reur dans son communiqué.

En réponse, Sevan Bolikian a « contes­té à plu­sieurs reprises l’analyse qui pou­vait être faite de cer­tains échanges per­met­tant d’envisager sa par­ti­ci­pa­tion aux faits ». « Cette sinistre affaire est le point culmi­nant d’une série de ten­ta­tives de désta­bi­li­sa­tion que subit depuis des mois Laura Tenoudji », dénonce Me Canu-Bernard, décla­rant que sa cliente sou­haite se consti­tuer par­tie civile dans le dossier.

L’entrepreneur mis en exa­men a aus­si tra­vaillé avec un autre ami de la jour­na­liste, bien connu des colonnes de Mediapart. Sevan Bolikian a en effet col­la­bo­ré avec l’artiste pré­fé­ré du show­biz, Richard Orlinski, à l’occasion d’un évé­ne­ment orga­ni­sé à Beverly Hills en 2024.

Cette année-là, Richard Orlinski avait expo­sé huit de ses sculp­tures monu­men­tales sur Rodeo Drive, une célèbre ave­nue de la ville états-unienne. Selon le Los Angeles Magazine, l’artiste avait même fêté l’inauguration de cette expo­si­tion le 7 août 2024 dans un hôtel de Berverly Hills, entou­ré de plu­sieurs invi­tés pres­ti­gieux, dont Christian Estrosi lui-même.

« Il y a deux ans : expert en busi­ness et en numé­rique en France. Aujourd’hui : coor­di­na­teur d’un grand pro­jet artis­tique à Beverly Hills », s’était féli­ci­té Sevan Bolikian sur LinkedIn, en remer­ciant toutes celles et ceux qui avaient « cru en [lui] et en ce pro­jet ». « Un mer­ci par­ti­cu­lier à Sevan Bolikian ! », écri­vait aus­si Shanna Ibanez, bras droit de Richard Orlinski.

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Captures d’écran du compte X de Sevan Bolikian. © Photomontage Mediapart 

Le sculp­teur des stars est aus­si connu pour avoir offert de nom­breuses œuvres – ven­dues plu­sieurs mil­liers d’euros sur le mar­ché – aux époux Estrosi, au moment même où il béné­fi­ciait d’expositions à Nice et dans les alentours,

Dans le cadre de ces inves­ti­ga­tions, le bureau du maire de Nice et le siège de la métro­pole, qu’il pré­side, avaient été per­qui­si­tion­nés en mars 2025 par les poli­ciers de l’Office cen­tral de lutte contre la cor­rup­tion et les infrac­tions finan­cières et fis­cales (OCLCIFF). Questionné·es, l’édile et son épouse ont tou­jours nié tout lien entre les cadeaux et la tenue des expositions.

Une collaboratrice d’Estrosi entendue par les enquêteurs

D’autres per­sonnes ont été enten­dues, par­mi les­quelles une col­la­bo­ra­trice de Christian Estrosi, audi­tion­née comme témoin. Son avo­cat, Me Paul Sollacaro, a assu­ré que sa cliente sou­hai­tait que « toute la lumière soit faite », tout en dénon­çant « des fuites poli­cières orga­ni­sées à des fins poli­tiques ».

La col­la­bo­ra­trice en ques­tion est appa­rue dans les radars des enquê­teurs lorsque ceux-ci ont retra­cé les points de contact des deux hommes soup­çon­nés d’avoir par­ti­ci­pé à l’achat de la tête de cochon et à son dépôt devant le domi­cile de l’élu. L’un d’entre eux, un Tunisien né en 1988, était en lien avec l’équipe de cam­pagne, après avoir pro­po­sé ses ser­vices de com­mu­ni­ca­tion pour la cam­pagne, d’après Me Paul Sollacaro.

Outre la col­la­bo­ra­trice, le jeune sus­pect – qui conteste lui aus­si sa par­ti­ci­pa­tion et a été incar­cé­ré – était éga­le­ment en contact avec un ancien agent de la Direction de la sur­veillance du ter­ri­toire (DST), aujourd’hui à la retraite et recon­ver­ti comme « détec­tive », selon Le Parisien. L’ex-policier, qui conteste éga­le­ment tout lien avec l’affaire, a été mis en exa­men pour « accès frau­du­leux dans un sys­tème de trai­te­ment auto­ma­ti­sé de don­nées » et « asso­cia­tion de mal­fai­teurs » en même temps que Sevan Bolikian, l’associé de l’épouse du maire de Nice, pla­cé sous contrôle judiciaire.

Jeudi 12 mars, Christian Estrosi s’est expri­mé à son tour devant la presse pour « tordre le cou à la rumeur ». « Maintenant ça suf­fit, je suis vic­time d’une machi­na­tion telle que je n’en ai jamais connu dans ma vie publique, a dénon­cé le can­di­dat à sa réélec­tion. Est-ce qu’on peut ima­gi­ner un seul ins­tant […] que j’aurais pu par­ti­ci­per à cette mani­pu­la­tion ? »

Contacté, l’avocat du maire de Nice, Me Olivier Baratelli, n’avait pas répon­du à l’heure du bou­clage de cet article. Dans un com­mu­ni­qué dif­fu­sé ven­dre­di soir, les conseils de l’édile, qui a dépo­sé plainte dans cette affaire, saluent le com­mu­ni­qué du pro­cu­reur de la République de Nice, qui vient, selon eux, « mettre un terme à toutes les insi­nua­tions qui cir­culent dans la presse depuis 48 heures » et qui se conclut par les mots sui­vants : « À ce stade de la pro­cé­dure et des inves­ti­ga­tions, aucun élé­ment ne per­met d’envisager la pos­sible par­ti­ci­pa­tion directe ou indi­recte aux faits d’autres per­sonnes que celles actuel­le­ment mises en exa­men et celles iden­ti­fiées et recherchées. »

Antton Rouget et Ellen Salvi

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1 commentaire

  1. En un mot, un « faux dra­peau » pour appuyer l” image d’Estrosi. Les pro-sio­­nistes n’en sont pas à leur pre­miers essais dans ce domaine !

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